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VisitFrenchWine.com : quel regard sur la vigne en France ? (1)

Un village parmi les plus touristiques de France, Riquewihr (Alsace).

Le site VisitFrenchWine.com a été mis en ligne il y a quelques mois. Il est destiné à favoriser l’accueil des étrangers qui souhaiteraient visiter notre pays et ses vignobles, et bien sûr à accroître le nombre de touristes qui iraient d’une manière ou d’une autre visiter un vignoble. Je répète même si cela paraît évident : accroître le nombre de touristes qui iraient d’une manière ou d’une autre visiter un vignoble. Cela a son importance. Quelle image de nos vignobles le site véhicule-t-il ? Une analyse du texte, des photographies et du contenu paraît intéressante pour ce qu’elle nous dit de la relation tourisme – vignoble. Et plus encore, de nous-mêmes.


Nombre de prestations proposées par destinations en mai 2015.

Tout commence par un découpage très classique des vignobles par grandes entités : Bourgogne, Jura, Sud-Ouest. À bien y regarder, ça se complique : le Languedoc est coupé en deux entités, Languedoc et Pays d’Oc. Et on apprend sur cette dernière que la « vigne est omniprésente en Languedoc-Roussillon », ce qui fait donc une troisième entité puisque le Roussillon a sa propre page… Bigre. De quoi en perdre son latin pour les étrangers… On subodore derrière tout cela de petites querelles de clocher. La « dénomination « Pays d’Oc IGP » » a donc réussi à se scinder de ses consœurs.


Plusieurs découpages du Languedoc et du Roussillon…

Il existe aussi des chevauchements qui doivent étonner plus d’un étranger : la vallée du Rhône présente une page « Sur la route des vins et vignobles de Provence » que l’on retrouve forcément en Provence. Quant à la Corse, elle s’autoproclame « unique vignoble insulaire de France ». Les îles de Ré et d’Oléron ne seraient-elles pas viticoles ?

Une carte de localisation par Google…

Tout cela ne serait pas très grave si la cartographie vous aidait et pouvait vous faire passer d’une région à l’autre. Ce que l’on serait en droit d’attendre d’un site axé sur la mobilité à l’ère des smartphones. N’est-ce justement pas cela qui est invoqué par le ministère pour mettre en ligne le site ? Et bien non : les cartes sont pensées de manière statique depuis un ordinateur, et non in situ pour un utilisateur. On aimerait par exemple pouvoir passer du Cognac au Bordelais, du Beaujolais à la Bourgogne, ou justement de la Provence au Rhône. Les cartes de simple localisation, c’est-à-dire uniquement ponctuelles, et qui d’ailleurs utilisent la technologie plutôt vieillotte de Google – pour ne pas dire bien cheap ! -, ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble… On est bien dans la logique imposée par les institutions des vignobles, et non dans celle du touriste. Des frontières apparaissent, qui entravent la fluidité des pratiques.

Une cartographie pensée pour la mobilité, sans frontières internes.

La cartographie devrait être pensée comme un outil au service du touriste. Je suis en week-end à Toulouse, que me propose-t-on dans un rayon d’une heure de route ? Je suis à l’hôtel à Strasbourg, où puis-je aller facilement en train dans le vignoble alsacien sans louer de voiture ? Je passe mes vacances à vélo sur les bords de la Loire, que puis-je voir sans difficulté à proximité des pistes cyclables ? Et cerise sur le gâteau, je suis en Provence à Arles, que ce passe-t-il du côté des Costières de Nîmes (une grosse demi-heure de route, mais deux mondes qui paraissent s’ignorer) ?

Bref, j’ai déjà attiré votre attention sur la question de la cartographie dans un précédent billet, il y aurait beaucoup à faire en la matière. Mais cela nécessite un décentrement intellectuel et des compétences en cartographie. Outil merveilleux, mais qui pour l’instant n’est pas intégré à sa juste mesure par les professionnels du vin ou du tourisme. Le site fait référence au vélo, on souhaiterait pouvoir trouver sur le smartphone les parcours qui sont proposés. Là, rien… Ou alors dans un cadre préétabli que tout le monde n’aura pas envie de suivre. « Les 22 et 23 octobre 2016 suivez le balisage »… On en revient à une ère pré-smartphone.

Seul le Beaujolais paraît innover avec des audioguides téléchargeables gratuitement, et des cartes sur GoogleEarth. C’est un début.

Que propose le site VisitFrenchWine.com sur le fond ?

Top 30 des termes utilisés

Glisser la souris pour faire apparaître les données.

On le voit, il s’agit bien de découvrir des châteaux pour y mener une dégustation. On rencontrera donc des vignerons – beaucoup moins de vigneronnes, seulement 9 occurrences pour 121 pour le mot au masculin – dans leur cave ou leur domaine.

La vieille dualité viticulteur – pardon, vigneron – négoce est passée sous silence. Le négoce apparaît en effet sous la dénomination plus sexy de « Maison », avec une majuscule. Soit. Mais pourrai-je donc voir des vignerons si je vais dans le Cognac ? Ou en Champagne ? Vous vous doutez de la réponse. Il faudra faire d’autres recherches sur le net. Et la coopération viticole semble complètement occultée en tant que telle. On connaît son vieux complexe, et c’est dommage. Elle devrait être un acteur clé de l’œnotourisme en France, ce qui est le cas dans certaines régions, mais est loin d’être la norme. Et je ne parle pas de seules dégustations, mais de programmes œnotouristiques élaborés.

Et justement, qu’est ce qui est proposé ?

L’association avec la gastronomie est bien représentée, et c’est logique.

Ceci dit, lorsque l’on sort du triptyque dégustation (3,5 %) – restaurant (0,6 %) – cuisine, le nombre d’occurrence des termes chute vite, tout comme les thématiques.

L’art sous différentes formes est également une association privilégiée. Je laisse les termes de « fête » et « festival » en supposant qu’il puisse y avoir des concerts par exemple.

On remarquera à ce propos la forte représentation du jazz comme genre de musique. Loin de moi l’idée de tomber dans des clichés, mais ce style de musique s’adresse tout de même de manière privilégiée à des catégories socio-professionnelles diplômées, aisées, et plutôt dans la force de l’âge.
Quid des musiques actuelles ? Quid des jeunes ?

Comment accroître le nombre de touriste si l’on s’adresse de manière privilégiée à la partie de la société qui est déjà la plus intéressée par le vin ? Le tourisme ne serait-il pas une manière privilégiée d’attirer au vin des néophytes ?

Des néophytes amateurs ou amatrices d’art et de musiques actuelles, rivés à leurs smartphones et particulièrement mobiles les week-end et l’été par exemple, ça ne vous dit rien ?
Des gens pour lesquels les termes d’échange, de solidarité, de participation, de sociabilité – tiens, ne parlait-on pas de coopération un peu plus haut ? – sont devenus essentiels, ça ne vous dit rien non plus ?

À suivre.


Méthodologie : le corpus de texte a été pris sur le site VisitFrenchWine.com le 25 mai 2016, et analysé grâce au logiciel d’analyse textuelle TXM. Le texte total est composé de 47718 mots, qui a été nettoyé de tous les articles et autres pronoms pour en arriver à un corpus de 8319 termes (seuls les mots apparaissant plus de 5 fois sont retenus, soit 460 termes sur lesquels sont faites les statistiques. J’ai supprimé les termes vin (602 fois), vignoble (332) et vigne (176).
Les photographies ont toutes été récupérées (194 fichiers au total) le 25 mai 2016 et seront analysées selon une grille de lecture.

Les Finger Lakes : un vignoble métropolitain

Panorama du lac Seneca (USA)

Le vignoble des Finger Lakes (USA) est assez méconnu en Europe. Rien d’étonnant à cela, il ne joue certainement pas dans la même catégorie que les vignobles européens du Haut-Douro, de Tokaj ou de Bordeaux. Et pourtant, ce vignoble est à rattacher à la ville la plus puissante au monde, New York. Mais on est certainement au début de quelque chose, et nombreux doivent être les new-yorkais qui ignorent jusqu’à l’existence de cette région située au Sud-Est des Grands-Lacs, sous le lac Ontario pour être plus précis.

L’ancienne entreprise Urbana, aujourd’hui abandonnée.

Et pour cause, la région s’est récemment tournée vers des vins de qualité, le vignoble est d’une taille modeste, et les Nord-Américains ne s’intéressent dans leur majorité au vin que depuis peu. Le vignoble est en effet relativement ancien – le vignoble date du XIXe siècle selon l’historien Pinney -, mais s’est longtemps complu dans la production de vins de type champagnisé avec des cépages hybrides. Deux entreprises majeures dominaient la région, Urbana Wine and Co et Pleasant Valley (encore appelée Great Western). On trouve leurs vins dans des menus de restaurants américains, par exemple dans l’une des plus anciennes tavernes new yorkaise, la Fraunces Tavern. La première est à présent en ruine. La seconde est toujours active, et se targue d’être la première « bonded winery », c’est-à-dire la première entreprise officielle payant des taxes au lendemain de la Prohibition (1919-1933).

Un bâtiment devenu monument historique.

L’orientation qualitative au sens où nous l’entendons ne date que depuis peu, avec l’introduction de Vitis vinifera. Cet un émigré d’origine allemande, le Dr Constantin Franck qui est à l’origine, avec le centre de recherche de la ville de Geneva, de l’introduction des cépages de qualité.

La winery à l’origine de l’introduction des plants de Vinis vinifera.

Il faut bien l’avouer, la région est froide, voire très froide. Cette façade Ouest de l’Atlantique est longée par le courant marin froid du Labrador et peut être affectée par des coulées d’air très froid, d’origine polaire, comme ce fut le cas à la fin de l’hiver 2013-2014 et au début du printemps.

Les températures ont pu atteindre -20°c en janvier et février dans les vignobles situés entre l’Ontario canadien et les Finger Lakes, ce qui constitue des températures risquées pour les vignes. Aussi les vignes sont-elles enterrées de façon à les protéger du froid. Le principe est astucieux : la couche de terre, elle-même recouverte d’une couche de neige, permet de créer un isolant thermique. Ce sont surtout les retours de froid au printemps qui sont à craindre. Cette région fut décrétée en « désastre agricole » par les autorités de l’État de New York du fait de la destruction des bourgeons de vignes au printemps. À Geneva (située sur la côte Nord du plus grand des lacs des Finger Lakes), la température tombe à -21,1 °c le 6 mars 2014 pendant toute une semaine de grand froid…


Les ceps de vignes sont protégées par une couche de terre, puis par la neige qui fait office d’isolant thermique pendant l’hiver.

La région produit désormais des vins de qualité, dans lesquels les principaux cépages sont dominés par les blancs, riesling en tête. Et c’est sans doute le cépage blanc qui fait le plus parler de lui aux États-Unis. On trouve d’ailleurs des vins de la région dans les plus grands restaurants new-yorkais. Cela occasionne un développement du vignoble assez marqué. Les principales wineries sont récentes, et situées sur le pourtour des lacs même, et non plus un petit peu en arrière comme c’était le cas pour les deux entreprises historiques.

Une exploitation bovine. On remarquera les vaches Holstein, vaches de la mondialisation.

Et d’ailleurs, à une échelle locale, ces nouvelles implantations se lisent très bien dans les paysages : elles forment une toute nouvelle auréole sur les rives mêmes des lacs, plus proches de l’eau que ne l’étaient les exploitations traditionnelles d’élevage bovin. Très généralement rouges – j’imagine que c’est lié à l’utilisation du sang des animaux pour la coloration des bois -, elles se situent très légèrement en arrière des coteaux. Les nouvelles wineries sont construites selon d’autres couleurs et d’autres apparences architecturales, et tranchent donc vigoureusement dans les paysages.

Une nouvelle winery (Seneca Shore Wine Cellars) : architecture minimaliste, couleur bleue.

Elles sont comme aimantées par l’eau. Peut-être pour des raisons climatiques. Encore que je doute de cette raison, certaines d’entre-elles sont exposées aux vents froids du Nord, il y a fort à douter que les lacs entraînent réellement un réchauffement des températures printanières, et doivent plutôt jouer à l’inverse avec des réservoirs d’eau à peine dégelée de l’hiver… Peut-être cela joue-t-il davantage à l’automne en créant une micro-arrière-saison plus douce. À mon avis, la véritable raison tient plutôt à deux éléments majeurs : le tropisme qu’exerce la route principale sur les wineries d’une part, et d’autre part au paysage qui est ainsi plus facile à valoriser.

Un bed and breakfast dans la petite ville cossue de Keuka.

Nous sommes bien dans le cadre d’un vignoble métropolitain : un vignoble complètement inféodé à la demande urbaine – et quelle ville ! New York…- et qui prend de ce fait des allures particulières. La plus évidente d’entre-elles, c’est la forte mise en tourisme des Finger Lakes. Et qui plus est sur une bande qui n’est guère étendue, on tombe vite dans les paysages de forêts ou d’élevage bovin intensif sans grand intérêt pour le visiteur. En revanche, sur les bords des différents lacs, on trouve un nombre incalculable d’hôtels (de toutes les formes possibles et imaginables, du motel américain au bed and breakfast cosy en passant par la location airBnB dépouillée pour hipster en mal d’aventure), de restaurants, et de résidences secondaires cossues. De nombreuses activités contribuent à brosser un tableau d’aire de jeu pour urbains aisés : golfs (une vingtaine dans le secteur, et oui, vous avez bien lu !), nautisme, équitation…

Une grange traditionnelle.

Même les « petites maisons dans la prairie » donnent un air champêtre qui doit parler à l’idéal américain. On est loin de la Californie et de ses puissantes wineries : c’est le règne de la petite structure, même si certaines d’entre-elles appartiennent en réalité à de puissants groupes. Le très puissant Constellation, 2e groupe américain, (situé à Rochester) provient d’une entreprise encore appelée avant 1998 Canandaigua Brands, du nom d’un des lacs (ou de la petite ville éponyme).

Bref, tout est fait pour que vous puissiez passer un bon moment dans un espace rural complètement métamorphosé sous emprise urbaine. C’est bien ce vers quoi se tourne la majeure partie de nos vignobles, avec souvent un grand retard. Toutes les activités sont possibles et imaginables dans les Finger Lakes, cela pourrait donner des idées à certains professionnels. Même la cartographie pour repérer les wineries en dit long ; je vous laisse regarder ce site.

Cliquer ici pour accéder à la cartographie en ligne.

D’une facilité déconcertante pour qui veut trouver une entreprise. Un contre-exemple ?
Le Médoc. Pas même une carte sur le site pour guider le visiteur. Et pourtant, vous êtes prévenu, « plus d’un millier de châteaux »…

Source : Medoc-bordeaux.com

Un peu mieux pour Fronsac, mais ni les numéros de routes, ni les directions, ni les autres activités (restaurants, hébergements…) ne sont indiqués.

Source : www.vins-fronsac.com

Bref, nous avons du chemin à faire en matière d’œno-tourisme.

Paysages de vignoble : Tokaj (Hongrie)

Le domaine de Dereszla Pincészet (Bodrogkeresztúr, Hongrie)

Vignoble producteur de vins fins le plus à l’Est de l’Europe continentale, le vignoble de Tokaj se trouve plus proche de la frontière avec l’Ukraine (à une soixantaine de km à vol d’oiseau) que de Budapest (près de 200 km). C’est dire s’il a une position orientale. D’ailleurs, la Slovénie peut légitimement (depuis 2004) revendiquer l’appartenance de quelques petites communes à l’aire d’appellation Tokaj ; elles appartenaient à la Hongrie d’avant 1919. Un espace aux frontières mouvantes dans la longue durée, issu du démantèlement de l’Empire Austro-hongrois.

La langue contribue au dépaysement. « Cave à vin – restauration ».

Ce caractère oriental se perçoit avec force dans les paysages. Tout d’abord par la langue finno-ougrienne utilisée par les Hongrois (ethniquement parlant dominés par les Magyars). Le dépaysement est total, et malheureusement trop peu d’informations sont encore traduites. L’essor du tourisme nécessiterait davantage de panneaux explicatifs en anglais.

C’est ensuite la présence, dans de nombreux villages, de plusieurs lieux de culte qui renvoient aux différentes religions pratiquées : si la majorité des Hongrois est d’obédience catholique, une minorité importante est quant à elle protestante.

Deux clochers : l’église (à droite) et le temple (à gauche) du village de Tarcal.

Il y aurait encore l’architecture traditionnelle qui donne un cachet particulier à la région : de petites maisons, souvent limitées à un étage, avec un toit en pignon, et généralement peintes en blanc.

Habitat traditionnel (ville de Tokaj).

Elles répondent aux multiples caves enterrées dont le vignoble est littéralement criblé. Ici au beau milieu de vignes, là dans les villages mêmes, sous les rues et les maisons. Je ne m’étends pas sur les procédés d’élaboration du vin liquoreux (à partir de raisins botrytisés et d’un élevage en caves souterraines).

Entrée d’une cave souterraine pour le vieillissement des vins.

Et peut-être surtout, pour en revenir à des aspects géopolitiques et historiques, la Hongrie faisait partie jusqu’en 1989 des pays satellites de la frange occidentale de l’Union Soviétique. Un pays situé à la même longitude que la Grèce, mais qui bascule dans le giron soviétique. Au contraire du précédent, arrimé aux États-Unis d’Amérique, et forcément moins « oriental » dans nos représentations. Jancis Robinson et Hugh Johnson dressent dans leur Atlas mondial du vin (p. 250) un sombre tableau des répercussions viti-vinicoles :

« Quand la Hongrie est devenue communiste en 1949, la qualité de ce qui était reconnu comme le plus grand vin de l’Europe de l’Est s’en est trouvée affectée. Les célèbres vignobles et les grandes propriétés des collines du Tokay perdirent leur identité. Ils furent confisqués et leurs vins furent homogénéisés dans les caves collectivistes qui en prirent le contrôle. Les vignes furent déplacées des collines aux terres plates, leur densité réduite de 10 000 pieds/hectares et les rendements augmentés dans des proportions absurdes. »

Les vignes descendent dans la plaine. On remarquera l’écartement entre les rangées de vignes.

Et effectivement, c’est frappant : les paysages enregistrent ces transformations. Les vignes mécanisées descendent loin sur les contreforts des collines, délaissant les coteaux les plus pentus. L’écartement de certaines vignes est assez impressionnant. On imagine les rendements que doivent permettre de telles plantations.

Un paysage de coteau en pleine déprise.

Les exportations du vignoble s’effectuent alors en direction des pays du bloc soviétique. L’Europe de l’Ouest et les États-Unis se détournent de ce vin liquoreux. La Guerre froide coupe les relations entre les deux Blocs.

L’ouverture de la Hongrie à la suite du démantèlement du Rideau de fer entraîne des modifications importantes. On en revient en termes de qualité à des standards plus habituels, notamment en ce qui concerne les densités de plantation des ceps de vigne. Des investisseurs (le groupe d’assurance AXA-millésimes et le Château Suduiraut de Sauternes) ou des producteurs de vins d’autres régions européennes s’engouffrent dans la brèche de la libéralisation pour nouer des partenariats ou acheter des domaines. Le critique Hugh Johnson au Royal Tokaji Borászat, ou les Espagnols de Vega Sicilia (Duero) avec le domaine d’Oremus.

Le domaine de Disznókő.

Ces grands domaines sont rénovés, ou bien même connaissent de nouvelles construction comme celui de Disznókő. Les bâtiments sont dessinés par l’architecte hongrois Dezső Ekler dans un style considéré comme « organique » : respect de la tradition, intégration dans l’environnement. Aussi le cuvier et les chais s’inspirent-ils des constructions traditionnelles, tout en reprenant la forme de la colline.

La remise des tracteurs, vue de derrière.

Les bâtiments agricoles annexes évoquent quant à eux les volcans de la région ou les yourtes. La remise des tracteurs, située sur une butte artificielle, reprend la morphologie d’un cratère. Le vignoble de Tokaj a effectivement un soubassement volcanique, avec par exemple des roches de type rhyolites. Je doute pour autant que l’on puisse trouver de tels cratères sur ce massif… Le dernier édifice, qui sert je suppose d’entrée de la cave, est plus incongru encore, puisqu’inspiré par les yourtes. Un habitat de nomade pour une construction en pierre. Soit.

Entrée de la cave.

À bien y regarder, il semble bien que l’on puisse toute fois percevoir ici ou là des parcelles qui donnent davantage un air paysan. Cela provient de leur petitesse ou des tailles de vignes qui y sont pratiquées.

Une parcelle paysanne ? Taille en échalas, absence de mécanisation, apparence moins ordonnée.

Je suppose que la réapparition de taille en échalas, non mécanisée, au contraire des grands domaines plutôt en taille Guyot, est à mettre en relation avec le retour d’une petite propriété paysanne. Mais cela reste à démontre faute de plus amples informations.

Un nouveau domaine sur les coteaux du vignoble.

Enfin, l’ouverture au tourisme international contribue à transformer les paysages de la région. Soit en ouvrant à la visite les anciennes caves typiques de Tokaj, soit en facilitant la construction de domaines spécialement prévus pour l’accueil. La petite ville de Tokaj elle-même paraît renaître, avec la multiplication des commerces, des restaurants et des hôtels. Mais le phénomène reste encore bien mesuré, l’animation fait particulièrement défaut le soir…

On est loin, et c’est peut-être tant mieux, des foules de Saint-Émilion, de Logroño (Rioja) ou encore de Greve-in-Chianti. Pour un vignoble dont la renommée n’est plus à redire. Mais les vins liquoreux ont hélas perdu de leur superbe.

Au total, un vignoble oriental, aux paysages bien particuliers, entré de plein fouet dans une mondialisation à plusieurs vitesses.


Référence : Jancis Robinson, Hugh Johnson, 2002, Atlas mondial du vin, 5e éd., Paris, Flammarion, 322 p.

20 mesures pour 2020

Le centre Loisium (Langenlois, Autriche) : un centre touristique cité dans le rapport.

Un nouveau rapport vient de paraître. Il ne porte pas seulement sur la vigne et le vin, mais pour la première fois cherche à agir « en faveur de la gastronomie et de l’œnologie françaises ». C’est au moins le 10e rapport sur le sujet depuis l’an 2000. Ce qui atteste d’un certain malaise, je ne vous surprendrai pas.

Existe-t-il d’ailleurs un domaine d’activité qui ait connu tant de rapports et d’études (on en trouvera la liste ici) ? Il est possible d’en douter. Ce qui témoigne d’un puissant pouvoir de lobbying du monde viticole auprès de certaines instances nationales voire européennes. Et bien sûr d’une part importante de création de richesses au sein de notre pays. Mais tout de même : s’il y a presque 3 fois plus d’étudiants à l’Université française (1,5 millions de personnes) que d’exploitants agricoles (600 000, pour seulement 70 000 viticulteurs), les premiers intéressent bien moins les rapports officiels…

Cette multiplication de rapports en dit long sur les incertitudes, les hésitations, et le choc que le Nouveau Monde a entraîné dans une planète des vins aux contours encore bien stables il y a une trentaine d’années. Un choc économique, mais plus encore un choc culturel.

Cliquer sur ce lien pour télécharger le rapport

C’est bien ce qu’évoque ce pré-rapport qui pose tout simplement la question de savoir « comment la cuisine et les vins français peuvent (…) ré-enchanter le monde ? » (p. 2). Vaste programme.

La réponse est complexe, et le rapport propose des analyses intéressantes qui dépassent bien entendu le strict cadre des vins : parmi bien d’autres propositions, publier un guide Michelin à l’échelle mondiale (proposition 5, p. 5), porter l’effort sur la formation initiale et continue (proposition 10, p. 7), en facilitant l’accueil de jeunes étrangers (proposition 20, p. 10) qui seront autant d’ambassadeurs de la gastronomie et des vins français.

En matière de tourisme, la proposition 14 demande « [d’] investir dans des hébergements hôteliers au milieu des vignes avec des lieux de discussion et des centres d’informations sur les vins » (p. 8). Ce qui permettrait sans doute de lever un blocage majeur en termes de fréquentation des vignobles. C’est tout particulièrement le cas dans le vignoble bordelais qui manque cruellement d’hébergements.

L’offre d’hébergement dans le vignoble bordelais

Mais justement, combien de touristes souhaitent-ils réellement dormir dans les vignobles ? Ne faudrait-il pas aussi tenir compte d’une réflexion sur des parcours, des destinations, depuis des villes emblématiques ? Avec la possibilité de rayonner autour de ces grandes villes ? Toujours à propos de l’exemple bordelais, je suis toujours impressionné de voir à quel point le Sauternais, bénéficiant pourtant d’une aura mondiale, n’est pas capable d’attirer de véritables flux touristiques. La réponse n’est-elle pas à chercher, aussi, dans ses liens à Bordeaux, Arcachon, voire même Paris ? Alors même que sur place, hormis quelques illustres châteaux, c’est plutôt le marasme qui règne.

Touristes dans un minibus dans la vallée de la Hunter (Australie).

La vallée de la Hunter en Australie, pourtant éloignée de près de 3 heures de route de Sydney, résout fort bien ce problème en proposant aux touristes une prise en charge directe depuis l’aéroport international. Tel n’est pas le cas à Bordeaux. Et il n’est pas certain que ce soit non plus le cas à Lyon, Strasbourg ou même Aix-en-Provence.

Enfin, le rapport propose, une fois encore, de s’inspirer du modèle du Nouveau Monde.
Marque et vin de cépage deviennent l’horizon indépassable des rapports sur le vin.

Copie d’écran du rapport, p. 9.

Joli paradoxe par rapport à ce qui est évoqué plus haut dans le document, puisqu’on désire « mettre l’accent sur la convivialité, l’authenticité, le terroir » (p. 3). Je doute que les marques et les vins de cépage aillent dans ce sens. Mais surtout, cette fascination pour le Nouveau Monde est bien dangereuse, elle ne mesure aucunement toutes les conséquences qu’il y aurait à industrialiser le monde du vin. J’ai déjà évoqué cette question (ici et ici, et dans un texte ). C’est un véritable choix de société ; il faudrait que nos élites en aient conscience avant de prendre des décisions dans tel ou tel sens.

Je suis donc loin d’être sûr qu’il s’agisse de ré-enchanter le monde avec des telles mesures. La domination française en matière de gastronomie et de vin provient de la puissance culturelle artistique et étatique acquise par la France sous la monarchie, au moins depuis Louis XIV, et longtemps prorogée par la République. Cela participait de la grandeur de la France.
Ce monde n’est plus.

Souper chez le prince de Conti au Temple, 1766, Huile sur toile par Michel Barthélémy Ollivier (1712-1784), Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Le raffinement français dans toute sa splendeur.

En revanche, les préoccupations sociétales qui sont au cœur d’un probable ré-enchantement du monde sont oubliées : rien n’apparaît par exemple sur l’environnement dans ce rapport. Lorsque l’on se rendra compte à quel point le Nouveau Monde est en avance sur cette question en matière de vins, il sera sans doute déjà trop tard pour imposer nos normes. Car c’est bien ce que le Nouveau Monde est en train de faire, et cela dans tous les domaines.

Et il le fait avec une arme redoutable, son industrie cinématographique. Films et séries TV hollywoodiennes forment un soft power d’une influence remarquable. Répondre par un documentaire officiel (p. 10) – qui s’adressera à qui d’ailleurs ? – laisse tout de même rêveur…

 


CONSEIL DE PROMOTION DU TOURISME, 20 Mesures pour 2020 en faveur de la gastronomie et de l’œnologie françaises, Rapport d’étape, Rapporteurs : Alain Ducasse et Guy Savoy. En coopération avec Georges Blanc, Guy Martin et Guy Job (partenaire de Joël Robuchon) ; Coordination-rédaction : Philippe Faure, assisté de Pascal Confavreux.

Tourisme et vin en Californie


La Winery de Robert Mondavi

Si l’on fait exception des routes du vin en Allemagne, il est de coutume de dire que le tourisme du vin est né en Californie sous l’influence de Robert Mondavi (1913-2008). Décidant de voler de ses propres ailes après un conflit avec son frère portant sur l’entreprise de vin familiale, il crée la Robert Mondavi Winery en 1966.
Dès la construction des bâtiments, tout est prévu pour permettre l’accueil du public. Pour ce premier édifice dédié au vin construit depuis la période de la Prohibition (1919-1933), Mondavi fait appel à l’architecte américain Cliff May (1909-1989) qui s’inspire de l’architecture des Missions espagnoles (2e moitié du XVIIIe – début XIXe siècle).


La mission San Carlos Borromeo (Carmel, Monterrey)

Comme R. Mondavi est très influencé par les vignobles européens et leurs traditions, il faut sans doute voir là la volonté d’ancrer le vignoble californien dans la durée. Alors même que son essor débute réellement avec la ruée vers l’or (1848 – 1856) et le développement de l’urbanisation.

Il cherche également à faire de sa winery un lieu dédié à la culture et au plaisir. Des concerts sont donc régulièrement programmés. Et il bien sûr possible de boire du vin, de manger sur place, ou encore d’acheter toutes sortes de produits plus ou moins liés au vin et à la gastronomie.


Le restaurant et la terrasse de la winery


La salle de vente.

L’entreprise génère donc des revenus issus de toute une série d’activités périphériques à la vigne proprement dite. Un modèle appelé à se répandre dans le monde entier avec le succès que l’on sait. Et dont l’expansion est loin d’être aboutie…

La vallée de la Napa fonctionne sur ce modèle décliné un nombre incalculable de fois, avec plus ou moins de variantes. Tout s’organise le long de la route n° 128 depuis la ville de Napa jusqu’à Calistoga en remontant vers le Nord, ou sur un tracé parallèle, le Silverado Trail. Il n’y a plus qu’à choisir le domaine à visiter, depuis Chandon (LVMH) jusqu’au château Montelena.

L’expérience est sans doute troublante pour un Européen. La machine est bien huilée, et tout fonctionne à merveille. Mais elle est totalement impersonnelle. Le visiteur est pris dans un engrenage que conduit un salarié de l’entreprise, certes qualifié sur le vin et les processus de vinification, ayant des compétences en matière de dégustation et délivrant un discours préétabli sur tel ou tel arôme du vin dont il ne doit sans doute pas sortir, mais qui le tiendra finalement à l’écart du domaine.

À aucun moment il ne rencontrera un ouvrier agricole, un technicien, ou un œnologue. La mise en tourisme à la californienne crée tout un scénario (le story telling serait plus juste) autour du vin, en écartant le visiteur du processus de production viti-vinicole.

Ce que l’on trouve aussi dans les régions viticoles européennes dominées par de grandes maisons de négoce (la Champagne ou le Cognac, ou encore Porto et Jerez) ou de puissants châteaux (le Médoc par exemple).


Lone Oak Estate Winery (Comté de Mendocino)

C’est bien sûr affaire de goût, mais il manque à mon sens un contact avec le producteur ou la productrice. Ce que l’on trouvera davantage dans des espaces à forte tradition rurale. La Loire, l’Entre-Deux-Mer, la Toscane, ou encore la Moselle. Ou en Californie toujours, dans les régions plus périphériques, assises sur une viticulture plus familiale.
Small is beautiful.

Les successeurs de Gaudí et les coopératives vinicoles (Catalogne)

Cave de Nulles

S’inscrivant dans un vaste mouvement européen qui couvre les campagnes viticoles de coopératives de vinification, de nombreux villages catalans s’organisent de façon collective au tout début du XXe siècle. Ces coopératives, souvent considérées comme « filles de la misères », visent à répondre aux grandes difficultés économiques et sociales suscitées par la crise du phylloxéra, puis la période de surproduction qui s’en suit.

Le mouvement démarre dans les pays germaniques (celle de Ribeauvillé est fondée en 1895, alors en territoire allemand) avant de s’étendre à toute l’Europe. Deux mouvements idéologiques président à son expansion : le socialisme d’une part (la cave de Maraussan, première cave française créée en 1905 est inaugurée par Jean Jaurès) et le catholicisme social d’autre part. Les caves catalanes appartiennent à ce second mouvement.


Cave de Rocafort de Queralt

Les architectes qui les dessinent, Cèsar Martinell i Brunet (1888-1973) ou Pere Domènech i Roura (1881-1962), sont de brillants successeurs de Gaudí. Cèsar Martinell a par exemple collaboré avec lui pour la création de la Sagrada Familia. On pourra voir une liste de ses réalisations sous ce lien (en catalan).

cave de Montblanc

Les différentes coopératives se trouvent concentrées au Sud-Ouest de Barcelone, dans les régions de l’Alt Camp, la Conca de Barberà, le Priorat et la Terra Alta.


cave de Montblanc

Une partie des caves était en bien mauvais état, un programme de rénovation a heureusement été lancé pour les réhabiliter et les ouvrir au tourisme. La fréquentation n’a pas l’air d’être au niveau de ce qu’elles représentent en termes de patrimoine. Il conviendrait sans doute de les associer à Barcelone et à Gaudí pour qu’elles puissent connaître un certain intérêt de la part du grand public. Elles seraient un atout majeur pour le développement local de cette partie rurale de la Catalogne.

Gaudí et le cellier à vin Güell (Catalogne)


Le cellier de Güell (Garraf, Catalogne)

Les relations entre l’architecture et le monde du vin sont nombreuses et anciennes. De Victor Louis (1731-1800), architecte du Grand Théâtre de Bordeaux et du château du Bouilh, à Frank Gehry (Musée Guggenheim (Bilbao) et dans la Rioja l’hôtel Marqués de Riscal), en passant par Ricardo Bofill et le chai du château Lafite Rothschild, les exemples ne manquent pas.

Moins connu, et pour l’instant à l’écart des grands circuits touristiques, le cellier dessiné par Gaudí ou peut-être Francesc Berenguer, pour l’industriel et mécène Eusebi Güell (dont le palais bien connu draine les foules), n’est malheureusement plus utilisé en tant que tel. C’est d’ailleurs à peine s’il est mis en valeur… Seul un restaurant, ouvert depuis peu, permet d’animer les lieux.

La porte d’entrée :

Il pourrait pourtant être la tête de pont d’un formidable parcours oenotouristique. Le modernisme catalan a essaimé dans les campagnes alentours : de nombreuses coopératives vinicoles, créées dans les premier tiers du XXe siècle, ont été dessinées par les successeurs de Gaudí.

À suivre…

Paysages de la vallée de la Moselle (Allemagne) : des paysages menacés

Un projet de pont sur la Moselle défraie la chronique depuis quelques temps. On perçoit toute la pression qui pèse sur un vignoble situé au cœur de la mégalopole européenne, dans un monde fortement urbanisé, nécessitant des échanges rapides, avec des flux de personnes et de marchandises considérables.
Et pourtant : le vignoble mosellan propose de vivre à un autre rythme. Tout d’abord parce qu’il s’inscrit dans la très longue durée, celui de la romanisation (il est inclus dans le limes romain) et de la christianisation (avec toujours certains secteurs profondément marqués par le catholicisme). Ensuite parce que les paysages présentent un équilibre fragile, patiemment constitué, entre les activités humaines et des pentes très prononcées, voire même vertigineuses. Très prononcées, comme dans le secteur de Piesport ; les vignes s’alignent alors les unes à la suite des autres dans le sens de la pente, sans rupture paysagère.

Vertigineuses, comme dans le secteur de Bremm ; les vignes y sont séparées par un système de terrasses.

Schotter : pierraille
Kies : gravier
Keilstein : calle
Binderstein : liant
Trockenmauer : mur à sec

Dans tous les cas, les sols sont très peu profonds, parfois inexistants. La roche mère, faite de schistes (la Moselle traverse le Massif schisteux rhénan avant de rejoindre le Rhin), affleure de temps à autre. Des conditions qui donnent au vignoble un caractère austère, renforcé par la teinte grise de la pierre.

Et pourtant, la longue succession de villages sur une centaine de kilomètres confère au vignoble un air vivant. Villages fleuris, maisons à colombage, décorations diverses (du cadran solaire à la scène de vie) contribuent à forger une ambiance plutôt gaie.


(détail d’une façade d’une maison de 1902).

Tout comme les discontinuités du fleuve, avec notamment de splendides méandres, qui rompent la monotonie de certains coteaux plus rectilignes, mais toujours majestueux.

Le tourisme ne s’y trompe pas.

Cet équilibre franchit les siècles, avec certains clos (« lagen« ) attestés depuis le Moyen Age. Le renommée des Piesporter Goldtröpfchen et autres Bernkasteler Doctor prend désormais une ampleur internationale avec des rieslings très fins.

Voir une cartographie des « lagen » ici.

Architecture : le centre Antinori (Toscane)

Se limiter à produire du vin ne suffit plus dans un monde globalisé. Pour vendre, être connu et reconnu, dégager des marges supplémentaires grâce à la vente de multiples produits dérivés, un centre oenotouristique s’impose. Les projets se sont multipliés ces dernières années dans tous les pays, sous l’influence du Nouveau Monde, et notamment de Robert Mondavi, précurseur en la matière.

Tout commence par une architecture audacieuse. Le centre Antinori joue ici sur un bâtiment qui s’intégre aux collines et à l’architecture locale (emploi de terracotta) mais présente aussi une rupture qui attire le regard, avec l’escalier hélicoïdal par exemple.

Source : http://www.antinorichianticlassico.it

Traduit en langage viti-vinicole : nos vins sont le pur produit de notre terroir, nous ne faisons qu’y ajouter une pincée de savoir-faire. Savoir-faire multiséculaire, faut-il le rappeler (Antinori se targue d’exister depuis plus de 600 ans).

La presse s’empare du sujet ; ici lors de l’ouverture du centre avec un média spécialisé, au lectorat forcément confiné, là en direction du grand public américain, avec un article dans le New York Times du 27 août 2013.

On pourra donc visiter le musée, manger au restaurant avec terrasse panoramique, acheter des produits divers dans le magasin, et certainement de se prévaloir de quelques avantages avec une fidélisation. On pourra suivre le groupe sur Facebook (devenir amis ?) et émettre ou recevoir des Tweets.

Bref, toute une stratégie marketing qui semble porter ses fruits. La localisation du centre n’est pas liée au hasard non plus. Il est situé sur la voie rapide qui relie Florence à San Gimignano, axe majeur du tourisme toscan.

Un processus qui s’inscrit dans la tertiarisation des activités des vignobles. La stricte production d’une denrée agricole est de plus en plus relayée, encadrée aussi, par des activités de service.