Pourquoi des vins de cépage ? (1)

Tonneaux de vins sur l’île de Madère (Funchal) : les cépages (sercial, verdelho et malvoisie) sont indiqués

Nommer les vins par cépage et non par région de production, comme le font les USA, procède de multiples facteurs. Tentons d’en explorer certains à partir d’aujourd’hui et dans les semaines qui viennent.

La première raison que l’on peut invoquer provient de la difficulté, voire de la quasi impossibilité, qu’ont eut les colons européens à produire des vins sur le continent nord-américain à partir de la variété de vigne européenne, Vitis vinifera. Les difficultés climatiques ne sont pas à négliger : la façade Nord-Est du continent américain est beaucoup plus froide que la façade atlantique de l’Europe. Elle est longée par le courant marin froid du Labrador et peut être affectée par des coulées d’air très froid, comme ce fut le cas cet hiver 2013-2014. Mais surtout, les colons américains sont confrontés à des maladies de la vigne ou des insectes ravageurs dont ils ignorent tout aux XVIIe et XVIIIe siècles. Avec en particulier le phylloxera, originaire du Mississippi et des États du Sud-Est des États-Unis.
Il faudra attendre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle pour parvenir à contourner ce ravageur, justement par greffage de souches américaines résistantes au puceron. En attendant, les colons américains essaient tous les cépages possibles et imaginables, qu’ils soient importés d’Europe, ou locaux. Une attitude pionnière, expérimentale, qui doit contribuer à mettre l’accent sur le cépage.

Certains producteurs américains vont en effet utiliser les vignes sauvages américaines pour produire du vin. C’est par exemple le cas du catawba, qui est un croisement issu de Vitis labrusca, une espèce de vigne américaine, et de Vitis vinifera, la souche européenne. Nicolas Longworth (1783 -?), considéré comme l’un des pères de la production de vins aux États-Unis, utilise ce cépage dans l’Ohio pour produire du « sparkling wine ». Comme je travaille sur les menus des restaurants américains, je ne résiste pas à donner un exemple de carte des vins sur lequel figurent un « Longworth’s Dry Catawba » et un « Longworth’s Sparkling Catawba ».

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Un zoom sur les lignes :
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Un menu proposé par le restaurant Irving House (New-York) en 1852. D’ailleurs, de fort nombreuses mentions de catawba, isabel ou scuppernong sont imprimées sur les menus de la fin du XIXe siècle. Leur succès sera éphémère, les vins produits ont un goût « foxé », c’est-à-dire marqué par des arômes animaux.

N’oublions cependant pas que certains vignobles européens précisent aussi les cépages. Les vins de l’île de Madère déclarent souvent, sur la bouteille même, être produits à partir de sercial ou de bual (un « Sercial Madeira, 1869 » au Café Savarin (sl) en 1900). Certains vignobles italiens en font de même, pour les malvoisies, les muscats, ou les nebbiolo (citons un « Nebiolo spumante » en 1899). Ce serait encore le cas des vignobles germaniques, avec le riesling (un « Deidesheimer Kieselberg Riesling Auslese, 1876 » proposé par l’Union Square Hotel, (sl ; NY ?) en 1892).

Bref, de multiples facteurs se conjuguent pour faire apparaître la mention de cépage sur la bouteille ou le tonneau de vin dès le XIXe siècle, peut-être même avant pour certains vignobles européens. La pratique n’est pas aussi récente que l’on veut bien le dire.

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