Le retour du cheval, symbole d’une nouvelle modernité

Château Pape Clément, travail des vignes avec un cheval (18 avril 2014).

Quoi de plus agréable à regarder qu’un cheval dans les vignes ?
Le silence, la lenteur, la vision de la force animale, la proximité sinon même la complicité entre l’homme et l’animal, autant d’éléments dont nous avions oublié jusqu’à l’existence.

Bourgogne, vignoble de la Côte-d’Or.

Tout s’oppose à la machine. Le bruit (la période des vendanges est marquée par le vrombissement constant des moteurs), la rapidité (point intéressant sur lequel il faudra revenir), et le caractère presque désincarné du travail mécanique sont devenus le quotidien de nombreux vignobles.

Notre regard est hérité d’une période qui s’ouvre avec le XIXe siècle et les maladies de la vigne. Oïdium, mildiou, phylloxéra ; des champignons ou des insectes issus du continent nord-américain et qui attestent de l’intensification des échanges entre l’Europe et le Nouveau Monde. Traiter les vignes contre les maladies ou les insectes oblige à palisser. Des fils de fer métalliques sont tirés de part en part des parcelles pour permettre de vaporiser sur les plantes des insecticides ou des fongicides, dont la fameuse bouillie bordelaise.

Palissage dans le vignoble de Seyssuel (Côtes du Rhône)

Les vignobles prennent alors l’allure qu’ils ont désormais. Les vignes sont plantées en longs alignements, de façon à ce que les animaux (chevaux ou bœufs) puissent pénétrer dans les parcelles pour aider au travail humain. C’est la fin des plantations en foule ou des complants (mixité des plantations arbustives et viticoles).

Les Très Riches Heures du duc de Berry ; mois de mars (détail) : la vigne plantée en foule.

Après l’animal, ce sera bientôt le tour des tracteurs de pénétrer les vignes. Ils furent pour les générations du début du XXe siècle le signe d’un mieux être. Le gain en rapidité permet, par rapport à la force animale et à sa lenteur, de soulager le labeur quotidien. Le cheval est alors perçu par les paysans comme un symbole d’archaïsme et de pénibilité du travail. Telle est la modernité jusqu’à la fin du XXe siècle. La mécanisation permet également de libérer une partie du monde paysan du travail agricole, au moment même où l’industrialisation de l’Europe requiert de nombreux bras. L’exode rural vide les campagnes.

La physionomie des régions viticoles change profondément : alors que la vigne permettait de faire vivre une dense population (tant du fait des travaux liés à la vigne, que grâce aux métiers induits, comme les maréchaux-ferrants ou les tonneliers), le nombre d’agriculteurs diminue drastiquement. Seule subsiste dans ces régions la très forte densité de villages qui donne toujours aux campagnes un air profondément humanisé.

Vignoble de Saint-Joseph (Côtes du Rhône)

Le cheval revient désormais en grâce. D’abord réintroduit par les producteurs bio ou en biodynamie, il semble qu’il intéresse également des viticulteurs conventionnels. Tout d’abord parce qu’il tasse moins les sols qu’un lourd tracteur. Ensuite parce que les viticulteurs plus soucieux de questions environnementales réintroduisent les labours. La période du tout-chimique avait même conduit à supprimer cette phase du travail agricole. Les « mauvaises » herbes étaient supprimées par les herbicides, les apports de nitrates permettaient de gros rendements, et les sols nus limitaient les risques de gel.

La recherche de vins de qualité, au sens gustatif mais aussi environnemental, a mis fin à ces pratiques. L’enherbement des parcelles est devenu la norme.

Rangs entre les vignes enherbés. Abbaye de la Sauve-Majeure (Gironde).

La nature réinvestit les vignes. Un nouveau discours, qui s’appuie sur la nature pour produire des vins – par exemple l’utilisation de phéromones pour leurrer les papillons nuisibles -, devient la nouvelle modernité. Le cheval a toute sa place dans cette nouvelle vision du monde.

Capsule contenant des phéromones pour la lutte par confusion sexuelle. Vignoble de Tain-l’Hermitage (Drôme).

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