Vin et cépages (avec Google Ngram Viewer)

Avant d’aller plus avant pour comprendre l’utilisation des noms de cépage, souvent au détriment des noms des régions viti-vinicoles, on pourra observer des tendances intéressantes en utilisant une nouvelle fonction de Google. Google Ngram Viewer permet de faire des requêtes sur les livres scannés dans Google Books, de 1800 à nos jours, et sur des corpus différents.

Comme l’utilisation des noms de cépage provient des États-Unis, se concentrer sur le corpus des textes anglo-américains est légitime. Une baisse tendancielle de l’utilisation du terme « wine » est à remarquer dans la longue durée, avant une légère reprise depuis le milieu des années 1980. Une date intéressante puisqu’elle correspond à l’apparition des vins du Nouveau Monde sur la scène internationale, comme par exemple pour les vins du Chili. Elle correspond aussi à l’affirmation sur la scène américaine et internationale du critique américain Robert Parker. En revanche, elle ne suit pas complètement la courbe de la consommation de vin États-Unis.

Le terme « wine » pour les livres en anglo-américain (1800-2008) :

Un peu avant cette période commencent à apparaître les noms de cépages : cabernet, chardonnay, merlot, syrah, pinot.

Les termes « cabernet, chardonnay, merlot, syrah, pinot » pour les livres en anglo-américain (1800-2008) :

Retrouve-t-on ces tendances dans d’autres pays ? Difficile pour la France d’établir des courbes, puisqu’il existe nombre d’homonymes (merlot est par exemple un nom de famille, un cours d’eau, un nom d’auteur…). Mais le terme syrah donne bien une tendance :

Le terme « syrah » pour les livres en français (1800-2008) :

La recherche ne fonctionne pas en chinois, mais elle montre des courbes tout à fait similaires en espagnol ou en italien. On peut alors les croiser avec d’autres cépages de ces pays.

Les termes « cabernet » et « tempranillo » pour les livres en espagnol (1800-2008) :

L’influence latino-américaine est certainement importante, même si les Espagnols eux-même ont beaucoup planté de cabernet-sauvignon (voir la carte 1 : le cabernet dans le monde).

Les termes « cabernet » et « sangiovese » pour les livres en italien (1800-2008) :

Le relatif désintérêt du sangiovese par rapport au cabernet dans les années 1980 montre bien l’influence de la mondialisation (cf. les « super toscans » à base de cabernet sauvignon produits autour de Bolgheri, sur la côte toscane). Le regain d’intérêt pour ce cépage local, à la fin des années 1990, témoigne d’une réaction que l’on rencontre dans de nombreux pays en réponse à cette première phase de la mondialisation. Les cépages locaux reprennent des couleurs !

Aucun doute, l’utilisation du nom de cépage est bien une tendance profonde dans la façon de dénommer les vins. Autrefois réservée à des livres de spécialistes, comme ceux des ampélographes par exemple, elle devient banale aujourd’hui.

On la trouve dans la littérature américaine bien sûr, comme par exemple dans American Psycho de Bret Easton Ellis, avec deux mentions de vins blancs pour une femme (un verre de chardonnay, p. 307, un sauvignon blanc, p. 338) et un vin américain :

« Après un dîner médiocre, une bouteille de cabernet sauvignon californien, hors de prix, et une crème brûlée que nous partageons, je commande un verre de porto à cinquante dollars (…) » (p. 339).

Bret Easton Ellis, American Psycho, traduit de l’américain par Alain Defossé, Ed. du Seuil, 1998 (paru en 1991 aux États-Unis).

La littérature, le cinéma, la musique, la presse ; autant de médias qui contribuent à banaliser l’utilisation des noms de cépage pour les vins. Un phénomène qui se propage.

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