Chine : du « cabernet d’Est » au vin de glace

Le fameux caviste londonien Berry Bros & Rudd (BBR) vient d’annoncer la vente prochaine de vin de glace produit en Chine. Un vin dont on ne pourra douter de la qualité, noté 16 / 20 par Jancis Robinson. Un vin dont le haut de gamme sera vendu à près de 60 euros la bouteille de 37,5 ml… Un vin produit avec les conseils de spécialistes canadiens, utilisant un cépage hybride présent sur le continent nord-américain (le vidal), planté dans la région du Liaoning, à proximité du lac Huanlong, aux confins des frontières coréenne et russe. Difficile de trouver les vignes

La Chine serait désormais le 5e producteur mondial de vin, si l’on croit les statistiques de l’OIV. Des statistiques à manier avec prudence : la définition du vin n’est pas très stricte en Chine (d’autres alcools peuvent être englobés dans cette grande catégorie) et il s’agit d’une estimation. Mais tout de même : alors que les premières vignes destinées à une commercialisation seraient plantées à la fin du XIXe siècle, la Chine produirait déjà l’équivalent du quart de celle de la France. En volume certes, et non en valeur. Mais la qualité des vins ne cesse de s’accroître. Plusieurs compagnies européennes investissent le pays : Moët Hennessy a par exemple conclu un accord avec le chinois VATS Group pour produire des vins rouges dans la province du Yunnan, aux pieds de l’Himalaya, et des vins de méthode champenoise dans la région autonome du Ningxia. Le désormais cinquième producteur mondial – devant le Royaume-Uni, tout un symbole – attire les convoitises.

On trouve donc des vignobles qui évoluent à plusieurs vitesses. Ici, dans une vallée au Sud de la ville de Taiyuan des vignes détenues par de petits viticulteurs qui vendent des raisins sur la route ou à des entreprises qui les vinifient.

On remarquera le système de culture en pergola, avec des ceps enterrés l’hiver pour les protéger du froid (fréquemment -10° c), et des cultures intercalaires (tomates ou haricots).

Une production traditionnelle, sans doute liée à la christianisation d’une partie de la population. Là, à proximité de Pékin, des investissements imposants, mélangeant tourisme et production de vin. Le château, hybride de château de la Loire et de château bordelais, appartient à la compagnie Changyu (alliée au groupe bordelais Castel), dont les vins de glace sont proposés par BBR.

Plus loin la grande région viticole de Chine, la péninsule du Shandong, autour de la ville de Yantai, avec probablement des vignobles ici.


La Chine est passée en peu de temps d’une production copiant les vins occidentaux du siècle dernier, pour son marché intérieur, à des vins de la globalisation.

De Lanzarote à New York

Pourquoi une photo de Lanzarote (Canaries) en en-tête ? Tout d’abord à cause des paysages extraordinaires : les vignes sont plantées dans des trous creusés dans les sables volcaniques (des lapillis) et cernées de murets pour les protéger du vent et retenir l’humidité.

Les murets sont construits à partir de pierres de basaltes, transportées depuis la périphérie des volcans.

Un travail de titan pour un vignoble qui se développe dans des conditions extrêmes, pour ne pas dire « impossibles » (Les Vins de l’impossible, 1990). Le bonheur du géographe : tout déterminisme est réfuté !

Ensuite, ce vignoble témoigne d’une première mondialisation, celle de la conquête espagnole en direction de l’Amérique. Comme avec les vignobles portugais des Açores ou de Madère, les marins ont besoin d’îles-relais avant de traverser l’Atlantique. Le vignoble ne se comprend pas sans ce rôle ; les viticulteurs inventent des techniques savantes pour produire coûte que coûte le vin que les marins et les commerçants demandent.
Ce vignoble est désormais l’objet d’une seconde mondialisation : à mesure que l’intérêt mondial pour le vin croît, les consommateurs les plus avisés recherchent de nouvelles régions, de nouveaux cépages, de nouvelles sensations. Aux États-Unis, cette mondialisation est perçue comme heureuse, comme en atteste cet article d’Eric Asimov paru dans le New York Times du 16 janvier 2012 :

« Boire uniquement des vins de régions consacrées est un peu comme toujours dîner dans le même restaurant. Vous ne pouvez pas vous tromper […] mais sans les bienfaits de l’exploration, vous passez à côté de beaucoup de choses. Rien n’est plus vrai aujourd’hui pour les amateurs de vin, alors même que de plus en plus de gens ont accès à des grands vins issus de régions de plus en plus diversifiées. Pourtant, de toutes les régions du monde situées hors des sentiers battus, aucune n’est plus lointaine que les Îles Canaries. […] Jusqu’à il y a peu, les Américains n’avaient que peu d’opportunités pour boire les vins des Canaries. Cela a complètement changé depuis ces cinq dernières années, grâce au travail acharné d’un importateur […] qui propose des vins de plus d’une douzaine de producteurs représentant une variété de terroirs différents ».

J’en propose une lecture quelque peu différente ici. Toujours est-il que les Américains sont mus par la sensation de vivre une ère particulière de la mondialisation viti-vinicole. Un Golden Age caractérisé par des vins de qualité, originaires des endroits les plus insoupçonnés de la planète, à des prix tout à fait abordables pour les classes moyennes. La globalisation joue en la faveur des consommateurs. Quel en est le moteur ? New York.

« New York City is currently the greatest wine city on the planet. » écrit Dr Vino (de son vrai nom Tyler Colman) sur son blog.

COLMAN T. (2008) Wine Politics. How Governments, Environmentalists, Mobsters, and Critics Influence the Wine We Drinks, Berkeley, University of California Press, 186 p.

Les Vins de l’impossible. Vins, vignes, vignerons, 1990, HUETZ de LEMPS, A., PITTE, J.-R., PLANHOL, X. de, ROUDIE, P., Grenoble, Glénat, 94 pages.

Viticulteurs de tous les pays, réjouissez-vous !

Le phénomène est sans précédent : alors que la consommation de vin décline en Europe (tout du moins en quantité), elle augmente dans de très nombreux pays, tant sur le continent Nord-américain qu’en Asie. Une nouvelle aire géographique de consommation, mais aussi de production du vin, se créé sous nos yeux : au vieux centre méditerranéen vient s’ajouter une aire pacifique. Des pays traditionnellement consommateurs de bière, comme l’Australie ou le Canada, connaissent un nouvel engouement pour le vin. Mais ce sont surtout les États-Unis qui connaissent une progression qui ne laisse pas d’étonner.
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Soixante-quinze ans après la fin de la Prohibition (1919-1933), ils sont devenus le quatrième producteur mondial de vin, et sans doute déjà le premier consommateur mondial. Disons le clairement : ils sont devenus la puissance qui insuffle les nouvelles dynamiques dans le monde viti-vinicole. C’est déjà le cas depuis les années 1960 en termes d’architecture et de tourisme. C’est de plus en plus le cas en ce qui concerne la consommation du vin. Une consommation qui ne cesse de progresser dans le quotidien des Américains. Surtout dans les grandes villes.
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Leur rôle est comparable à l’échelle mondiale à ce que fut celui de l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècle pour l’Europe. Les États-Unis sont désormais une plaque tournante de l’économie viti-vinicole. Mieux, il deviennent un pays prescripteur de goûts, avec un remarquable effet de construction ou de transformation des territoires du vin. L’échelle de leur implication est devenue globale, tant le faible coût des transports et leur rapidité ont contracté le temps et l’espace. Aux régions du Haut-Douro (Portugal), de Marsala (Sicile) ou de Bordeaux, très largement façonnées par les Anglais, répondent à présent les vignobles de Barbaresco (Piémont), de Coonawarra (Australie) ou bien sûr de la Napa Valley.