La France n’est plus le 1er pays producteur de vin. Et alors ?


Marianne et le vin, une longue histoire.  Salon d’honneur de la mairie de Reims.

 

 

 

Chaque année, au moment des vendanges, la presse s’émeut de voir notre pays relégué au rang de second producteur mondial. Et quel grand soulagement lorsque l’Italie perd de nouveau sa prééminence (non méritée, bien entendu). On touche aux intérêts supérieurs de la France !

Copie d’écran, Le Monde, 14 septembre 2016.

Et alors ? Il s’agit là de volumes, et non de valeurs. Et quand bien même. Dans le monde qui est le nôtre, ce ne sont plus ces flux qui sont primordiaux, mais bien d’autres aspects, parmi lesquels ce que je serais tenté d’appeler l’intelligence du vin. C’est-à-dire une sorte de maelstrom composé d’une infinité de paramètres qui font qu’un vin sera acheté par un consommateur, et qu’il lui apportera du plaisir et du rêve.

Des paysages de qualité pour des vins de qualité.
Banyuls – Collioure.

Bien sûr, les aspects liés au terroir ou aux éléments identitaires sont essentiels. Le vignoble français est résolument engagé dans cette voie, avec des vins de qualité qui renvoient dans notre imaginaire à tel ou tel lieu. En particulier par leurs caractéristiques organoleptiques. Le classement des Climats du vignoble bourguignon s’inscrit dans cette logique.

Mais bien d’autres paramètres transparaissent aujourd’hui. Certains sont évidents, comme l’intime relation qui se lie avec une gastronomie de qualité. Ou un accueil et une offre touristique bien pensés. Ou encore a possibilité de toucher les professionnels qui importent les vins, par des foires ou des salons. Je ne vous apprends rien.

Mais vous remarquerez en lisant les lignes ci-dessus, que l’Italie comme l’Espagne sont passées maîtres en la matière. Il n’est que de penser au Barolo ou à la Rioja pour s’en convaincre.

Du matériel allemand pour des vins blancs… rhodaniens.

D’autres paramètres interviennent avec force. La qualité des matériels ou des techniques viti-vinicoles. La formation des viticulteurs, mais aussi celle de tous les cadres qui les entourent : droit, commerce, marketing, etc. La capacité pour l’État à détenir et définir une vision stratégique de l’avenir du monde du vin. L’Australie avait ouvert la voie il y a plusieurs années avec des plans stratégiques, suivie par les États-Unis ou l’Espagne. La France donne plutôt l’impression d’avancer en ordre dispersé ; à preuve la réforme qui devait structurer le vignoble en grands bassins de production est restée lettre morte. [voir une analyse ici par exemple, p. 16] Le Plan stratégique de France Agrimer – que j’avais évoqué ici – paraît déjà être tombé dans les oubliettes.

Un chardonnay de la vallée de la Sonoma (Chalk Hill Winery) pour la Première Dame des États-Unis dans la série House of Cards (S1E1, vers 35 mn). Une publicité mondiale…

Enfin et surtout : la capacité à développer un soft power dans le domaine du vin. Ce que réalise avec une puissance difficile à mesurer, mais non moins certaine, le cinéma américain.
Bref, il serait temps de ne plus penser le monde du vin en termes de volumes, mais bien en le regardant avec d’autres critères. D’autres critères beaucoup plus difficile à quantifier, parce qu’ils relèvent de l’intelligence.