De Lanzarote à New York

Pourquoi une photo de Lanzarote (Canaries) en en-tête ? Tout d’abord à cause des paysages extraordinaires : les vignes sont plantées dans des trous creusés dans les sables volcaniques (des lapillis) et cernées de murets pour les protéger du vent et retenir l’humidité.

Les murets sont construits à partir de pierres de basaltes, transportées depuis la périphérie des volcans.

Un travail de titan pour un vignoble qui se développe dans des conditions extrêmes, pour ne pas dire « impossibles » (Les Vins de l’impossible, 1990). Le bonheur du géographe : tout déterminisme est réfuté !

Ensuite, ce vignoble témoigne d’une première mondialisation, celle de la conquête espagnole en direction de l’Amérique. Comme avec les vignobles portugais des Açores ou de Madère, les marins ont besoin d’îles-relais avant de traverser l’Atlantique. Le vignoble ne se comprend pas sans ce rôle ; les viticulteurs inventent des techniques savantes pour produire coûte que coûte le vin que les marins et les commerçants demandent.
Ce vignoble est désormais l’objet d’une seconde mondialisation : à mesure que l’intérêt mondial pour le vin croît, les consommateurs les plus avisés recherchent de nouvelles régions, de nouveaux cépages, de nouvelles sensations. Aux États-Unis, cette mondialisation est perçue comme heureuse, comme en atteste cet article d’Eric Asimov paru dans le New York Times du 16 janvier 2012 :

« Boire uniquement des vins de régions consacrées est un peu comme toujours dîner dans le même restaurant. Vous ne pouvez pas vous tromper […] mais sans les bienfaits de l’exploration, vous passez à côté de beaucoup de choses. Rien n’est plus vrai aujourd’hui pour les amateurs de vin, alors même que de plus en plus de gens ont accès à des grands vins issus de régions de plus en plus diversifiées. Pourtant, de toutes les régions du monde situées hors des sentiers battus, aucune n’est plus lointaine que les Îles Canaries. […] Jusqu’à il y a peu, les Américains n’avaient que peu d’opportunités pour boire les vins des Canaries. Cela a complètement changé depuis ces cinq dernières années, grâce au travail acharné d’un importateur […] qui propose des vins de plus d’une douzaine de producteurs représentant une variété de terroirs différents ».

J’en propose une lecture quelque peu différente ici. Toujours est-il que les Américains sont mus par la sensation de vivre une ère particulière de la mondialisation viti-vinicole. Un Golden Age caractérisé par des vins de qualité, originaires des endroits les plus insoupçonnés de la planète, à des prix tout à fait abordables pour les classes moyennes. La globalisation joue en la faveur des consommateurs. Quel en est le moteur ? New York.

« New York City is currently the greatest wine city on the planet. » écrit Dr Vino (de son vrai nom Tyler Colman) sur son blog.

COLMAN T. (2008) Wine Politics. How Governments, Environmentalists, Mobsters, and Critics Influence the Wine We Drinks, Berkeley, University of California Press, 186 p.

Les Vins de l’impossible. Vins, vignes, vignerons, 1990, HUETZ de LEMPS, A., PITTE, J.-R., PLANHOL, X. de, ROUDIE, P., Grenoble, Glénat, 94 pages.

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