Archives de catégorie : Cinéma

Chapeau Melon et Bottes de Cuir, et le vin


L’acteur Patrick Macnee (6 février 1922 – 25 juin 2015) vient de succomber. Son personnage de John Steed incarnait à merveille l’idée que l’on peut se faire d’un amateur de vin anglais.

En particulier par sa fine connaissance des plus grands vins.

La séquence de duel avec du vin est un monument du genre : [voir à partir de 28 mn 20 s.]


The.Avengers.1965.S04E10.Dial.a.Deadly.Number. par superannuatedlps

[Les dialogues en Français sont ici]

Cette séquence montre combien les connaissances en vin font parties du bagage culturel de tout Anglais de la haute société. Être capable de reconnaître un grand cru classé à la vue et au nez ou trouver l’année de production forment une véritable prouesse. Non sans une pointe d’humour so british d’ailleurs, en décrivant le vin comme étant issus de raisins « de la partie Nord du vignoble »… Une prouesse qui en dit long, tant sur le haut degré de complicité qui existe entre Londres et le vignoble bordelais, que sur ce que le vin dit de la position sociale d’une personne. Le vin est un signe de reconnaissance sociale qui permet d’être accepté par l’élite ; toute personne évoluant dans ce milieu doit maîtriser le vocabulaire adéquat et être capable de parler du vin.

Un pigeonnier devenu célèbre à la place d’une tour disparue, Château Latour (Pauillac). Un archétype des vins bus par l’élite anglaise à partir du XVIIIe siècle.

Deux étudiantes de l’Université Paris 4 Sorbonne avaient réalisé un dossier sous ma direction il y a quelques années, Alexandra D. et Géraldine C. Je reprends certains éléments qu’elles avaient dégagés de l’analyse de la série.

On trouve un nombre assez impressionnant d’alcools dans la série, depuis la vodka (symbole fort de la période de Guerre froide dans laquelle s’inscrit la série) jusqu’au cognac dont semble raffoler John Steed. L’épisode Méfiez-vous des morts (1977) présente une bouteille qu’il aurait en permanence chez lui. À l’évidence, les bordeaux sont en bonne place, même si les étiquettes sont très fréquemment dissimulées (soit dit en passant, cela a bien changé aujourd’hui puisque les entreprises peuvent payer pour être vues à l’écran, confère les derniers James Bond) ; on reconnaît la forme des bouteilles. Dans l’épisode évoqué ci-dessus apparaissent un château Latour et un château Lafite. D’autres régions sont mentionnées : la Bourgogne (Chablis), la Loire (Pouilly Fumé), et à l’étranger bien sûr, avec Porto ou Jerez (le sherry cher aux Britanniques).

Emma Peel, John Steed et le champagne, un incontournable de la série.

Le champagne tient une place particulière à double titre. Tout d’abord parce qu’il devient un élément incontournable de la fin de chaque épisode. John Steed et Emma Peel célèbrent systématiquement la fin d’une enquête en buvant une coupe de champagne à partir de 1967. Ensuite parce que cette boisson est davantage associée aux personnages féminins, à commencer par Emma Peel.

Au total, une consommation classique, centrée sur l’Europe et plus spécialement sur la France. Elle porte au firmament de « grands » vins, notamment ceux incarnés par le classement bordelais de 1855.

Holly[wine] ou le vin dans le cinéma américain

Vins et vignobles dans le cinéma américain

Un billet plutôt inhabituel. Venant de publier un texte sur la relation vin et cinéma américain dans la revue Les Annales de Géographie (Mai-Juin, vol. 123, n° 697, p. 867-889), et n’ayant pas pu tout insérer, je profite de ce blog pour ajouter certaines données. Deux images et la filmographie.

Pour ceux que cela intéresse, l’article Holly[wine] ou le vin dans le cinéma américain

est disponible en ligne*.

Résumé de l’article :
Soixante-quinze ans après la Prohibition, les États-Unis d’Amérique sont devenus le premier consommateur mondial de vin et le quatrième producteur mondial. Le rôle du pays est comparable à l’échelle mondiale à ce que fut celui de l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècle pour l’Europe : une plaque tournante de l’économie viti-vinicole, un pays prescripteur de goûts, avec un remarquable effet de construction ou de transformation des territoires du vin. Le cinéma américain tend à refléter cette nouvelle passion de la société pour le vin. Tout l’intérêt est de comprendre le discours qu’il tient à ce propos, ainsi que l’imaginaire qu’il bâtit autour de cette boisson. Le vin est presque devenu banal en ce qui concerne ses apparitions à l’écran, non dans ce qu’il signifie. Car l’Amérique cherche à se débarrasser des anciens codes qui encadrent le vin pour en proposer de nouveaux, sensés être plus démocratiques.

En relation avec la note infrapaginale 13 :

Le vin, boisson conviviale par excellence

Source : Affiche de promotion du film Sideways (2004) d’Alexander Payne.

En relation avec la note infrapaginale 14 :
Marilyn Monroe : « Did you ever drunk a potato chip in champagne? It’s real crazy »

Source : Sept ans de réflexion (1955) de Billy Wilder avec Marilyn Monroe et Tom Ewell.

Enfin, pour accéder à la filmographie, cliquez sur le lien ci-dessous :
Filmographie


* Je ne touche aucun droit sur sa vente.


Les États-Unis, 1er marché mondial du vin

La consommation de vin dans le monde
Carte_visuelle_4

C’est officiellement confirmé par l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), les États-Unis sont désormais le premier marché mondial du vin. Avec 29,1 millions d’hectolitres consommés en 2013 (il s’agit de prévisions), ils dépassent la France (28,1 Mhl). Seulement 80 ans après la Prohibition (1919-1933).

Source : Wine Institute, 2013.

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le sujet (notamment ici et ici).
C’est la confirmation d’une métamorphose profonde de la planète des vins. Les pays anciennement producteurs et consommateurs (France, Italie, Espagne) sont en perte de vitesse, alors que d’autres pays émergent. La Chine est désormais le cinquième consommateur mondial… devant le Royaume-Uni. Certes, en termes de consommation par habitant, l’Europe domine toujours le monde du vin, mais elle partage à présent sa suprématie.

En effet, davantage que les seuls volumes ou les seules valeurs de ce commerce mondial, ce sont désormais d’autres éléments qui sont à retenir pour penser la nouvelle planète des vins. Elle devient plus libérale ; les frontières s’abaissent, les diverses technologies pour produire des volumes importants sont de plus en plus présentes, songeons à l’utilisation des copeaux de bois. Elle repose sur de nouveaux codes ; la mise en avant du nom de cépage est devenue l’un des éléments les plus évidents. À l’inverse, elle attise les phénomènes identitaires ; l’utilisation de cépages oubliés mais remis au goût du jour dans telle ou telle partie de l’Europe répond à la sensation de banalisation des vins.

Les pays du Nouveau Monde, et surtout les États-Unis, ont d’ores et déjà un rôle majeur sur les évolutions que nous connaissons. Un dernier exemple ? Un début d’engouement pour les verres de type bourguignon, ces verres immenses utilisés par les Américains et que l’on perçoit dans les films ou les séries TV. Ils deviennent à la mode.


Copie d’écran du film Friends with kids (2012)

80e anniversaire de la fin de la Prohibition (1919-1933)

Le 5 décembre 1933 marque la fin de la Prohibition aux États-Unis. 80 ans plus tard, ce pays est certainement devenu le 1er consommateur mondial de vin. C’est dire la croissance vertigineuse de la consommation de vin, à l’inverse de ce qui apparaît en Europe. J’ai déjà évoqué ce point à plusieurs reprises, ici et .

Or, ce qui est le plus surprenant, c’est de voir combien l’espace américain est toujours marqué par les conséquences de cette période de prohibition des alcools.

Il y a encore peu de temps, l’autorité chargée de contrôler la vente d’alcools dans l’État de New York (New York State Liquor Authority) a demandé au caviste Wine Library, détenu par le célèbre Gary Vaynerchuk, de cesser ses ventes par correspondance vers cet État. Le magasin est effectivement situé dans le New Jersey, à quelques kilomètres de la frontière de l’État de New York, mais juste à la limite de l’agglomération (26 km de Manhattan à vol d’oiseau…).

Un comble dans ce pays si libéral d’un point de vue économique. Dr Vino, c’est-à-dire Tyler Colman, considère que les 50 Etats correspondent à 50 nations souveraines (Wine Politics, p. 89). Et en effet, à l’échelle fédérale, les États-Unis sont une mosaïque de territoires aux réglementations bien différentes. Les déboires d’Amazon, qui avait essayé à plusieurs reprises de pénétrer le marché du vin, étaient en partie expliquées par la configuration cloisonnée du territoire américain. A l’heure d’Internet !


Source : Free the Grapes!

Un groupe de pression existe depuis 1998 qui cherche à modifier le maquis de lois : Free the Grapes! La carte interactive qu’il propose est intéressante.

Elle tend à se simplifier dans le temps.

Gageons que la littérature et le cinéma américains continueront à être profondément inspirés par cette période si particulière. On trouvera une liste de films ici. Et une scène mémorable du film de Billy Wilder Certains l’aiment chaud / Some Like It Hot (1959) avec Tony Curtis et Marilyn Monroe. Celui-ci feint d’être insensible aux femmes. Champagne, séduction, en pleine Prohibition.

Référence : COLMAN, Tyler, 2008, Wine Politics. How Governments, Environmentalists, Mobsters, and Critics Influence the Wine We Drinks, Berkeley, University of California Press, 186 p.

Dictionnaire de Nantes (et muscadet)

Le Dictionnaire de Nantes, sous la direction de Dominique Amouroux, Alain Croix, Thierry Guidet, Didier Guivarc’h, vient de sortir en librairie.

Une somme magistrale sur Nantes… et ses environs. Le vignoble nantais n’est pas oublié, j’ai eu la chance de pouvoir participer à cet ouvrage. Trois entrées sur le vignoble : « muscadet », « gros-plant » et « Vin (commerce du) ».

J’avais proposé une iconographie qui n’a pas été retenue, j’en profite pour la mettre ici.
Une carte du vignoble.

Carte_vignoble_nantais2

Et des copies d’écran de films dans lesquels on peut voir du muscadet ou du gros-plant !

Les Valseuses : 1 h 09′ 37
Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Jeanne Moreau boivent du Muscadet au restaurant
Film de Bertrand Blier, 1974

Une Chambre en ville : 9’31
« Voulez-vous un verre de gros plant ? » propose Danièle Darrieux à Richard Berry,
Réalisation Jacques Demy, 1982.

En vidéo :
Le Grand Restaurant : 13′ 32
Louis de Funès et Paul Préboist :
Réalisation Jacques Besnard, 1966.

J’ajoute une copie d’écran d’un film que j’ai revu récemment, Les Demoiselles de Rochefort (1967). Il semblerait que le vin que Danielle Darrieux serve aux deux danseurs de la troupe (George Chakiris et Grover Dale) soit du muscadet. Difficile de statuer définitivement. Mais Jacques Demy étant nantais, je ne serais pas surpris qu’il s’agisse d’un petit clin d’œil à la ville. Ce qui compléterait la célèbre réplique de Maxence le marin :
« Je pars en perm’ à Nantes ».

Enfin une perspective prise depuis la butte de la Roche (Le Loroux-Bottereau) qui permet d’embrasser à la fois le vignoble, le marais de Goulaine et la ville de Nantes en arrière.

Un des lieux du vignoble nantais où de jeunes producteurs réalisent aujourd’hui des vins de grande finesse, je pense tout particulièrement à Pierre-Marie Luneau et son muscadet « Terre de pierre« .