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Pourquoi des vins de cépage ? (2)

Dénommer les vins par le cépage plutôt que la région de production est une pratique directement influencée par un professionnel américain, Frank Schoonmaker (1905-1976). Importateur de vin new-yorkais, il joue un rôle de véritable Pygmalion pour les Américains.

Son initiation au vin commence comme souvent par un voyage en Europe, dont il tirera un livre en 1927. Son engouement pour le vin se révèle lorsqu’il travaille à la fin de la Prohibition pour la célèbre revue intellectuelle américaine The New Yorker (accès aux archives payant…). Elle lui demande d’écrire des textes sur le vin.
Retournant en Europe et plus particulièrement en France, il est alors éduqué par Raymond Beaudouin, fondateur de la Revue du Vin de France. Il travaille ensuite avec Alexis Lichine (1913-1989), bien connu pour son Encyclopédie des vins et des alcools (1967), ainsi que pour la propriété qu’il a détenu dans le Médoc (Prieuré Lichine). Schoonmaker écrit plusieurs livres sur le vin et devient aux États-Unis une autorité en la matière.

Sa position sur le fait de citer le cépage apparaît très tôt : dans The Complete Wine Book (1934), il s’élève déjà contre le fait de nommer les vins américains avec des noms européens comme Saint-Julien, Sauternes, Tokay… « Le label idéal pour un vin américain sera de porter un nom américain » (p. 45). Il demande donc que le vin soit identifié par le lieu de production, l’année et le nom du propriétaire ou du producteur, et qu’en outre soit indiqué le nom de cépage (« the grape variety from wich the wine is made », p. 45). Notons qu’il ne s’agit pas dans la conception de l’auteur de se limiter au seul cépage. Il serait en tout cas à l’origine de l’utilisation du terme « varietal » (que l’on peut traduire par cépage), ce qui demande à être vérifié.

L’influence de Schoonmaker est en tout cas manifeste. Tout d’abord dans la pratique immédiate de nommer le vin en faisant référence au cépage, avec les producteurs Wente et Concannon qui suivront volontairement ses recommandations. Ensuite dans la durée, ses ouvrages serviront de bréviaires à de nombreux consommateurs américains, tout comme ses chroniques dans la célèbre revue Gourmet ou dans l’International Herald Tribune.

Frank Schoonmaker tient donc un rôle considérable dans la construction du goût américain pour le vin, et bien sûr, dans la façon de le nommer. Une influence qui devient à présent mondiale.

Références :
SCHOONMAKER, F., 1927, Through Europe on two dollars a day, New York, McBride, 225 p.
SCHOONMAKER, F., MARVEL, T., 1934, The Complete Wine Book, Simon and Schuster, New-York, 315 p.
www.frankjohnsonselections.com/frank schoonmaker.pdf