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Barbaresco !

Oui, il faut continuer à aller en terrasse. Oui, il faut continuer une French way of life si importante aux yeux du monde. Oui, il faut continuer à boire du vin.
Et pour tourner en dérision les barbares, boire du vin du Piémont italien, du Barbaresco.

Vignoble de Barbaresco. Prendre du bon temps en sirotant un excellent verre de vin devant un superbe paysage…

Et faire comme le Bacchus buvant de Reni Guido.
Boire ce vin à l’excès et le pisser en flux continu !


Vers 1620, huile sur toile, 72 × 56 cm, Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde.

Le vin a déjà été confronté à la barbarie. Les Grecs qualifiaient même de « barbares » ceux qui ne buvaient pas de vin, ou alors le buvaient sans y mettre d’eau. Le vin est civilisation.

Habituellement, je tempérerais aussitôt mon propos, rappelant que c’est le cas pour d’autres boissons ou mets, et que cela vient très largement d’une construction historique et nationale. Mais là, non.

Rappelons avec Roland Barthes dans ses Mythologies (1957) ce qu’est le vin :

Le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre, au même titre que ses trois cent soixante espèces de fromages et sa culture. C’est une boisson-totem (…).

Plus loin :

Savoir boire est une technique nationale qui sert à qualifier le Français, à prouver à la fois son pouvoir de performance, son contrôle et sa sociabilité. Le vin fonde ainsi une morale collective (…).

Et comme le rappelle avec John Oliver (HBO), difficile de s’attaquer à tout cela.


[une version sous-titrée en Français ici]

Les symboliques du vin sont riches.

Le vin est séduction.


Édouard Manet, Chez le Père Lathuile, 1879, huile sur toile, 92 × 112 cm, Musée des beaux-arts de Tournai.

Le vin est fête.


Jean-François de Troy, Le Déjeuner d’huîtres, 1735, Huile sur toile, 180 × 126 cm, Musée Condé, Chantilly, France

Le vin est joie.


Leonetto Cappiello (1875-1942), « Buvez du vin et vivez joyeux« , 1933.
Lithographie éditée par le ministère de l’agriculture.

Le vin est érotisme.


Leopold Metlicovitz, Affiche pour Ramos Pinto.

Le vin est amour.

Bacchus protège les amants ;
Il attise des flammes
Dont il est lui-même embrasé.

Ovide, L’art d’aimer.

Le vin est Charlie.


Charlie Hebdo – Wolinski – Château Barrail des Graves.

Séduction. Fête. Joie. Érotisme. Amour. Charlie.
Le vin est culture.


À lire :

Pinçon, Jean-Marie, 2007, Le Champagne dans l’art, Paris, Thalia Edition.
Miret i Nin, Montserrat, 2005, Le vins dans l’art, Grenoble, Glénat
Eros Baccus. L’amour et le vin, 2014, Editions HumuS.

Moulin-à-Vent : des vendanges avec le sourire

Excellente petite vidéo (time-lapse, ou projection accélérée) faite par le domaine du Château du Moulin-à-Vent dans le Beaujolais.

Des vendanges faites le 2 septembre 2015, sur une parcelle dénommée Le Champ de Cour.
Le domaine se trouve dans la commune de Romanèche-Thorins, dans l’Appellation d’Origine Contrôlée Moulin-à-Vent. Un des dix crus du Beaujolais.

Visiblement, la vendange est effectuée tôt le matin (le soleil est encore bas dans l’horizon) de manière à profiter de la fraîcheur et conserver les arômes des raisins. Elle est faite à la main, gage de sélection des meilleures grappes. Une course contre la montre est alors engagée pour amener rapidement la récolte au domaine (9 mn plus tard nous dit-on), sélectionner les raisins sur une table de tri, avant de les presser.

J’espère que l’on pourra voir la suite du processus de vinification.

Une nouvelle page : la documentation sur la vigne et le vin


1995


2012
Les exportations françaises de vin 1995-2012

Vous rêviez de comparer les exportations françaises de vin dans le monde sur une dizaine d’année ? L’Observatoire de la complexité économique propose de créer des graphiques faciles à lire. Par exemple pour le vin.

Vous souhaitez obtenir des données sur les terroirs (au sens restrictif du terme) de la Loire, e-terroir est pour vous.

Copie d’écran à la hauteur de la commune de Faye-d’Anjou

Ou encore connaître la production de vin par commune dans l’Aude ? Consultez l’Observatoire de la viticulture française.

Copie d’écran de la Récolte totale de vin par commune dans l’Aude (2013)

Je vais donc regrouper sur une page spéciale différentes informations sur le vin. En France bien sûr, mais aussi à l’étranger. La page sera d’abord « en construction », mais accessible, avant d’atteindre je l’espère sa vitesse de croisière…
N’hésitez pas à me joindre pour me faire part de vos observations ou informations intéressantes.

Vin et cépages (avec Google Ngram Viewer)

Avant d’aller plus avant pour comprendre l’utilisation des noms de cépage, souvent au détriment des noms des régions viti-vinicoles, on pourra observer des tendances intéressantes en utilisant une nouvelle fonction de Google. Google Ngram Viewer permet de faire des requêtes sur les livres scannés dans Google Books, de 1800 à nos jours, et sur des corpus différents.

Comme l’utilisation des noms de cépage provient des États-Unis, se concentrer sur le corpus des textes anglo-américains est légitime. Une baisse tendancielle de l’utilisation du terme « wine » est à remarquer dans la longue durée, avant une légère reprise depuis le milieu des années 1980. Une date intéressante puisqu’elle correspond à l’apparition des vins du Nouveau Monde sur la scène internationale, comme par exemple pour les vins du Chili. Elle correspond aussi à l’affirmation sur la scène américaine et internationale du critique américain Robert Parker. En revanche, elle ne suit pas complètement la courbe de la consommation de vin États-Unis.

Le terme « wine » pour les livres en anglo-américain (1800-2008) :

Un peu avant cette période commencent à apparaître les noms de cépages : cabernet, chardonnay, merlot, syrah, pinot.

Les termes « cabernet, chardonnay, merlot, syrah, pinot » pour les livres en anglo-américain (1800-2008) :

Retrouve-t-on ces tendances dans d’autres pays ? Difficile pour la France d’établir des courbes, puisqu’il existe nombre d’homonymes (merlot est par exemple un nom de famille, un cours d’eau, un nom d’auteur…). Mais le terme syrah donne bien une tendance :

Le terme « syrah » pour les livres en français (1800-2008) :

La recherche ne fonctionne pas en chinois, mais elle montre des courbes tout à fait similaires en espagnol ou en italien. On peut alors les croiser avec d’autres cépages de ces pays.

Les termes « cabernet » et « tempranillo » pour les livres en espagnol (1800-2008) :

L’influence latino-américaine est certainement importante, même si les Espagnols eux-même ont beaucoup planté de cabernet-sauvignon (voir la carte 1 : le cabernet dans le monde).

Les termes « cabernet » et « sangiovese » pour les livres en italien (1800-2008) :

Le relatif désintérêt du sangiovese par rapport au cabernet dans les années 1980 montre bien l’influence de la mondialisation (cf. les « super toscans » à base de cabernet sauvignon produits autour de Bolgheri, sur la côte toscane). Le regain d’intérêt pour ce cépage local, à la fin des années 1990, témoigne d’une réaction que l’on rencontre dans de nombreux pays en réponse à cette première phase de la mondialisation. Les cépages locaux reprennent des couleurs !

Aucun doute, l’utilisation du nom de cépage est bien une tendance profonde dans la façon de dénommer les vins. Autrefois réservée à des livres de spécialistes, comme ceux des ampélographes par exemple, elle devient banale aujourd’hui.

On la trouve dans la littérature américaine bien sûr, comme par exemple dans American Psycho de Bret Easton Ellis, avec deux mentions de vins blancs pour une femme (un verre de chardonnay, p. 307, un sauvignon blanc, p. 338) et un vin américain :

« Après un dîner médiocre, une bouteille de cabernet sauvignon californien, hors de prix, et une crème brûlée que nous partageons, je commande un verre de porto à cinquante dollars (…) » (p. 339).

Bret Easton Ellis, American Psycho, traduit de l’américain par Alain Defossé, Ed. du Seuil, 1998 (paru en 1991 aux États-Unis).

La littérature, le cinéma, la musique, la presse ; autant de médias qui contribuent à banaliser l’utilisation des noms de cépage pour les vins. Un phénomène qui se propage.