Les vins du Président

Les 30 et 31 mai, des vins provenant du palais de l’Élysée seront vendus lors d’une vente au enchères. D’après le catalogue, « le produit de cette vente sera destiné à renouveler en partie la cave de l’Élysée, avec le souci d’y faire, comme il est de tradition, place tant aux grandes propriétés qu’aux petits vignobles moins réputés, et de faire apprécier aux invités de la Présidence de la République la variété de nos terroirs. » On ne connaît certes pas le contenu intégral de la cave, mais ce qui est vendu montre une polarisation très prononcée sur les grandes régions viticoles françaises, Bordeaux et Bourgogne en tête.

Difficile de savoir si la carte est représentative de l’ensemble de la cave présidentielle (la Champagne paraît tout de même peu représentée), mais elle montre une géographie du vin assez classique. On notera tout de même la forte présence de l’Alsace, et à l’inverse les faibles traces laissées par la Loire et le Rhône, enfin l’absence totale de l’extrême Sud méditerranéen…

Espérons que les achats de vins de l’Élysée seront effectivement marqués par davantage d’éclectisme. Le fait que du muscadet soit servi à Matignon est déjà un grand pas dans la reconnaissance de ce vin.
Le rôle des présidents ou des ministres est essentiel pour asseoir la notoriété d’un vignoble. Roger Dion le rappelait dans son Histoire de la vigne et du vin, à propos de l’influence de Louis XIV sur la géographie de la vigne et du vin en France. Les vins américains sont introduits sur la table de la présidence depuis Lyndon B. Johnson (1963-1969). Lors de l’élection de Barack Obama, le chroniqueur Mike Steinberger appelait à un changement de politique en la matière ; après les années Bush (un président moins « vino-friendly »), il semblait important pour la notoriété du vignoble US qu’un sursaut se produise. A ce propos, on pourrait citer la bourde – mais en est-ce vraiment une ? – effectuée à l’annonce du dîner d’investiture du 21 janvier 2013 du second mandat du président américain Barack Obama, lorsqu’un vin californien est qualifié de « champagne » et non de « champagne de Californie », voire même de « sparkling wine »… Les Champenois n’ont pas apprécié !
Même le Royaume-Uni promeut ses vins depuis une dizaine d’année avec Chapel Down, et Nyetimber depuis peu (Decanter, mai 2013). Ce qui risque de poser des problèmes : ce dernier producteur a annoncé qu’il ne fournirait pas de vin de 2012 tant l’année fut mauvaise.

Le lien entre la notoriété des vignobles et les grands de ce monde est manifeste. Les processus d’imitation permettent de susciter des modes dans la consommation des vins. On le verra avec la musique ou le cinéma dans un autre post. Wait and see.

Une vidéo sur le site du journal Le Monde

DION, R., 1959, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle, Paris, Flammarion, 768 pages

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