Vignes et vins. Paysages et civilisations millénaires aux Éditions Glénat

« Le vin est semblable à l’homme : on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr, ni combien d’actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable. Ne soyons donc pas plus cruels envers lui qu’envers nous-mêmes, et traitons-le comme notre égal » écrit Charles Baudelaire. Notre égal, parce qu’il est tout bonnement le miroir dans lequel se reflètent nos sociétés.

Le vignoble du Haut-Douro (Portugal) et ses terrasses, un sublime paysage

Un miroir qui offre justement de contempler la réalisation « d’actions sublimes » ou de réprouver celles de « forfaits monstrueux ». C’est sans doute à travers les paysages que les premières se matérialisent le mieux. Que des sociétés paysannes aient été capables de construire de sublimes paysages viti-vinicoles ne doit rien au hasard. C’est justement parce qu’elles sont en interaction avec la ville, ou des villes, qu’elles se sont engagées dans cette voie.

Les consommateurs des grandes villes de notre monde (Londres ici) ont un impact direct sur les vignobles, ne serait-ce que par la demande en des vins de grande finesse

La ville est incontournable pour qui veut comprendre un vignoble. Il est dès lors nécessaire d’inverser la focale qui permet de lire le monde de la vigne et du vin. Et pourtant, l’essentiel des ouvrages sur la question part de la vigne, et élabore des théories plus ou moins convaincantes sur le rôle du milieu. Ce sont tantôt les bontés du soleil, tantôt un sol remarquable, tantôt encore un cépage décrit comme fabuleux, qui sont mis en exergue. Une telle optique gomme les sociétés humaines. Les consommateurs sont les grands oubliés de ces analyses et le rôle multiforme des villes est passé sous silence.

Le vignoble de Banyuls et son impressionnant système d’évacuation des eaux liées aux fortes précipitations que la région peut connaître

Or, la vigne et le vin sont objets de civilisation. C’est dans l’imaginaire des sociétés que sont à chercher les éléments d’explication en ce qui concerne la qualité des vins, leur géographie, ou les paysages qui les composent. Ils ne sont finalement que les miroirs des aspirations de nos sociétés d’urbains. Ils renseignent tant sur un ordre du monde, sur l’organisation des sociétés, que sur leurs croyances ou leurs mythes, ou encore sur une esthétique. Autant de points inféodés à la marche des sociétés et à la manière dont elles se représentent le monde.

Une question majeure conduit le fil directeur de cet ouvrage : pourquoi certains paysages comme ici celui de la vallée del Elqui (Chili) nous ravissent et nous amènent à les contempler, au sens fort du terme ?

Ce livre repose sur une ample collection de photographies que j’ai pu prendre à la faveur de multiples voyages : Amériques (États-Unis, Canada, Chili, Argentine), Asie (Chine et Japon), Afrique (Maroc et Afrique du Sud) et bien sûr Europe. La liste serait bien longue pour ce dernier continent, mais elle vise à se décentrer d’une approche traditionnelle marquée par les vignobles les plus renommés – Bordeaux, Bourgogne ou Champagne, mais bel et bien présents dans l’ouvrage – pour explorer d’autres régions. Soit parce que leur paysages sont extraordinaires – comme ceux de l’île de Lanzarote (Canaries) en couverture – soit parce que leur renommée à souffert du cours de l’histoire, avec Tokaj (Hongrie) par exemple – soit encore parce qu’ils sont en pleine transformations, on pensera alors au succès sans précédent des vignobles de Barolo et Barbaresco (Piémont, Italie ; en couverture encore).

Puisse cet ouvrage vous accompagner dans un cheminement géographique, culturel et esthétique qui m’aura apporté beaucoup de plaisir, de découvertes et bien sûr de dégustations.

Mon moyen préféré pour découvrir un vignoble, le vélo (ici sur l’île de Pico, aux Açores)

Raphaël Schirmer, 2018, Vignes et vins. Paysages et civilisations millénaires, aux Éditions Glénat, Collection : La Société de géographie – La Société des explorateurs, EAN/ISBN : 9782344027745.