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La grêle, un phénomène climatique violent

Source : Domaine de Tout l’Y Faut (Marcillac) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

L’épisode de grêle qui vient de secouer le vignoble bordelais, dans le Médoc et surtout en Blaye Côtes de Bordeaux et Côtes de Bourg, mais aussi une partie du vignoble charentais, fait preuve d’une rare violence à l’égard des viticulteurs. Une violence physique, tant les ceps décimés ont perdu leurs feuillages et les futures grappes de raisins, hachés qu’ils sont par la chute des grêlons de glace.

Source : Château l’Espérance (Berson) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

Certaines photos sont saisissantes tant les projectiles sont imposants.

Source : Domaine Maison de la Reine (Saint-Mariens) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

 

 

 

 

 

 

 

En outre, les orages passent relativement longtemps sur le Blayais une bonne partie de l’après-midi du samedi 26 avril. La vidéo montre les décharges de foudre au long de la journée, repérées par radar.

[patientez un peu pour le déclenchement de la vidéo]

Source : http://fr.blitzortung.org en date du 26 avril 2018.

Une violence morale, tant le dénuement doit accabler les viticulteurs qui découvrent leurs parcelles laminées. C’est tout une année de travail qui s’envole en quelques minutes à peine. Une violence économique bien sûr, tant la viabilité d’une exploitation peut être remise en question à la suite de cet aléa climatique, surtout si le domaine a déjà été touché l’an dernier par l’épisode de gel… Les conséquences à long terme peuvent être majeures, on le voit. La sidération doit hélas être grande et violente pour certaines personnes.

Une fois encore, puisse les solidarités régionales, nationales ou individuelles aider à passer ce mauvais cap.


Source : Archives Départementales de Gironde, 4 Fi 3747

 

 

Peut-on lutter contre ce fléau ? Comme pour le gel, différentes manières de lutter, soit directement soit indirectement existent. Elles n’ont pas toutes la même portée. La première méthode, celle à laquelle ont souvent recours certaines viticulteurs, ce sont les canons à grêle, sensés pouvoir désamorcer un épisode orageux. La méthode est ancienne comme le montre cette ancienne carte postale de Saint-Émilion. Le vignoble du Beaujolais s’est équipé l’an dernier de tels canons. Leur efficacité est plus que douteuse. Le géographe Freddy Vinet (Le Risque grêle en agriculture, 2000) remet en question cette pratique dans son livre. On pourra d’ailleurs lire une synthèse dans l’article sous ce lien.

Il est donc nécessaire de protéger le feuillage et les grappes. La méthode la plus simple serait d’étendre des filets de protection comme cela se fait pour certains arbustes ou dans les vignobles de raisin de table. Une méthode que l’on pouvait aussi voir dans le film Premiers Crus (2014)… sans grand réalisme.

Source : Premiers Crus (2015), réalisation Jérôme Le Maire.

Car c’est là que le bât blesse : si la méthode est éprouvée, elle n’est pas sans modifier le micro-climat qui entoure le cep de vigne. Quiconque aura dormi sous une moustiquaire ou dans une tente au soleil aura expérimenté la chaleur qui peut vite y régner. C’est justement ce que l’INAO refuse, arguant – à juste titre – que cela modifie la typicité des vins. Et effectivement, le lien au terroir serait brisé ou tout du moins sérieusement affecté, ce qui empêcherait de recourir à une AOC. Pour ne pas parler du désastre paysager que de telles techniques occasionnent : on le voit en Espagne avec la région maraîchère de Carchuna (Andalousie), devenue une immense toile de plastique, du fait des serres.

Carchuna (Espagne) : il s’agit de serres et non de filets protecteurs, mais tout de même, cela donne une idée de ce que le plastique peut donner lorsqu’il est employé à outrance.

Chili, vallée de l’Elqui. Des vignes protégées par des filets de plastique.

Au Chili aussi, en dépit d’une certaine esthétique – il faut bien l’avouer pour ce vignoble en pleine aridité -, le paysage est métamorphosé.

Ceci dit, les méthodes ont évolué. J’ai pu voir en Italie des filets beaucoup plus discrets visuellement. Ont-ils un impact sur le micro-climat du cep ? Certainement, même s’il est certainement moindre que pour la première technique.

Et il y aurait peut être des moyens pour que les viticulteurs n’aient pas le droit de les conserver tout le temps : globalement, les épisodes orageux sont plutôt bien prévus par Météo France, il y aurait peut être la possibilité de les mettre sous certaines conditions, temporairement. Je conçois bien que ce serait un énorme travail à mettre et à enlever… mais c’est sans doute mieux que de tout perdre.

Enfin, se pose inévitablement la question des assurances. J’avais déjà évoqué ce problème et le coût qu’elles engendrent dans un précédent billet lors du gel de 2017 (ici et ici). On se rappellera la mobilisation des motards il y a quelques années pour faire baisser le prix de leurs polices d’assurance, allant même jusqu’à créer leur propre mutuelle. Or, le monde viticole, et agricole en général, est un lobby autrement puissant que ne le sont les motards ; on vient d’en avoir l’illustration à l’Assemblée nationale lors du vote de la loi sur l’agriculture. Plusieurs points essentiels – refus d’étiquetage des aliments gras ou sucrés, la question du glyphosate – montrent la puissance du monde agricole et de l’industrie agro-alimentaire sur certains sujets en France. Soit dit en passant, à rebours complet des attentes sociétales…

Source : Twitter

SI la question de l’assurance n’est pas réglée, c’est peut-être tout simplement parce que le monde agricole ne s’en est pas véritablement emparée. Pourquoi une telle absence de mobilisation ? D’autant, rappelons-le, que le président de la République M. Emmanuel Macron a nommé comme conseillère spéciale Mme Audrey Bourolleau, ancienne lobbyiste de Vin et Société, qui travaillait naguère pour l’Union des Côtes de Bordeaux. Les hautes sphères de l’Etat ont une oreille toute particulière pour le monde viticole.

Que n’en profite-il pas pour de bonnes raisons ?

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Merci à l’ODG ODG Blaye Côtes de Bordeaux pour les photos.