Archives de catégorie : Paysage

Beaujolais : des paysages méconnus

Une équipe de vendangeurs du Château du Moulin-à-Vent – le 23 septembre 2016.

Le Beaujolais fait partie des vignobles qui ont le plus changé ces dernières années. Les dégustations menées par Jacques Dupont et Olivier Bompas permettent de s’en convaincre (ici, ici, et ). Aussi, petit à petit, l’image de vins faciles à boire et sans grande complexité tend-elle à laisser place à celle de vins de terroir.

Une cartographie de la géologie du Beaujolais. Source : Chambre d’Agriculture Rhône-Alpes.

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est peut-être là que le bât blesse. Un vin de terroir ne prend toute son ampleur dans l’imaginaire des consommateurs qu’à la condition qu’il soit associé à une identité forte. Celle-ci repose tout d’abord sur des associations mets-vins, plus complexes à mesure que le vin prend de l’âge. Nul doute à cela, les producteurs ont mené un gros travail de compréhension de leur substratum afin d’affiner les qualités organoleptiques de leurs crus. Une fine cartographie des terroirs – au sens restrictif du terme, c’est-à-dire axée uniquement sur les aspects physiques – a été menée. Et de nombreux viticulteurs de talents proposent à présent des cuvées parcellaires bien identifiées.

Mais peut-être manque-t-il une réflexion sur les paysages. Je ne suis pas persuadé – mais je ne demande qu’à me tromper – que beaucoup de gens associent le Beaujolais avec des paysages particuliers. Contrairement sans doute à la Toscane, au Val de Loire ou encore à Saint-Émilion… pour éviter de prendre des exemples parmi les vignobles situés un peu plus au Nord.

Le mont Brouilly et le hameau de Saint-Joseph (Villié-Morgon) dans la brume matinale.

Et pourtant, la douceur des collines granitiques répond à merveille à celle du gamay.

Le moulin à vent de… Moulin-à-Vent, un symbole fort d’une France viticole encore rurale.

Et pourtant, qui mieux que les petits villages de l’appellation, et notamment les dix villages élevés au rang de crus, peut dire le caractère paysan et artisanal des vins ? De quoi définitivement éloigner une image plus négative et industrielle du Beaujolais.

Un élément du petit patrimoine rural, souvent trop peu considéré.

Et pourtant encore, tout un petit patrimoine rural, constitué de clos, de petites bâtisses pour l’outillage des viticulteurs, voire même d’une forte présence de la taille en gobelet, serait à exploiter pour rendre ce vignoble unique dans l’imaginaire des consommateurs.

Granite, grès et silex. Un résumé du substratum sous les yeux du consommateur.

Ce serait encore des particularités liées à l’habitat rural traditionnel, comme ces anciens murs associant le granite et le grès ; ils témoignent du substratum avec une évidence facile à exploiter. Ils renvoient aux interactions qu’une société tisse avec son milieu « naturel ».

Étiquette de bouteille de gamay de la région de la Willamette Valley (Oregon).

C’est sans doute à ce prix que le beaujolais restera unique au monde. Si le gamay devient bien le nouveau cépage à la mode, comme le suggèrent déjà certains, d’autres régions dans le monde ne tarderont pas à faire d’excellents vins.

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Je remercie vivement le Château du Moulin-à-Vent et toute son équipe pour leur fantastique accueil.

Des Racines et des Ailes : « En Gironde, des vignobles aux grands lacs »


Bordeaux, les Chartrons.

Si vous êtes passionné.es par les vins de Bordeaux, ne ratez pas la prochaine émission Des Racines et des Ailes sur France 3. Elle sera diffusée mercredi 7 septembre. D’ores et déjà un extrait, avec Alain Baschi, conservateur au Service du Patrimoine et de l’Inventaire de la Région Aquitaine. J’avais déjà évoqué l’excellent ouvrage qu’il avait rédigé avec Claire Steimer.

J’ai eu la chance de participer au tournage de l’émission. Un exercice redoutable : commenter les paysages du vignoble en avion. Et de Bordeaux ! Sans le quartier des Chartrons, le vignoble ne serait pas ce qu’il est.


Le quartier se trouve à l’intérieur du cadre blanc.

Un quartier qui a permis aux négociants bordelais, historiquement cosmopolites, de vendre leurs vins dans le monde entier, et ainsi d’asseoir la domination gustative du Bordeaux. Vous remarquerez, en arrière de la ligne de maison qui se trouve sur les quais des Chartrons et de Bacalans, d’immenses chais pour le vin. Les activités vinicoles ont malheureusement fuit cet ancien faubourg. Mais le quartier vaut le déplacement.


Copie d’écran Googlemaps.

Les Finger Lakes : un vignoble métropolitain

Panorama du lac Seneca (USA)

Le vignoble des Finger Lakes (USA) est assez méconnu en Europe. Rien d’étonnant à cela, il ne joue certainement pas dans la même catégorie que les vignobles européens du Haut-Douro, de Tokaj ou de Bordeaux. Et pourtant, ce vignoble est à rattacher à la ville la plus puissante au monde, New York. Mais on est certainement au début de quelque chose, et nombreux doivent être les new-yorkais qui ignorent jusqu’à l’existence de cette région située au Sud-Est des Grands-Lacs, sous le lac Ontario pour être plus précis.

L’ancienne entreprise Urbana, aujourd’hui abandonnée.

Et pour cause, la région s’est récemment tournée vers des vins de qualité, le vignoble est d’une taille modeste, et les Nord-Américains ne s’intéressent dans leur majorité au vin que depuis peu. Le vignoble est en effet relativement ancien – le vignoble date du XIXe siècle selon l’historien Pinney -, mais s’est longtemps complu dans la production de vins de type champagnisé avec des cépages hybrides. Deux entreprises majeures dominaient la région, Urbana Wine and Co et Pleasant Valley (encore appelée Great Western). On trouve leurs vins dans des menus de restaurants américains, par exemple dans l’une des plus anciennes tavernes new yorkaise, la Fraunces Tavern. La première est à présent en ruine. La seconde est toujours active, et se targue d’être la première « bonded winery », c’est-à-dire la première entreprise officielle payant des taxes au lendemain de la Prohibition (1919-1933).

Un bâtiment devenu monument historique.

L’orientation qualitative au sens où nous l’entendons ne date que depuis peu, avec l’introduction de Vitis vinifera. Cet un émigré d’origine allemande, le Dr Constantin Franck qui est à l’origine, avec le centre de recherche de la ville de Geneva, de l’introduction des cépages de qualité.

La winery à l’origine de l’introduction des plants de Vinis vinifera.

Il faut bien l’avouer, la région est froide, voire très froide. Cette façade Ouest de l’Atlantique est longée par le courant marin froid du Labrador et peut être affectée par des coulées d’air très froid, d’origine polaire, comme ce fut le cas à la fin de l’hiver 2013-2014 et au début du printemps.

Les températures ont pu atteindre -20°c en janvier et février dans les vignobles situés entre l’Ontario canadien et les Finger Lakes, ce qui constitue des températures risquées pour les vignes. Aussi les vignes sont-elles enterrées de façon à les protéger du froid. Le principe est astucieux : la couche de terre, elle-même recouverte d’une couche de neige, permet de créer un isolant thermique. Ce sont surtout les retours de froid au printemps qui sont à craindre. Cette région fut décrétée en « désastre agricole » par les autorités de l’État de New York du fait de la destruction des bourgeons de vignes au printemps. À Geneva (située sur la côte Nord du plus grand des lacs des Finger Lakes), la température tombe à -21,1 °c le 6 mars 2014 pendant toute une semaine de grand froid…


Les ceps de vignes sont protégées par une couche de terre, puis par la neige qui fait office d’isolant thermique pendant l’hiver.

La région produit désormais des vins de qualité, dans lesquels les principaux cépages sont dominés par les blancs, riesling en tête. Et c’est sans doute le cépage blanc qui fait le plus parler de lui aux États-Unis. On trouve d’ailleurs des vins de la région dans les plus grands restaurants new-yorkais. Cela occasionne un développement du vignoble assez marqué. Les principales wineries sont récentes, et situées sur le pourtour des lacs même, et non plus un petit peu en arrière comme c’était le cas pour les deux entreprises historiques.

Une exploitation bovine. On remarquera les vaches Holstein, vaches de la mondialisation.

Et d’ailleurs, à une échelle locale, ces nouvelles implantations se lisent très bien dans les paysages : elles forment une toute nouvelle auréole sur les rives mêmes des lacs, plus proches de l’eau que ne l’étaient les exploitations traditionnelles d’élevage bovin. Très généralement rouges – j’imagine que c’est lié à l’utilisation du sang des animaux pour la coloration des bois -, elles se situent très légèrement en arrière des coteaux. Les nouvelles wineries sont construites selon d’autres couleurs et d’autres apparences architecturales, et tranchent donc vigoureusement dans les paysages.

Une nouvelle winery (Seneca Shore Wine Cellars) : architecture minimaliste, couleur bleue.

Elles sont comme aimantées par l’eau. Peut-être pour des raisons climatiques. Encore que je doute de cette raison, certaines d’entre-elles sont exposées aux vents froids du Nord, il y a fort à douter que les lacs entraînent réellement un réchauffement des températures printanières, et doivent plutôt jouer à l’inverse avec des réservoirs d’eau à peine dégelée de l’hiver… Peut-être cela joue-t-il davantage à l’automne en créant une micro-arrière-saison plus douce. À mon avis, la véritable raison tient plutôt à deux éléments majeurs : le tropisme qu’exerce la route principale sur les wineries d’une part, et d’autre part au paysage qui est ainsi plus facile à valoriser.

Un bed and breakfast dans la petite ville cossue de Keuka.

Nous sommes bien dans le cadre d’un vignoble métropolitain : un vignoble complètement inféodé à la demande urbaine – et quelle ville ! New York…- et qui prend de ce fait des allures particulières. La plus évidente d’entre-elles, c’est la forte mise en tourisme des Finger Lakes. Et qui plus est sur une bande qui n’est guère étendue, on tombe vite dans les paysages de forêts ou d’élevage bovin intensif sans grand intérêt pour le visiteur. En revanche, sur les bords des différents lacs, on trouve un nombre incalculable d’hôtels (de toutes les formes possibles et imaginables, du motel américain au bed and breakfast cosy en passant par la location airBnB dépouillée pour hipster en mal d’aventure), de restaurants, et de résidences secondaires cossues. De nombreuses activités contribuent à brosser un tableau d’aire de jeu pour urbains aisés : golfs (une vingtaine dans le secteur, et oui, vous avez bien lu !), nautisme, équitation…

Une grange traditionnelle.

Même les « petites maisons dans la prairie » donnent un air champêtre qui doit parler à l’idéal américain. On est loin de la Californie et de ses puissantes wineries : c’est le règne de la petite structure, même si certaines d’entre-elles appartiennent en réalité à de puissants groupes. Le très puissant Constellation, 2e groupe américain, (situé à Rochester) provient d’une entreprise encore appelée avant 1998 Canandaigua Brands, du nom d’un des lacs (ou de la petite ville éponyme).

Bref, tout est fait pour que vous puissiez passer un bon moment dans un espace rural complètement métamorphosé sous emprise urbaine. C’est bien ce vers quoi se tourne la majeure partie de nos vignobles, avec souvent un grand retard. Toutes les activités sont possibles et imaginables dans les Finger Lakes, cela pourrait donner des idées à certains professionnels. Même la cartographie pour repérer les wineries en dit long ; je vous laisse regarder ce site.

Cliquer ici pour accéder à la cartographie en ligne.

D’une facilité déconcertante pour qui veut trouver une entreprise. Un contre-exemple ?
Le Médoc. Pas même une carte sur le site pour guider le visiteur. Et pourtant, vous êtes prévenu, « plus d’un millier de châteaux »…

Source : Medoc-bordeaux.com

Un peu mieux pour Fronsac, mais ni les numéros de routes, ni les directions, ni les autres activités (restaurants, hébergements…) ne sont indiqués.

Source : www.vins-fronsac.com

Bref, nous avons du chemin à faire en matière d’œno-tourisme.

Paysages de vignoble : Tokaj (Hongrie)

Le domaine de Dereszla Pincészet (Bodrogkeresztúr, Hongrie)

Vignoble producteur de vins fins le plus à l’Est de l’Europe continentale, le vignoble de Tokaj se trouve plus proche de la frontière avec l’Ukraine (à une soixantaine de km à vol d’oiseau) que de Budapest (près de 200 km). C’est dire s’il a une position orientale. D’ailleurs, la Slovénie peut légitimement (depuis 2004) revendiquer l’appartenance de quelques petites communes à l’aire d’appellation Tokaj ; elles appartenaient à la Hongrie d’avant 1919. Un espace aux frontières mouvantes dans la longue durée, issu du démantèlement de l’Empire Austro-hongrois.

La langue contribue au dépaysement. « Cave à vin – restauration ».

Ce caractère oriental se perçoit avec force dans les paysages. Tout d’abord par la langue finno-ougrienne utilisée par les Hongrois (ethniquement parlant dominés par les Magyars). Le dépaysement est total, et malheureusement trop peu d’informations sont encore traduites. L’essor du tourisme nécessiterait davantage de panneaux explicatifs en anglais.

C’est ensuite la présence, dans de nombreux villages, de plusieurs lieux de culte qui renvoient aux différentes religions pratiquées : si la majorité des Hongrois est d’obédience catholique, une minorité importante est quant à elle protestante.

Deux clochers : l’église (à droite) et le temple (à gauche) du village de Tarcal.

Il y aurait encore l’architecture traditionnelle qui donne un cachet particulier à la région : de petites maisons, souvent limitées à un étage, avec un toit en pignon, et généralement peintes en blanc.

Habitat traditionnel (ville de Tokaj).

Elles répondent aux multiples caves enterrées dont le vignoble est littéralement criblé. Ici au beau milieu de vignes, là dans les villages mêmes, sous les rues et les maisons. Je ne m’étends pas sur les procédés d’élaboration du vin liquoreux (à partir de raisins botrytisés et d’un élevage en caves souterraines).

Entrée d’une cave souterraine pour le vieillissement des vins.

Et peut-être surtout, pour en revenir à des aspects géopolitiques et historiques, la Hongrie faisait partie jusqu’en 1989 des pays satellites de la frange occidentale de l’Union Soviétique. Un pays situé à la même longitude que la Grèce, mais qui bascule dans le giron soviétique. Au contraire du précédent, arrimé aux États-Unis d’Amérique, et forcément moins « oriental » dans nos représentations. Jancis Robinson et Hugh Johnson dressent dans leur Atlas mondial du vin (p. 250) un sombre tableau des répercussions viti-vinicoles :

« Quand la Hongrie est devenue communiste en 1949, la qualité de ce qui était reconnu comme le plus grand vin de l’Europe de l’Est s’en est trouvée affectée. Les célèbres vignobles et les grandes propriétés des collines du Tokay perdirent leur identité. Ils furent confisqués et leurs vins furent homogénéisés dans les caves collectivistes qui en prirent le contrôle. Les vignes furent déplacées des collines aux terres plates, leur densité réduite de 10 000 pieds/hectares et les rendements augmentés dans des proportions absurdes. »

Les vignes descendent dans la plaine. On remarquera l’écartement entre les rangées de vignes.

Et effectivement, c’est frappant : les paysages enregistrent ces transformations. Les vignes mécanisées descendent loin sur les contreforts des collines, délaissant les coteaux les plus pentus. L’écartement de certaines vignes est assez impressionnant. On imagine les rendements que doivent permettre de telles plantations.

Un paysage de coteau en pleine déprise.

Les exportations du vignoble s’effectuent alors en direction des pays du bloc soviétique. L’Europe de l’Ouest et les États-Unis se détournent de ce vin liquoreux. La Guerre froide coupe les relations entre les deux Blocs.

L’ouverture de la Hongrie à la suite du démantèlement du Rideau de fer entraîne des modifications importantes. On en revient en termes de qualité à des standards plus habituels, notamment en ce qui concerne les densités de plantation des ceps de vigne. Des investisseurs (le groupe d’assurance AXA-millésimes et le Château Suduiraut de Sauternes) ou des producteurs de vins d’autres régions européennes s’engouffrent dans la brèche de la libéralisation pour nouer des partenariats ou acheter des domaines. Le critique Hugh Johnson au Royal Tokaji Borászat, ou les Espagnols de Vega Sicilia (Duero) avec le domaine d’Oremus.

Le domaine de Disznókő.

Ces grands domaines sont rénovés, ou bien même connaissent de nouvelles construction comme celui de Disznókő. Les bâtiments sont dessinés par l’architecte hongrois Dezső Ekler dans un style considéré comme « organique » : respect de la tradition, intégration dans l’environnement. Aussi le cuvier et les chais s’inspirent-ils des constructions traditionnelles, tout en reprenant la forme de la colline.

La remise des tracteurs, vue de derrière.

Les bâtiments agricoles annexes évoquent quant à eux les volcans de la région ou les yourtes. La remise des tracteurs, située sur une butte artificielle, reprend la morphologie d’un cratère. Le vignoble de Tokaj a effectivement un soubassement volcanique, avec par exemple des roches de type rhyolites. Je doute pour autant que l’on puisse trouver de tels cratères sur ce massif… Le dernier édifice, qui sert je suppose d’entrée de la cave, est plus incongru encore, puisqu’inspiré par les yourtes. Un habitat de nomade pour une construction en pierre. Soit.

Entrée de la cave.

À bien y regarder, il semble bien que l’on puisse toute fois percevoir ici ou là des parcelles qui donnent davantage un air paysan. Cela provient de leur petitesse ou des tailles de vignes qui y sont pratiquées.

Une parcelle paysanne ? Taille en échalas, absence de mécanisation, apparence moins ordonnée.

Je suppose que la réapparition de taille en échalas, non mécanisée, au contraire des grands domaines plutôt en taille Guyot, est à mettre en relation avec le retour d’une petite propriété paysanne. Mais cela reste à démontre faute de plus amples informations.

Un nouveau domaine sur les coteaux du vignoble.

Enfin, l’ouverture au tourisme international contribue à transformer les paysages de la région. Soit en ouvrant à la visite les anciennes caves typiques de Tokaj, soit en facilitant la construction de domaines spécialement prévus pour l’accueil. La petite ville de Tokaj elle-même paraît renaître, avec la multiplication des commerces, des restaurants et des hôtels. Mais le phénomène reste encore bien mesuré, l’animation fait particulièrement défaut le soir…

On est loin, et c’est peut-être tant mieux, des foules de Saint-Émilion, de Logroño (Rioja) ou encore de Greve-in-Chianti. Pour un vignoble dont la renommée n’est plus à redire. Mais les vins liquoreux ont hélas perdu de leur superbe.

Au total, un vignoble oriental, aux paysages bien particuliers, entré de plein fouet dans une mondialisation à plusieurs vitesses.


Référence : Jancis Robinson, Hugh Johnson, 2002, Atlas mondial du vin, 5e éd., Paris, Flammarion, 322 p.

Paysages du vin : la vallée del Elqui (Chili)

Panorama de la vallée en direction du village de Pisco Elqui

Les paysages de la vallée del Elqui au Chili figurent certainement parmi les plus impressionnants au monde. Ce qui vaut à cette vallée d’être classée cette année comme 5e destination mondiale à visiter (sur 52… dont la Bourgogne, classée 15e, ou le canton de Vaud, 41e) par le New York Times. Le journal met l’accent sur les paysages nocturnes : le ciel étoilé est époustouflant, du fait de la faiblesse de l’humidité dans l’air qui permet une excellente visibilité. Le NYT évoque aussi les paysages liés aux activités viticoles et de maraîchage ; je reviens sur ce point.

Taille en pergola et filets de protection des vignes

J’ajoute volontiers les paysages sonores : la vallée est extraordinairement calme et silencieuse. Par moment, on entend seulement quelques oiseaux (aux cris déroutants pour nos oreilles d’Européens) et le vent… Le vent siffle à travers les filets qui servent à le freiner pour ne pas nuire aux cultures.

Le stupéfiant contraste entre la vallée et ses parois

La beauté des paysages provient de la force du contraste, plutôt rare dans le monde avec une telle intensité, entre des coteaux escarpés totalement arides et le fond de vallée irrigué. L’aridité est liée à un phénomène d’up welling, c’est-à-dire de remontée d’eau profonde et froide due au courant marin de Humboldt. Ceci provoque un phénomène de stabilité de l’air avec un anticyclone présent sur le proche océan, qui empêche quasiment toutes précipitations. Sauf quand le courant s’inverse, à l’occasion du phénomène d’El Niño. La vallée del Elqui est située non loin du désert d’Atacama, désert le plus aride au monde. Seuls des brouillards se forment quotidiennement l’été avant de se dissiper dans la matinée.

Carte des courants marins, le courant froid de Humboldt remonte le long des côtes du Chili et du Pérou

On remarquera que des phénomènes similaires, mais de moindres portées, touchent d’autres vignobles de l’hémisphère Sud (côtes de l’Afrique du Sud et de l’Australie occidentale) et Nord (Calidornie).

Les coteaux de granite, qui est souvent caché sous une épaisse couche de matériaux détritiques, forment des pentes remarquables

La pente très prononcée des coteaux participe de la beauté des paysages. La vallée pénètre directement à l’intérieur des Andes, encore actives tectoniquement parlant. Le village de Pisco Elqui est situé à près de 1300 mètres d’altitude, alors que les sommets qui l’environnent culminent aisément à plus de 3000 mètres. En outre, la faible végétation présente sur les parois renforce l’impression d’avoir des murs infranchissables autour de soi. D’ailleurs, nul chemin ne permet de les gravir. Il n’y a rien d’autre que des cailloux (du granite pour l’essentiel) ou quelques cactus…


Le village de Montegrande. A gauche, les installations d’une distillerie artisanale

Tout au contraire, la vallée fait figure de long ruban de vie. Plusieurs villages ou petites villes se succèdent les uns aux autres tout au long du cours d’eau ou sur de rares vallées affluentes. Bien entendu, l’eau est l’élément qui permet de donner à la vallée son aspect si verdoyant. La principale culture est la vigne. Les raisins sont utilisés pour produire des raisins de table, du vin, et du pisco. Il s’agit d’une eau-de-vie (aguardiente) dont le Pérou et le Chili se réclament. Les frontières ont coupé un vaste bassin d’approvisionnement sans doute orienté vers le port de Pisco (Pérou). L’historien chilien José del Pozo atteste de la fabrication d’eaux-de-vie dès le XVIe siècle dans le cadre de grands domaines coloniaux espagnols.


Jeunes vignes en pergolas. On voit bien la structure en carré qui permettra de soutenir les différentes branches des vignes. Avec de vieilles vignes, la couverture devient complète

La plupart des vignes sont taillées sous la forme de pergolas. Une ancienne technique qui permet de produire des gros rendements. Cela donne des paysages très verts lorsque les feuilles sont présentes ; elles forment un tapis végétal presque continu, perché en hauteur.
La taille Guyot commence à apparaître dans certains secteurs, comme autour de la Viña Falernia. Un signe de modernité pour obtenir des vins de meilleure qualité

La Viña Falernia en bas de la vallée del Elqui

Seule ombre au tableau, une grande misère sociale. Plus on remonte dans la vallée, et plus la pauvreté, sous toutes ses formes, paraît prégnante.

Puisse le tourisme parvenir à davantage développer la vallée.

Paysages du vin : la Wachau (Autriche)

Le village d’Unterloiben (Autriche) sur les rives du Danube.

Le vignoble de la Wachau représente l’une des dernières avancées vers l’Est d’une viticulture de qualité ancienne et établie en Europe. Il n’est guère que le vignoble de Tokaj (Hongrie) qui connaisse une position plus orientale encore.
Sans doute est-ce lié aux conditions naturelles qui deviennent limites pour obtenir une maturité suffisante des raisins chaque année. D’ailleurs, seules les pentes les mieux exposées portent en théorie des vignes. La rive droite du fleuve, beaucoup plus plane, est bien moins plantée.

Vue du Danube depuis la forteresse de Spitz : rive gauche, des terrasses viticoles ; rive droite, des vignes seulement quand la vallée s’ouvre.

À l’inverse sur la rive gauche, c’est tout un système de terrasse qui se développe au dessus des villages. De magnifiques paysages, classés par l’UNESCO, apparaissent alors.

Réseau de terrasses viticoles (Splitz)

La ligne de villages qui s’étendent le long du Danube donne, comme souvent dans les régions viticoles, une impression de vie intense qui contraste avec les plateaux ou les massifs forestiers plus austères qui les bordent. L’architecture participe de cette ambiance, avec des représentations de Bacchus ou des ornementations diverses en relation avec la vigne ou le vin. La vallée a favorisé la propagation de courants artistiques ou architecturaux venus de la ville de Vienne toute proche.

Représentation de Bacchus sur l’église de Dürnstein.

Le village d’influence baroque de Dürnstein.

Mais là n’est pas tout. Il faut sans doute évoquer la volonté de marquer un territoire par des éléments culturels forts, dans un espace longtemps convoités par de multiples puissances, et notamment par l’Empire Ottoman. La Wachau appartient à ces régions européennes souvent disputées ; la présence de multiples monastères est symbolique de cette volonté d’arrimer ce morceau d’espace à la Chrétienté.

L’abbaye de Melk, une abbaye bénédictine fondée au XIe siècle.

La vigne est la matérialisation culturelle et paysagère de ce rapport de force, comme une forme d’artéfact géopolitique. Elle a perduré dans le temps. Elle s’est enracinée dans les mentalités.

Ce qui n’est pas sans rappeler ce qu’évoque le géographe Augustin Berque à propos de l’île d’Hokkaidô : si les Japonais ont développé la riziculture sur cette île froide située en dehors des limites habituelles (pour ne pas dire « naturelles »…) du riz, c’est pour des raisons coloniales (intégrer cet espace au Japon, au détriment de la minorité Aïnou), esthétiques (importance symbolique du paysage de rizière), et culturelles (alimentaires en particulier).

Il en va de même avec la viticulture, dont les limites n’ont rien de naturel. La propagation de la vigne et du vin est en relation étroite avec des phénomènes historiques, culturels, sociaux, géopolitiques, etc… dont on a parfois oublié la signification même.

C’est bien ce que la mondialisation réalise sous nos yeux en dynamisant d’anciennes régions viticoles ou en développant de nouveaux espaces, aux États-Unis, en Amérique latine ou en Chine. Voire même en Europe, on l’a vu avec les vignobles de Barolo et Barbaresco.

Paysages du vin : Barolo et Barbaresco (Italie)

Le village de Barolo.

Il n’est sans doute pas beaucoup de vignobles en Europe qui aient connu une telle croissance que ceux de Barolo et de Barbaresco (de part et d’autres de la ville d’Alba, région du Piémont). Ils sont passés en une trentaine ou une quarantaine d’années d’une situation de polyculture, sans notoriété aucune, à une spécialisation totale dans le domaine viticole, avec une renommée mondiale. Une trajectoire qui fait davantage penser à des vignobles du Nouveau Monde, Australie, Nouvelle-Zélande ou Chili. Mais on est bien en Europe.

Le village de Barbaresco.

Ce qui a déclenché la croissance du vignoble, c’est le projecteur que la presse américaine a braqué sur certains producteurs à partir du milieu des années 1980, comme Angelo Gaja. Barolo et Barbaresco sortent du néant pour devenir deux des vignobles parmi les plus encensés au monde par la critique internationale.

Copie d’écran de l’application pour iPhone. Source.

Tout est allé très vite, tant et si bien que le vignoble a d’ores et déjà établi une cartographie de ses « crus » sur un modèle bourguignon. Alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de parcelles. Mais comment jouer au plus vite dans la cour des grands, si ce n’est en communiquant sur ses terroirs ? Avec une communication à la pointe du progrès, puisque disponible dans les applications vendues par Apple. Comme il s’agit des crus « officiels », la boucle est bouclée ; le vignoble est devenu riche de multiples terroirs. Un beau syllogisme. Barolo et Barbaresco sont désormais à l’égal des plus prestigieux vignobles mondiaux.

Parcellaire viticole sous le village de La Morra. On regardera aussi celui du village de Barbaresco ci-dessus.

La rectitude du parcellaire est impressionnante, comme si tout venait d’être dessiné. C’est une hypothèse, mais on dirait bien que les parcelles ont été reconstituées à mesure que les viticulteurs plantaient des vignes. On voit bien la différence avec un parcellaire ancien, comme celui du Canyon de Sil (Galice, Espagne) par exemple.

Parcellaire ancien et moins ordonné du Canyon de Sil.

Il en va de même avec les petites cahutes qui servent aux vignerons à déposer leur outillage : elles sont flambant neuves, et ont été construites pour répondre à l’impérieuse demande mondiale en vins régionaux.

Cahute vigneronne fraîchement bâtie.

Que devait-on trouver auparavant sur ces coteaux ? Des vignes et des cultures arbustives très certainement, mais davantage aux pieds des villages comme on peut encore plus ou moins le voir à Montalcino (Toscane, Italie).

Village de Montalcino (Toscane).

Plus loin, de nombreux coteaux devaient servir de pâturage pour le bétail. On voit encore ici ou là quelques petites maisons, certainement utilisées par des pasteurs. Les céréales devaient prendre la plus grande place du finage.

Tout ceci a été bouleversé en un temps record. A vue d’œil, il ne reste plus beaucoup de place pour planter des vignes… Une évolution digne de celles des vignobles du Nouveau Monde. La mondialisation dans le domaine des vins touche bel et bien nos régions viticoles.

Paysages du vin : Marsala (Sicile)


Hélas, bien peu de grands vignobles ont connu un déclin aussi prononcé que celui de Marsala. Les paysages attestent des difficultés que connaît la région : hormis une poignée de grandes maisons de négoce, deux ou trois tout au plus, le reste fait pâle figure. Le quartier vinicole de la ville n’est plus que l’ombre de lui-même. Certains chais sont abandonnés, alors que d’autres sont heureusement reconvertis, notamment pour être utilisés par le Musée archéologique de la ville.
Anciens chais vinicoles reconvertis pour le musée.


Chais abandonnés.

Quant au vignoble, il faut bien dire que son extension n’est pas à la hauteur de sa renommée. L’auréole viticole qui cerne la ville, surtout située au Sud-Sud-Ouest, laisse rapidement la place à de la polyculture, avec ça et là encore quelques tâches de vignes. Le tout largement dévoré par l’urbanisation croissante. Le vignoble a dû considérablement diminuer depuis l’heure de gloire de ce vin muté, c’est-à-dire fin XIXe – début XXe siècle.


Vignes protégées du vent par des filets. Urbanisation en arrière-plan.

Car ce vignoble s’inscrit dans la famille des vins de Porto, Jerez ou Madère. Autant de vignobles dont la prospérité date de la fin de l’Époque Moderne, et surtout du XIXe siècle. Autant de vignobles dont les évolutions sont à comprendre par le rôle du commerce anglais. On remarquera une grande similitude de l’architecture des chais avec ceux que l’on peut trouver à Jerez ou à Porto.


Des paysages qui ne sont pas sans rappeler ceux de Sanlúcar de Barrameda.


Foudres et tonneaux dans les chais de l’entreprise Fleurio.

La technique de la solera est d’ailleurs utilisée, à l’imitation du vignoble andalou.

Les vins de Marsala se seraient développés sous l’influence d’un négociant anglais, John Woodhouse (1768-1826). Son rôle serait certainement à relativiser ; il doit inscrire son action dans le vaste mouvement de la présence commerciale anglaise dans l’Atlantique et la Méditerranée. Londres s’approvisionne aussi en vins depuis ses possessions de Malte ou de Chypre. C’est peut-être une raison essentielle du déclin du Marsala : l’éloignement relatif de la métropole, surtout par rapport à Porto ou Madère, et plus encore le fait que les Anglais n’aient pas fondé de véritable colonie comme c’est le cas pour ces deux derniers vignobles. Les liens sont plus ténus.


Bouteille destinée au marché anglais (« Inghilterra« )

Ajoutons à cela une image de « vin de sauce » et sans doute une qualité insuffisante dans les années 1970-1980, et l’on comprendra pourquoi le vignoble est en difficulté. Comme les autres vignobles de vins mutés, mais avec ici un déclin beaucoup plus prononcé.

Hélas encore, la présence de bouteilles de Marsala dans le film Le Parrain 3 n’aura pas suffit à redonner un engouement pour ce vignoble…


Andy Garcia, Al Pacino, deux bouteilles de la marque Florio. Le Parrain 3, film de Francis Ford Coppola, 1990.

Les successeurs de Gaudí et les coopératives vinicoles (Catalogne)

Cave de Nulles

S’inscrivant dans un vaste mouvement européen qui couvre les campagnes viticoles de coopératives de vinification, de nombreux villages catalans s’organisent de façon collective au tout début du XXe siècle. Ces coopératives, souvent considérées comme « filles de la misères », visent à répondre aux grandes difficultés économiques et sociales suscitées par la crise du phylloxéra, puis la période de surproduction qui s’en suit.

Le mouvement démarre dans les pays germaniques (celle de Ribeauvillé est fondée en 1895, alors en territoire allemand) avant de s’étendre à toute l’Europe. Deux mouvements idéologiques président à son expansion : le socialisme d’une part (la cave de Maraussan, première cave française créée en 1905 est inaugurée par Jean Jaurès) et le catholicisme social d’autre part. Les caves catalanes appartiennent à ce second mouvement.


Cave de Rocafort de Queralt

Les architectes qui les dessinent, Cèsar Martinell i Brunet (1888-1973) ou Pere Domènech i Roura (1881-1962), sont de brillants successeurs de Gaudí. Cèsar Martinell a par exemple collaboré avec lui pour la création de la Sagrada Familia. On pourra voir une liste de ses réalisations sous ce lien (en catalan).

cave de Montblanc

Les différentes coopératives se trouvent concentrées au Sud-Ouest de Barcelone, dans les régions de l’Alt Camp, la Conca de Barberà, le Priorat et la Terra Alta.


cave de Montblanc

Une partie des caves était en bien mauvais état, un programme de rénovation a heureusement été lancé pour les réhabiliter et les ouvrir au tourisme. La fréquentation n’a pas l’air d’être au niveau de ce qu’elles représentent en termes de patrimoine. Il conviendrait sans doute de les associer à Barcelone et à Gaudí pour qu’elles puissent connaître un certain intérêt de la part du grand public. Elles seraient un atout majeur pour le développement local de cette partie rurale de la Catalogne.

Le retour du cheval, symbole d’une nouvelle modernité

Château Pape Clément, travail des vignes avec un cheval (18 avril 2014).

Quoi de plus agréable à regarder qu’un cheval dans les vignes ?
Le silence, la lenteur, la vision de la force animale, la proximité sinon même la complicité entre l’homme et l’animal, autant d’éléments dont nous avions oublié jusqu’à l’existence.

Bourgogne, vignoble de la Côte-d’Or.

Tout s’oppose à la machine. Le bruit (la période des vendanges est marquée par le vrombissement constant des moteurs), la rapidité (point intéressant sur lequel il faudra revenir), et le caractère presque désincarné du travail mécanique sont devenus le quotidien de nombreux vignobles.

Notre regard est hérité d’une période qui s’ouvre avec le XIXe siècle et les maladies de la vigne. Oïdium, mildiou, phylloxéra ; des champignons ou des insectes issus du continent nord-américain et qui attestent de l’intensification des échanges entre l’Europe et le Nouveau Monde. Traiter les vignes contre les maladies ou les insectes oblige à palisser. Des fils de fer métalliques sont tirés de part en part des parcelles pour permettre de vaporiser sur les plantes des insecticides ou des fongicides, dont la fameuse bouillie bordelaise.

Palissage dans le vignoble de Seyssuel (Côtes du Rhône)

Les vignobles prennent alors l’allure qu’ils ont désormais. Les vignes sont plantées en longs alignements, de façon à ce que les animaux (chevaux ou bœufs) puissent pénétrer dans les parcelles pour aider au travail humain. C’est la fin des plantations en foule ou des complants (mixité des plantations arbustives et viticoles).

Les Très Riches Heures du duc de Berry ; mois de mars (détail) : la vigne plantée en foule.

Après l’animal, ce sera bientôt le tour des tracteurs de pénétrer les vignes. Ils furent pour les générations du début du XXe siècle le signe d’un mieux être. Le gain en rapidité permet, par rapport à la force animale et à sa lenteur, de soulager le labeur quotidien. Le cheval est alors perçu par les paysans comme un symbole d’archaïsme et de pénibilité du travail. Telle est la modernité jusqu’à la fin du XXe siècle. La mécanisation permet également de libérer une partie du monde paysan du travail agricole, au moment même où l’industrialisation de l’Europe requiert de nombreux bras. L’exode rural vide les campagnes.

La physionomie des régions viticoles change profondément : alors que la vigne permettait de faire vivre une dense population (tant du fait des travaux liés à la vigne, que grâce aux métiers induits, comme les maréchaux-ferrants ou les tonneliers), le nombre d’agriculteurs diminue drastiquement. Seule subsiste dans ces régions la très forte densité de villages qui donne toujours aux campagnes un air profondément humanisé.

Vignoble de Saint-Joseph (Côtes du Rhône)

Le cheval revient désormais en grâce. D’abord réintroduit par les producteurs bio ou en biodynamie, il semble qu’il intéresse également des viticulteurs conventionnels. Tout d’abord parce qu’il tasse moins les sols qu’un lourd tracteur. Ensuite parce que les viticulteurs plus soucieux de questions environnementales réintroduisent les labours. La période du tout-chimique avait même conduit à supprimer cette phase du travail agricole. Les « mauvaises » herbes étaient supprimées par les herbicides, les apports de nitrates permettaient de gros rendements, et les sols nus limitaient les risques de gel.

La recherche de vins de qualité, au sens gustatif mais aussi environnemental, a mis fin à ces pratiques. L’enherbement des parcelles est devenu la norme.

Rangs entre les vignes enherbés. Abbaye de la Sauve-Majeure (Gironde).

La nature réinvestit les vignes. Un nouveau discours, qui s’appuie sur la nature pour produire des vins – par exemple l’utilisation de phéromones pour leurrer les papillons nuisibles -, devient la nouvelle modernité. Le cheval a toute sa place dans cette nouvelle vision du monde.

Capsule contenant des phéromones pour la lutte par confusion sexuelle. Vignoble de Tain-l’Hermitage (Drôme).