Pourquoi des vins de cépage ? (3)

Afin de comprendre l’engouement côté viti-vinicole pour la dénomination des vins par cépages, trois termes peuvent être retenus : standardisation, industrialisation, modernisation. Ils participent tous trois aux tendances qui animent le monde des vins depuis le milieu des années 1980. Ils permettent de le faire passer d’un secteur encore marqué par son côté artisanal à une toute autre dimension.

Standardisation. Pour produire des vins en grandes quantités, suffisamment homogènes d’une bouteille à l’autre, d’une année sur l’autre, l’utilisation de vins de cépage est intéressante à plusieurs titres. Elle simplifie la tâche du producteur qui peut s’approvisionner sur un véritable marché du raisin. On trouvera un exemple de prix de vente des cépages à Mendoza sur le site de l’Observatoire Viti-vinicole Argentin (Inscription gratuite, mais je mets un exemple ci-dessous 🙂

Bourse_Mendoza

Nombreux sont les pays du Nouveau Monde qui se focalisent d’ailleurs sur une poignée de cépages. C’est particulièrement le cas de l’Australie : pour les rouges par exemple, la syrah, le cabernet-sauvignon et le merlot représentent 86 % de la récolte ! Le chardonnay domine encore plus les blancs, puisqu’il écrase les autres cépages avec 45 % de la récolte… On trouvera plus de précisions ici (en particulier sur ce document : la figure 6 p. 2 et l’ensemble des statistiques p. 3).

Industrialisation. Cela permet aux entreprises de s’approvisionner sur tout un marché : Casella Wines, pour sa marque Yellow Tail, tire ses raisins de tout le Sud-Est de l’Australie, c’est-à-dire tout le pays à l’exception de la région de Perth… Soit sous la ligne de couleur rouge.

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Ce qui lui a permis d’atteindre sa milliardième bouteille en une dizaine d’année… On touche bien là une dimension industrielle. Un rapide calcul permet d’avoir un ordre d’idée : en 10 ans, Casella a vinifié à lui seul pour cette marque l’équivalent de 140 % de la production annuelle de Bordeaux (chiffres de 2012) ! Le site de vinification est dantesque.

Ces vins donc proposés par des marques commerciales aisément identifiables. Elles peuvent former des nébuleuses assez impressionnantes comme l’a montré ce graphique de Philip H. Howard pour les États-Unis.

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En zoom :
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Leurs notoriétés vont croissant dans les pays anglo-saxons et dans le monde. Elles sont le gage d’une qualité et d’un goût constants, à la manière de ce qui existe depuis plusieurs siècles en Champagne ou dans le Cognac. On peut les retrouver dans presque tous les supermarchés de la planète, même si les goûts diffèrent volontairement d’un continent à l’autre pour s’adapter aux différentes populations et à leurs cultures. Pernod-Ricard lance ainsi une version adaptée au marché japonais de sa marque Jacob’s Creek.

Ces marques ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg de la mondialisation dans le domaine viti-vinicole : elles appartiennent à des entreprises de dimension mondiale. Les plus importantes d’entre-elles sont les américains Gallo et Constellation Brand et le français Pernod-Ricard.

Modernisation. Cette modernisation nécessaire se fait tous azimuts, de la production au marketing du vin. Elle est gérée par de puissantes entreprises, en position oligopolistique dans leurs pays respectifs. Les trente premières entreprises américaines représentent ainsi, à elles seules, 90 % du marché américain. Les quatre premières, près des deux tiers. Elles ont donc des moyens considérables. Ainsi Constellation, à la tête de plus de deux cent marques (de la bière au spiritueux), emploie plus de 6000 personnes pour un chiffre d’affaire global de plus de trois milliards d’euros (dont 40 pour-cent pour le vin).
Leurs campagnes de publicité sont d’une dimension hors normes.

Le vin est devenu un objet de consommation de masse, de dimension mondiale.

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