Vignoble de Jerez (Andalousie) : des paysages urbains

Certaines villes du vin sont marquées par une portion de leur urbanisation entièrement dévolue au stockage du vin et à son vieillissement. Bordeaux bien sûr (avec le quartier des Chartrons), Porto (ou plutôt Villa Nova de Gaia située de l’autre côté du fleuve Douro), Cognac. Une caractéristique que l’on ne doit pas trouver dans le Nouveau Monde, sinon à une échelle bien moindre, comme à Santiago-du-Chili. Et encore…

Jerez de la Frontera, El Puerto de Santa Maria et Sanlucar de Barameda, présentent des paysages urbains marqués par de vastes chais. Des îlots entiers de l’urbanisation sont formés par la succession de longs édifices blancs, seulement ouverts de quelques fenêtres qui permettent le rafraîchissement des édifices la nuit.

Une odeur d’alcool et de vin envahit certaines rues ! Des bodegas imposantes, couvertes de tuiles canal, qu’une vue depuis le château de Sanlucar permet de dévoiler.

A l’intérieur, une architecture spectaculaire qui fait comparer ces chais à des cathédrales (« bodegas catedrales »).

Ils permettent l’élaboration des vins oxydatifs (on se reportera au paragraphe « Vinification et élevage » de Wikipedia ) qualifiés par les Anglais de Sherry.

En effet, ces vins ne se comprennent pas sans les commerçants britanniques. Avant la création de Signes de qualité (Denominación de Origen) en 1933, les vins pouvaient être finalisés dans les entrepôts de Londres ou de Bristol. En témoignent les « Bristol Cream ».


Comme pour d’autres vignobles (Porto, Cognac, Marsala), une partie des descripteurs utilisés est d’origine anglaise. Aussi, qu’il s’agisse de négociants espagnols ou britanniques, c’est bien l’aval de la production qui est privilégié ici. Les vins sont vendus sous le nom de marques commerciales, la plus connue étant « Tio Pepe ». Les campagnes sont donc placées directement sous l’emprise de la ville : les paysages en sont l’exact reflet.

Même architecture, mêmes couleurs blanches et ocres, qui s’intègrent très bien aux terres blanches (tierras albarizas, constituées de diatomées). Et une densité humaine très faible. Hormis quelques bâtisses dispersées (à la tête de grands domaines de propriété urbaine), ce vignoble se définit par son caractère peu peuplé.

Ce qui est plutôt rare ; on est loin de la Côte bourguignonne (et d’une bonne partie des vignobles en Appellation d’Origine Contrôlée), de la Toscane ou du Rheingau. L’essentiel des agriculteurs résidait donc dans ces « agro-villes » que sont Sanlucar ou Trebujena.
De ce fait, l’activité touristique liée au vin est en ville. Il n’est d’ailleurs pas sûr que grand monde aille visiter les campagnes périphériques. Hélas.

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