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Révolution : une appellation pour un cépage. Le pinot gris de Vénétie


Une grappe de pinot gris. Source : Wikipedia.

 

Imagineriez-vous une Appellation d’Origine Contrôlée Syrah du Rhône ? Chardonnay de Champagne ? Ou encore Chenin de la Loire ? Cela vous paraît aller à l’encontre de la tradition du monde du vin, qui met à l’honneur un territoire et non un cépage ? Et bien les Italiens l’ont fait. Une appellation Pinot grigio (pinot gris) vient de naître. Que l’on soit pour ou contre, séduit ou choqué, c’est un changement sans précédent qui apparaît là.

Certes, il existe de nombreuses appellations qui reposent sur un cépage : la Bourgogne et ses vins rouges (pinot noir) ou blancs (chardonnay), le Muscadet (melon de Bourgogne), voire même les vins d’Alsace (avec une mention de cépage, qui peut être du riesling, du gewurztraminer, ou encore justement du pinot gris). D’autres régions viticoles s’identifient pleinement à un cépage dominant dans un bouquet de cépages différents : la Rioja et le tempranillo, le Chianti et le sangiovese, le Tokaj et le furmint. Mais personne n’avait osé, pu ou voulu franchir le pas. C’est chose faite. Le territoire, signe majeur d’identification et de revendication, passe au second plan face au cépage.

Nous sommes entrés dans l’ère des vins globalisés. Ce n’est pas nouveau me direz-vous. Pour la première fois tout de même, une appellation prend une désignation qui est celle utilisée de manière privilégiée dans le pays de consommation et non dans celui de la production. L’entrée par cépage est bien sûr une manière de coller aux attentes du consommateur américain. Il n’est pas fortuit que cela commence par l’Italie.

Une bouteille de Chianti dans le Parrain 2 (1974) de Francis Ford Coppola.

Il n’est que de songer aux intimes relations qui existent entre ces deux pays pour s’en convaincre. La présence d’une communauté italo-américaine aux États-Unis facilite bien sûr les interactions entre le marché de consommation et le lieu de production. Les Italiens sont aujourd’hui le premier pays exportateur de vins dans ce pays. Devant la France. À ce propos, souvenons-nous que les premiers vins de qualité produits à base d’un cépage allochtone l’ont été en Toscane. Les “super toscans” élaborés sur la côte de Bolgheri portent déjà une indication de cépage, le cabernet-sauvignon bordelais. Les Sassicaia et autres Ornellaia furent de véritables missiles envoyés sur le continent américain. L’appellation, créée a posteriori, ne mentionnait cependant pas le nom de cépage.


Une bouteille devenue mythique, mentionnant le cépage sans doute pour l’une des toutes premières fois en Europe.

 

 

Tout change à présent. Quelle serait la raison majeure invoquée par les thuriféraires d’un tel système ? La traçabilité. Ce qui prête à sourire. Une appellation normale ne serait-elle pas en mesure de garantir l’origine des raisins ? On doute du contraire. Et si fraude il y a, et l’Italie a malheureusement été frappée de plein fouet par des scandales (notamment en ce qui concerne la composition des vins de Montalcino ?), ce n’est pas cette unique mention de cépage qui protègera le consommateur.

Une géographie mondialisée, le pinot gris
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(cliquer pour agrandir)

Une raison plus probante ? La forte concurrence qui pèse désormais sur le pinot grigio du fait de sa propagation dans le monde entier. L’engouement qu’il y a pour ce cépage sur le marché américain occasionne des plantations dans le monde entier, et surtout dans les pays du Nouveau Monde. Et comment différencier un pinot grigio italien d’un pinot grigio australien ou encore argentin ? Qui plus est quand des entreprises qui appartiennent à d’anciens immigrés d’origine italienne en produisent ; les noms ont alors la même consonance, que l’on soit dans la King Valley ou à Mendoza.


Une bouteille australienne de pinot gris, un producteur d’origine italienne.

 

 

 

 

 

 

L’influence de la vision américaine du monde du vin est chaque jour plus présente. Nous assistons à une véritable révolution en ce qui concerne cette boisson, tant dans les manières de la nommer que dans celles de la consommer.