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Vinexpo 2015 : des airs de vin cépage ?

Le stand de Cahors est juste à côté de celui de l’Argentine

L’affirmation des vins de cépage n’est pas nouvelle, mais elle semble s’amplifier d’année en année. Vinexpo, le salon des vins organisé à Bordeaux tous les 2 ans (cette année du 14 au 18 juin 2015), ne contredit pas cette tendance. Il va de soit que cela n’empêche pas qu’il y ait coexistence avec d’autres manières de nommer les vins, mais tout de même. Quatre exemples parmi bien d’autres conforteront mon propos.

On connaît déjà la stratégie de certains vignobles pour se placer sous l’ombrage de régions paradoxalement plus renommées pour leurs vins de cépage à base de malbec. Pour ceux ou celles qui l’ignorent, la région de Cahors, grande productrice de ce cépage en France (localement appelé Auxerrois), s’appuie sur la renommée des vins argentins pour conquérir les marchés internationaux. Elle s’inscrit donc dans cette tendance qui veut que le cépage soit le point de repère primordial donné au consommateur, avant même la région d’origine. On trouvera des éléments d’explication sur cette tendance ici. Et une autre interprétation que l’on doit aux vins de pays d’Oc.


Visuel utilisé par le stand de l’IGP pays d’Oc sur le salon Vinexpo. S’en suit une longue liste de cépages…

Vaste débat, qui considère les AOC comme un carcan du fait de l’obligation d’utiliser tel ou tel cépage par exemple. L’un des moyens pour se faire une opinion serait justement de déguster des vins… avec des verres spécifiquement prévus pour les cépages.

La nouvelle gamme de verres propose une entrée par les cépages

Le fabricant de verre autrichien Riedel s’engouffre dans la voie en proposant une gamme de verres qui répond à cette entrée par le cépage. Avec bien sûr le plus imposant d’entre eux, le verre que l’on retrouve dans les films ou séries américaines : le verre à pinot noir, ou verre bourguignon. J’avais déjà évoqué le goût du personnage d’Olivia Pope pour ces verres dans la série Scandal. On les retrouve désormais partout… même chez Ikea. C’est dire ! Tout un symbole de la mondialisation.

Une scène banale de la série : Olivia Pope (Kerry Washington) buvant dans un verre inspiré des verres de type bourguignon.
Source : Scandal, saison 2 épisode 18.

Et justement : comment ne pas terminer avec le marché américain, premier marché mondial pour le vin ? Une conférence fort intéressante « Inside the US market » en collaboration avec la revue Wine Spectator, dont on pourra lire des éléments ici (en Anglais) insistait sur les opportunités que représente le marché américain. Réunissant rien moins que certains des acteurs les plus importants de ce pays (Annette Alvarez-PetersCostco ; Mel Dick – Southern Wine and Spirits ; ou Stephen Rust ; Diageo entre autres), elle met bien sûr l’accent sur ses spécificités. Au nombre desquelles apparaît bien sûr le rôle des marques commerciales que ces puissantes entreprises distribueront dans leurs supermarchés, leurs caves ou leurs restaurants. De la marque commerciale au cépage, il n’y a bien sûr qu’un pas. Tout incite le consommateur à choisir un cépage donné en fonction de son repas par exemple (un cabernet pour accompagner les viandes distribuées par Ruth’s Chris steakhouse, une des premières chaînes américaines, représentée lors de la conférence par Helen Mackey).

Annette Alvarez-Peters insiste sur le fait de bien comprendre le marché américain pour pouvoir espérer s’y installer.

Autant d’éléments qui, une fois encore, montrent combien la planète des vins change. Les anciennes manières de dénommer les vins par régions cèdent peu à peu le pas face aux dénominations par cépages. L’équilibre des pays producteurs et consommateurs ne cesse de changer, alors qu’on l’a longtemps cru immuable. Une aire de production et de consommation, centrée autour de l’Océan Pacifique, naît sous nos yeux. Même l’équilibre entre les salons professionnels dédiés au vin connaît une réorganisation frappante : Vinexpo est vivement concurrencé par le salon Prowein de Düsseldorf (Allemagne).

Si l’on s’intéresse au nombre d’exposants, le salon allemand domine nettement son concurrent historique.

[Cliquez sur les cartes pour les agrandir]
Nombre et origine des exposants de Vinexpo
Carte_Vinexpo_2015_2

Nombre et origine des exposants de Prowein
Carte_Prowein_2015_2

Et la tendance est impressionnante : Düsseldorf gagne des exposants d’un salon à l’autre, ce qui n’est pas le cas de Vinexpo. J’avais déjà évoqué cette évolution en 2013.

Évolution 2013-2015 pour Prowein
Carte_Prowein_2013_2015_2

Évolution 2013-2015 pour Vinexpo
Carte_Vinexpo_2013_2015_2

La mondialisation modifie l’équilibre géopolitique bâti autour de la France depuis plusieurs siècles.

La Chine n’est pas le deuxième vignoble mondial… de vin

Vendanges des raisins dans la province de Taiyuan (capitale du Shanxi).

La nouvelle faisant grand bruit, je ne peux m’empêcher de réagir. Non, la Chine n’est pas le deuxième vignoble mondial… de vin. Nuance. À la suite de la conférence de presse de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV) du 27 avril 2015, toute la presse française et étrangère s’est emballée : « la Chine est passée devant la France ! » Horresco referens. Les Anglais se moquent : « c’est assez pour que les Français crachent de dégoût leur sauvignon blanc ».

Tous les articles sont bâtis sur le même schéma. On part d’une statistique fournie par l’OIV et propagée par l’AFP partout dans le monde, en France, en Australie ou au Royaume-Uni.

Hebergeur d'imageSource : Le Monde avec AFP, 27 avril 2015.

Les titres font peur !

Avant de nous rassurer. Ce qui compte, c’est la valeur des vins et des échanges. Ouf, nous sommes sauvés, la France demeure largement devant le reste du monde. Les petits vins du Xinjiang font pâle figure face à nos fleurons que sont les vins de Champagne, de Bordeaux ou de Bourgogne. Pour ne pas parler des eaux-de-vie de Cognac, dont il se vend cinq bouteilles toutes les secondes !

On chanterait presque la Marseillaise, une larme à l’œil.

Il est remarquable de voir à quel point les commentaires passent des superficies en vignes… au vin. Sans voir que les premières données incorporent aussi d’autres éléments. Car les statistiques de l’OIV intègrent aussi les raisins de table et les raisins secs ! Autant de raisins qui ne seront pas vinifiés.

Source : OIV, Présentation PPT, 27 avril 2015, p. 4.

On ne s’étonnera donc pas de voir des pays comme la Turquie, l’Iran ou l’Égypte parmi les premiers vignobles mondiaux… de raisins.

D’ailleurs, la carte de l’OIV elle-même renforce le discours ambiant : comme elle montre les données avec une représentation en aires colorées (il s’agit d’une carte choroplète), elle sur-représente les grands pays, et rend presque invisible les plus petits. La Russie devient un gros producteur, alors que la Moldavie (13e producteur en réalité, devant la Russie) n’apparaît pour ainsi dire pas. D’ailleurs, qui pourrait la repérer aisément sur ce type de carte ? Et puis l’Alaska et la Sibérie en entier produisent du vin…
Il faudrait en réalité faire une carte en cercles proportionnels. Ce qui donne la carte ci-dessous, avec une discrétisation qui repose sur les quantiles de façon à faire ressortir des groupes de pays en fonction de leur contribution à la production totale. Ce qui n’est peut-être pas la meilleure représentation, mais a le mérite de la clarté.

[Cliquez pour agrandir]
Carte_prod_2011

Production mondiale de raisin (2011)

Maintenant, si l’on s’intéresse aux vins, le classement est bien différent. La Chine n’est plus que le 8e producteur mondial…

[Cliquez pour agrandir]

Prod_10Les 10 premiers producteurs mondiaux de vin

On n’aurait cependant tort de se moquer de ses productions. Ce pays va très vite, comme dans d’autres secteurs. J’avais déjà évoqué le fait que des vins chinois soient vendus à Londres chez l’emblématique caviste Berry Bros. Une dégustation de la revue Decanter avait il y a peu sacré un vin chinois. Au delà de la Chine, on assiste bien à une explosion du nombre de pays produisant des vins de qualité. On trouvera d’autres éléments ici ou .

Vignes irriguées en Provence, la fin d’un stress hydrique incontrôlé, la possibilité de faire des vins de meilleure qualité.

Enfin, on remarquera à quel point notre pays est sensible en la matière. Toutes ces évolutions touchent à notre identité profonde. Le journal Le Monde évoquait le fait que la France soit toujours le 1er pays producteurs de vin pour s’en réjouir face à la crise. Cet équilibre géographique n’est nullement le fruit d’un hasard ou d’une supériorité naturelle, il est le fruit d’un équilibre géopolitique, constitué dans la durée, qui touche aussi bien aux techniques (l’irrigation fut longtemps interdite dans les régions méditerranéennes), qu’aux renommées (le vin est probablement l’un des derniers éléments de la splendeur de la France, hier encore adulée pour sa langue, ses écrivains, son artisanat d’art et bien sûr sa gastronomie) ou au goût même du vin (un vin rouge fut longtemps synonyme de vin de Bordeaux).

Dans le domaine du vin, cette apogée est sans doute placée à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Que l’OIV, fondée en 1924, soit située à Paris témoigne bien de cette domination de la France sur le reste du monde.

Le moscato, une mode qui est arrivée à vive allure aux États-Unis…

Un monde qui change. Et qui change à vive allure. Le succès des vins italiens aux États-Unis, désormais premier marché mondial, devant la France, est là pour le rappeler. L’engouement pour les proseccos italiens, les cavas catalans ou les moscatos américains montre aussi à quel point le consommateur a changé, et ne recherche plus forcément du champagne. Le vin traduit les évolutions de nos sociétés. De la même manière qu’il n’y a plus de « grands hommes », il n’est pas certains que l’idée de « grands vins » demeure chez bon nombre de nos contemporains.

Vin en vrac, idées en vrac… (1)

La coopérative de Loncomilla (San Javier, région de Maule, Chili), productrice de vins en vrac équitables

Le salon des vins en vrac (World Bulk Wine) s’est tenu il y a peu de temps… à Amsterdam (du 24 au 25 novembre 2014). Des exposants venus de différents pays s’y rencontraient, certains d’entre-eux bien surprenants pour qui s’intéresse au monde du vin. Un exposant malaisien, un autre belge, et 10 exposants moldaves… Cela témoigne probablement d’une nouvelle géographie de la vigne et du vin, et de dynamiques moins visibles à l’échelle du globe.

Origine des exposants du salon des vins en vrac

Le lieu dans lequel se tient le salon en dit beaucoup non pas sur la production mais sur le transport du vin. Amsterdam, une ville proche du 1er port européen, et actuel 4e port mondial, Rotterdam, par lequel une bonne partie du vin européen est envoyé dans le reste du monde. L’exposant malaisien est d’ailleurs spécialisé dans le fret à destination de l’Asie et particulièrement de la Chine. Le groupe belge travaille dans le domaine de l’embouteillage en plastique. Enfin, si la Moldavie est bien un pays anciennement producteur de vin, aujourd’hui 14e producteur européen, elle ne jouit pas d’une grande notoriété…

Autant d’éléments qui pourraient témoigner d’une certaine organisation mondiale de la production de vin. Certains pays ou régions viticoles à faible notoriété sembleraient se spécialiser dans le vrac. Les pays du Nouveau Monde ont assis une part de leur stratégie de conquête des marchés internationaux par le biais d’une production de vrac importante.

Part du vrac (« bulk ») et des bouteilles dans les exportations du Nouveau Monde

Source : Rabobank Industry Note # 468 – December 2014

C’est tout particulièrement le cas du Chili et de ses flux à destination de la Chine.

La géographie des exposants espagnols tendrait à accréditer cette idée. La présence écrasante – peut-être due à une initiative politique – de producteurs de la Mancha n’est pas fortuite. Premier vignoble européen avec près de 450 000 hectares, longtemps orienté dans la production de vins de masse, il produit des vins très largement issus du système coopératif avec une faible valorisation. Tout comme les Pouilles en Italie, ou le Languedoc-Roussillon.

Les exposants espagnols au World Bulk Wine 2014

La carte ci-dessous montre bien cette répartition mondiale des producteurs de vrac. Les pays du Nouveau Monde, mais aussi l’Espagne et l’Italie, se détachent nettement. La France privilégie la mise en bouteille (clic pour agrandir).

 

Carte_exports_vrac_JenksLes pays exportateurs de vin en vrac dans le monde

Dès lors, cette production de vin en vrac finit par prendre des allures de matière première ou de banale production marchande. Avec la libération des échanges et la suppression de très nombreuses frontières dans le monde – l’Australie vient par exemple de signer des accords de libre échange avec la Chine -, rien n’est plus facile que de s’approvisionner sur de multiples « spots ». Le cas est extrême, mais bien révélateur : la société 8th Estate Winery de Hong-Kong vend des vins dont les raisins viennent de l’État de Washington pour les 2007, de Toscane, du Piedmont et de Bordeaux pour les 2008, d’Australie (vallées de McLaren et de Clare) pour les 2010, de Bordeaux pour les 2011…

Un vin de syrah « produit » à Hong-Kong…

C’est donc une géographie très fluide qui se dessine sous nos yeux. Elle est loin de l’image très construite et stable qu’ont de nombreuses personnes en ce qui concerne le monde du vin. Le parallèle avec d’autres secteurs agricoles est tentant

Et pourtant, les origines du vrac ne sont-elles pas anciennes ? N’en trouve-t-on pas de nombreux témoignages, et ce depuis que le vin est échangé sur des distances importantes grâce à la marine fluviale ou maritime ? Le transport de vin en tonneaux, à moins que ceux-ci ne soient dûment identifiés comme venant de tel ou tel producteur, s’apparente au vrac actuel. Seule l’ampleur du phénomène et l’extension des destinations bouleversent la donne.

Bening Simon (vers 1483-1561), Le Marché de vin à Bruges.
Allemagne, Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Abteilung Karten und Bilder.

Ce sont plutôt les échanges de vin en bouteille qui forment l’exception d’un point de vue historique. Ils ont pourtant durablement impressionné notre regard.

À suivre…


 

Le bar à vin : un lieu emblématique des nouvelles consommations

Les bars à vin font désormais partie de notre environnement quotidien. Et pourtant, il y a peu encore, le géographe Gilles Fumey évoquait à leur propos un caractère « incongru ». Son étonnement provenait de ce que pour la première fois, le vin paraissait quitter la table pour être servi pour lui-même. C’était là rompre une tradition qui voudrait que la consommation du vin se fasse à table.

Jean-François de Troy, 1735, Le Déjeuner d’huîtres, Huile sur toile, 180 × 126 cm, Musée Condé, Chantilly, France.

Voire. Il y aurait beaucoup à dire sur la question. J’ai déjà évoqué ce tableau de Caillebotte qui montre le vin comme une boisson-alimentation. Celle-ci permettait aux ouvriers d’avoir un apport d’énergie tout en travaillant. Tout comme les poilus pendant la Grande Guerre. Boire du vin à table, en célébrant les accords mets-vins est sinon récent, au moins pendant longtemps réservé à une certaine élite.

Les bars à vin se sont en tout cas banalisés. L’histoire et la géographie de leur propagation dans le monde restent à écrire. Probablement venus des États-Unis, sans doute nés dans les petits restaurants italiens de la communauté américaine, ou encore inspirés des bars à tapas espagnols (à l’occasion de voyages fait par des Américains à Barcelone), comme le laisse sous-entendre le journaliste du New York Times Eric Asimov, les bars à vin sont désormais devenus un phénomène mondial.

Aussi paraît-il séduisant de les comprendre comme une porte d’entrée de la mondialisation dans nos villes… et dans nos verres. Dans nos villes : il serait intéressant de retracer leur apparition en France même. Gageons que le phénomène a dû commencer dans les plus grandes villes, et probablement à Paris, pour se propager dans le reste de la hiérarchie urbaine. Il n’est d’ailleurs pas certain que beaucoup de villes moyennes ou petites aient leur bar à vin. Ou pas encore.

Vignoble du Priorat (Catalogne, Espagne), une très ancienne région viticole aujourd’hui en plein essor du fait de la demande mondiale.

Dans nos verres : nombreux sont les bars à vins qui proposent des crus issus du monde entier. On trouvera aussi bien des vins provenant des régions traditionnelles, Bordeaux, Toscane, ou encore Jerez pour certains bars à vins anglais très spécialisés par exemple, que des régions au développement international plus récent et à présent à la mode. Priorat pour l’Espagne, Marlborough pour la Nouvelle-Zélande, Maipo pour le Chili.

Source : Grolière, C., 2014, p. 65. Données à partir de 52 enquêtes.

Dans nos villes et dans nos verres justement parce que les bars à vins s’adressent à l’une des franges de la population les plus ouvertes à la mondialisation. Étudiants et cadres ou professions intellectuelles supérieures semblent être les consommateurs les plus assidus. C’est bien ce que montre l’étude menée sous ma direction par Clémence Grolière dans un mémoire de Master 1 qui porte sur les bars à vin à Bordeaux.

Hebergeur d'image

L’étude se trouve ici : MemoireM1R_2014_ClémenceGROLIÈRE

Élément particulièrement intéressant de l’étude à mon sens, les bars à vin sont des lieux davantage fréquentés par les femmes que par les hommes.

Source : Grolière, C., 2014, p. 67. Données à partir de 52 enquêtes.

Ce sont donc bien de nouvelles manières de boire le vin qui émergent dans notre société et dans le monde. J’avais ouvert ce blog avec optimisme ; je continue dans cette voie. On s’inscrit bien dans une tendance dans laquelle le nombre de consommateurs.trices réguliers.ières ne cesse de diminuer, alors que le nombre de non consommateurs.trices s’accroît.

France Agrimer, Étude quinquennale 2010 sur la consommation de vin en France, 2010.

Les « occasionnels » deviennent par conséquent le groupe dominant au sein duquel les nouvelles tendances apparaissent. Elles reposent sur une consommation de plus en plus débarrassée de ses codes (la fameuse association met-vin qui propose sur de nombreuses contre-étiquettes d’associer tel vin avec un plat en sauce ou un gibier… que l’on mange bien rarement) pour privilégier un plaisir instantané (on glisse sur un autre standard, « on est sur le fruit », « une belle minéralité ») et plus fun (moins compliqué, plus jouissif, ne nécessitant pas de recourir à des connaissances presque ésotériques). Et surtout, le vin est au cœur d’une convivialité renouvelée, moins hiérarchique et plus horizontale.

Le comté de Mendocino (Californie), hier à l’ombre des prestigieuses vallées de la Napa et de la Sonoma, aujourd’hui en pleine effervescence.

Nous sortons d’une culture bourgeoise du vin, fondée sur une éducation qui privilégiait des vignobles-monuments (le classement de 1855 pour le Bordelais, que tout œnophile se devait de connaître sur le bout des doigts pour briller en société et asseoir son pouvoir), pour passer à une culture urbaine, cosmopolite, avide de nouvelles découvertes spatiales, souvent exotiques, parfois traversées à l’occasion d’un voyage. Colchagua (Chili), Mendocino (Californie), Montsant (Catalogne) deviennent par exemple les espaces les plus valorisés par cette nouvelle culture.
Pour peu que les producteurs soient attentifs à l’environnement et aux personnes travaillant sur le domaine ou vivant dans son immédiate proximité, et ils peuvent aisément briser les anciennes hiérarchies les plus établies pour apparaître sur la scène mondiale.

Tout le monde ne s’appelle pas Álvaro Palacios ou Eben Sadie, mais de profonds changements affectent bel et bien le monde du vin.


 

Référence :
Clémence Grolière, 2014, L’Émergence des bars à vin à Bordeaux et dans la Communauté Urbaine de Bordeaux. Localisation, Mondialisation, Consommation, Mémoire présenté en vue de l’obtention du Master 1 « Géographie Science de l’Espace et du Territoire », sous la dir. de Raphaël Schirmer, Université Bordeaux Montaigne, 88 p.


 

Holly[wine] ou le vin dans le cinéma américain

Vins et vignobles dans le cinéma américain

Un billet plutôt inhabituel. Venant de publier un texte sur la relation vin et cinéma américain dans la revue Les Annales de Géographie (Mai-Juin, vol. 123, n° 697, p. 867-889), et n’ayant pas pu tout insérer, je profite de ce blog pour ajouter certaines données. Deux images et la filmographie.

Pour ceux que cela intéresse, l’article Holly[wine] ou le vin dans le cinéma américain

est disponible en ligne*.

Résumé de l’article :
Soixante-quinze ans après la Prohibition, les États-Unis d’Amérique sont devenus le premier consommateur mondial de vin et le quatrième producteur mondial. Le rôle du pays est comparable à l’échelle mondiale à ce que fut celui de l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècle pour l’Europe : une plaque tournante de l’économie viti-vinicole, un pays prescripteur de goûts, avec un remarquable effet de construction ou de transformation des territoires du vin. Le cinéma américain tend à refléter cette nouvelle passion de la société pour le vin. Tout l’intérêt est de comprendre le discours qu’il tient à ce propos, ainsi que l’imaginaire qu’il bâtit autour de cette boisson. Le vin est presque devenu banal en ce qui concerne ses apparitions à l’écran, non dans ce qu’il signifie. Car l’Amérique cherche à se débarrasser des anciens codes qui encadrent le vin pour en proposer de nouveaux, sensés être plus démocratiques.

En relation avec la note infrapaginale 13 :

Le vin, boisson conviviale par excellence

Source : Affiche de promotion du film Sideways (2004) d’Alexander Payne.

En relation avec la note infrapaginale 14 :
Marilyn Monroe : « Did you ever drunk a potato chip in champagne? It’s real crazy »

Source : Sept ans de réflexion (1955) de Billy Wilder avec Marilyn Monroe et Tom Ewell.

Enfin, pour accéder à la filmographie, cliquez sur le lien ci-dessous :
Filmographie


* Je ne touche aucun droit sur sa vente.


Le Plan Stratégique de FranceAgrimer (2) : et la recherche en Sciences Humaines ?

Le Clos de Vougeot, haut lieu du tourisme bourguignon… à découvrir en voiture.

Le Plan Stratégique de FranceAgrimer souhaite « développer d’une manière forte l’innovation, la recherche et le développement » (p. 18), ce qui est louable. Et de citer « les organismes publics de recherche (INRA, IRSTEA, établissements d’enseignement supérieur agronomique, universités, …) et [la] recherche appliquée. » (p. 19). À lire le rapport, l’Université doit plutôt être pensée comme lieu de recherche en sciences « dures » et appliquées, et non en Sciences Humaines. Il y aurait pourtant fort à faire en la matière. Prenons deux exemples.

Vignoble, tourisme et voiture, un modèle à repenser (vignoble savoyard)

Tout d’abord, l’absence de réflexion sur le tourisme, remarquée dans le précédent billet, n’est sans doute pas anodine. À mon sens, c’est pourtant une réelle voie d’avenir pour le vignoble français, beaucoup plus que de chercher à concurrencer les vignobles du Nouveau Monde sur leur propre terrain (i.e. son industrialisation). On a vu précédemment les dangers que cela représentait. Or la France et l’Europe peuvent de nouveau faire figure de modèles pour le développement touristique aux yeux du reste du monde, ce qu’ils ne sont plus forcément dans d’autres domaines viti-vinicoles. À titre d’exemple, il va falloir penser un tourisme durable pour les années à venir. Le tourisme actuel s’appuie sur une mobilité profondément marquée par la voiture, et plutôt individuelle. Et donc très polluante. Il faut innover dans cette voie.

Second point : il est sans doute nécessaire de repenser notre vision de la consommation de vin. Ce rapport, comme de nombreuses études, repose sur un préalable qui pense celle-ci comme étant en forte décroissance.

Plan Stratégique, p. 7.

Ce qui n’est pas faux en soit, mais aussi limité que tronqué. En premier lieu parce que cette analyse ne porte que sur des volumes et non des valeurs. Ne buvons-nous pas moins mais mieux ? Il serait nécessaire de ne plus seulement employer des « litres par an par habitant », pour glisser vers un nouveau taux qui prendrait en compte la valeur de la consommation. Aux économistes de réfléchir sur ce point.

Gustave Caillebotte, Les raboteurs de parquet (102 cm × 146.5 cm, Musée d’Orsay, Paris) : le vin source d’énergie.

Ensuite, parce que ces chiffres de consommation passée ne veulent pas dire grand chose pour notre société. Le vin était, à partir du XIXe siècle, une boisson-alimentation qui permettait aux classes laborieuses, paysans et surtout ouvriers, de trouver de l’énergie pour mener à bien leurs éprouvantes tâches, tout en évitant de boire une eau souvent vectrice de maladies. C’est pourquoi la consommation de vin, encore relativement limitée avant le XIXe siècle, connaît un accroissement spectaculaire pendant cette période, pour connaître son maximum autour de l’Entre-deux-guerres mondiales. La consommation culmine alors à près de 200 litres par an et par habitant. L’histoire du XIXe siècle s’interpose entre nous et les chiffres cités. D’autant plus que ce vin est plutôt de piètre qualité, faiblement alcoolisé, et de conservation très limitée dans le temps. Voudrions-nous revenir à ce prétendu « âge d’or » de la consommation ? Cela n’a pas de sens. Aux historiens (et ils l’ont déjà fait, à nous de les lire !) de démystifier cette consommation passée.

Ana_PER CAP_02La consommation de vin dans le monde (1978-2006)

(Cliquez sur la carte pour l’agrandir)

Ensuite, parce qu’il n’y a jamais eu autant de consommateurs de vin dans le monde ! Alors que le vin était encore jusqu’au début du XXe siècle essentiellement confiné à l’Europe*, il est devenu une boisson globalisée. Presque tous les pays du monde, hormis ceux le refusant pour des raisons religieuses, adoptent progressivement sa consommation. Et ils le font avec un engouement remarquable. Aux géographes et aux sociologues d’en comprendre les ressorts.

En effet, le vin est devenu à la mode. « Glamour » dirait la spécialiste anglaise Jancis Robinson. Il semblerait d’ailleurs qu’un frémissement apparaisse en ce qui concerne les jeunes sur les courbes de consommation (en volume, hélas…) publiées par France Agrimer. J’évoque ce point ici.


Source : France Agrimer, Etude quinquennale 2010 sur la consommation de vin en France, 27 novembre 2012.

Il est bien sûr trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, et la tendance pourrait s’inverser. Mais tout de même, il semble bien que quelque chose se produise. À preuve, le succès rencontré par les bars à vins. Je reviendrai sur ce point. Mais on peut d’ores et déjà constater qu’il s’agit de lieux fréquentés par des jeunes, urbains, diplômés, travaillant dans le domaine tertiaire, et plutôt féminins.

Deux questions pour finir.

Ces jeunes femmes vont-elles visiter des exploitations viticoles ?

Certainement pas.

Nous sommes nous intéressés à ce qui les motiveraient d’un point de vue oeno-touristique ?

J’en doute.


* On remarquera l’importance de l’Afrique du Nord encore dans les années 1970.

Les États-Unis, 1er marché mondial du vin

La consommation de vin dans le monde
Carte_visuelle_4

C’est officiellement confirmé par l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), les États-Unis sont désormais le premier marché mondial du vin. Avec 29,1 millions d’hectolitres consommés en 2013 (il s’agit de prévisions), ils dépassent la France (28,1 Mhl). Seulement 80 ans après la Prohibition (1919-1933).

Source : Wine Institute, 2013.

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le sujet (notamment ici et ici).
C’est la confirmation d’une métamorphose profonde de la planète des vins. Les pays anciennement producteurs et consommateurs (France, Italie, Espagne) sont en perte de vitesse, alors que d’autres pays émergent. La Chine est désormais le cinquième consommateur mondial… devant le Royaume-Uni. Certes, en termes de consommation par habitant, l’Europe domine toujours le monde du vin, mais elle partage à présent sa suprématie.

En effet, davantage que les seuls volumes ou les seules valeurs de ce commerce mondial, ce sont désormais d’autres éléments qui sont à retenir pour penser la nouvelle planète des vins. Elle devient plus libérale ; les frontières s’abaissent, les diverses technologies pour produire des volumes importants sont de plus en plus présentes, songeons à l’utilisation des copeaux de bois. Elle repose sur de nouveaux codes ; la mise en avant du nom de cépage est devenue l’un des éléments les plus évidents. À l’inverse, elle attise les phénomènes identitaires ; l’utilisation de cépages oubliés mais remis au goût du jour dans telle ou telle partie de l’Europe répond à la sensation de banalisation des vins.

Les pays du Nouveau Monde, et surtout les États-Unis, ont d’ores et déjà un rôle majeur sur les évolutions que nous connaissons. Un dernier exemple ? Un début d’engouement pour les verres de type bourguignon, ces verres immenses utilisés par les Américains et que l’on perçoit dans les films ou les séries TV. Ils deviennent à la mode.


Copie d’écran du film Friends with kids (2012)

Les châteaux bordelais dans les menus américains (1850-1919)


Château Mouton Rothschild

Quels vins pouvaient boire les Américains dans la période 1850-1919 ? Quels châteaux étaient présents sur les tables des restaurants ? Quels secteurs du bordelais étaient les plus représentés ?

Autant de questions pour lesquelles je commence à avoir un début de réponse.
Après avoir effectué un dépouillement des menus déposés dans le fonds What’s on the menu? de la Bibliothèque publique de New York (New York Public Library), les premiers résultats apparaissent. Résultats qui sont partiels, puisque le travail n’est pas terminé (je travaille actuellement sur la période 1950-2012).

En tout cas, pour la période 1850-1919, il est possible de cartographier les résultats à une échelle mondiale. Trois cartes sont nécessaires. La Guerre de Sécession (1861-1865) aux États-Unis et le développement du phylloxera en Europe à partir de 1863 créent en effet une rupture conséquente. Attention, le nombre de vins proposés n’est pas le même sur les différentes cartes, il faut les comparer avec prudence.

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Elles montrent en tout cas le développement du vignoble américain d’une part, et d’autre part bien sûr la suprématie de l’Europe. Les vignobles les plus renommés sont présents : Porto, Madère, Jerez ou encore le vignoble hongrois avec notamment les vins de Tokay. L’Allemagne, de façon plutôt surprenante, est également très bien représentée. Mais surtout, c’est l’âge d’or du vignoble français, dominé par Bordeaux, la Champagne, et à un degré moindre Cognac et la Bourgogne.
Le menu ci-dessous donne un bon exemple de ce que peut être une carte juste avant la période de la Prohibition (1919-1933).

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Fleischmann’s Vienna Restaurant, 30 novembre 1917.

Allons plus dans le détail maintenant. Vous l’aurez remarqué, ce menu indique clairement certains domaines : château de Pez, de Pontet-Canet, Yquem. Il est possible d’en retrouver près d’une centaine au travers des différents menus.

Copie d’écran

La carte se trouve sur une page dédiée – ici, appelée Wine in « What’s on the menu? » NYPL – que je compléterai au fur et à mesure de l’avancée de mes travaux (dans le temps, et dans l’espace : la même opération peut être effectuée avec la Bourgogne, la Champagne, la Californie, etc…). Wait and see

La suprématie du Médoc et du vignoble de Sauternes est écrasante. On se situe après le classement de 1855 qui consacre les châteaux Lafite, Latour, Margaux, ou Yquem. Haut-Brion, situé dans la périphérie de Bordeaux, apparaît également. Le vignoble de Saint-Émilion est en revanche bien peu représenté, alors que l’Entre-deux-Mers et la rive droite de l’estuaire de la Gironde sont inconnus des tables américaines.


Château Pontet-Canet

La surreprésentation de certains domaines est intéressante, elle montre le rôle majeur que tient alors le négoce bordelais. Pontet-Canet domine de façon écrasante les cartes des menus ; il fut la propriété de la famille de négociants Cruse (600 références sur 3650). Tout comme le château de Bouliac, aujourd’hui disparu*, mais naguère propriété de cette même famille.

Au total, ces menus reflètent un ordre mondial, bâti autour de la France, celui de la 2e moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il a aujourd’hui volé en éclat ; les Sauternes sont par exemples plongés dans une grave crise de mévente (à l’exception de quelques grands domaines).

* une caserne de gendarmerie est construite à sa place.

Wine Spectator et la qualité des vins : une vision du monde

La revue américaine Wine Spectator vient de publier la synthèse des notes qu’elle donne par pays pour ses dégustations de l’année 2013 (numéro du 31 janvier – 28 février 2014, p. 101). Le graphique est compliqué à lire si l’on veut faire des comparaisons, alors que des cartes permettent à mon sens de voir émerger quelques grandes tendances.

Elles sont sans doute assez représentatives des évolutions du monde du vin actuel, même si la revue a certainement des préférences, et qu’elle met bien évidement les vins américains dans une position centrale. Pour que les cartes soient plus riches à lire, j’ai distingué la Californie (l’essentiel du vignoble américain) du reste des États-Unis (soit les États de New-York, Oregon, Washington et quelques autres vignobles).

Il est intéressant de remarquer la très forte représentation des vignobles français et italiens, ce qui n’a rien de surprenant, mais en revanche la faible présence de l’Espagne (pourtant 3e exportateur mondial derrière ces deux précédents pays, chiffres de l’OIV 2008-2009). Un phénomène qui réapparaîtra en ce qui concerne la qualité des vins dégustés. L’Allemagne et l’Autriche sont à l’inverse deux pays bien représentés sur le panel de Wine Spectator. Tout comme les vins du Nouveau Monde, rien de bien étonnant à cela, on sait les États-Unis très ouverts à ces pays.

Des vins du monde entier
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La lecture des prix moyens des vins dégustés introduit déjà une petite différenciation : l’Allemagne intègre le groupe des pays aux prix moyens les plus élevés. Un pays prospère, au niveau de vie élevé, producteurs de vins de qualité en nombre relativement limité. Autour de ce noyau composé par la France et l’Allemagne, apparaît une auréole de pays aux vins moins valorisés (Italie et Espagne), puis beaucoup moins (Portugal, enfin Autriche). À l’échelle mondiale, une autre auréole semble se dessiner, moins nette, avec des vins aux prix moyens plus faibles dans le Nouveau-Monde. Mais le Chili et l’Australie sont tout de même bien placés (70 $ et 69 $) contrairement à ce que l’on pourrait attendre. L’image de ces deux pays étant tout de même celle de producteurs de vins de qualité standard et peu différenciés. Comme quoi leurs efforts qualitatifs de ces dernières années semblent se traduire dans la gamme de vins proposés.

Géographie des prix des vins dégustés
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La synthèse maintenant. Elle est exprimée en notation sur 100, une façon de faire sur laquelle il nous faudra revenir, qui fut proposée par Robert Parker sur le modèle des écoles américaines (la grille utilisée par Parker apparaît dans la notice de Wikipédia – point 2.2).



La qualité des vins selon Wine Spectator

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1. Selon les critères de Wine Spectator, tous les pays du monde produisent désormais des vins de qualité. C’est un point essentiel de la planète des vins telle qu’elle se dessine aujourd’hui. L’ancien ordre mondial hérité du XIXe siècle, marqué par la forte suprématie de la France (et surtout de certaines régions : Bordeaux, Bourgogne, Champagne), est terminé.

2. Le niveau des vins dégustés est plutôt élevé. Beaucoup de vins de grande qualité, encore plus de vins « intermédiaires », et finalement assez peu de vins de moins bonne qualité. Les Américains pensent vivre un âge d’or (Golden Age) (TABER, 2011, p. 1) marqué par des vins de qualité, originaires des endroits les plus insoupçonnés de la planète, à des prix tout à fait abordables pour les classes moyennes. La globalisation joue en la faveur des consommateurs (GOKCEKUSA, FARGNOLIA, 2007, p. 194). Une vision qui va plutôt à l’encontre de celle communément admise en Europe, pour laquelle mondialisation = banalisation.

3. Ce dernier point peut d’ailleurs se lire de manière transversale. Si l’on prend l’exemple du Chili, on y trouve quelques grands vins, davantage de vins intermédiaires, et quelques vins moins satisfaisants. Mais à des prix relativement intéressants par rapport aux d’autres vignobles qui font figure de valeurs sûres. Autrement dit, on trouvera assez facilement de bons vins au Chili pour un prix relatif tout à fait abordable (selon les critères américains bien sûr, les vins y sont plutôt chers à nos yeux). On comprend la rapide progression des vins du Nouveau Monde à l’échelle mondiale.

4. A l’inverse de la France qui propose certes de très grands vins, mais à des prix plutôt élevés du fait de leur notoriété mondiale. Et il n’est pas certain que le consommateur en ait pour son argent, il y a tout de même bon nombre de vins mal notés (9 %). Dans son esprit, il aura donc tout intérêt à n’acheter un vin français, surtout s’il est issu d’une région très renommée, qu’à la condition d’y mettre le prix… N’est-ce pas ce que l’on dit des vins de Bordeaux ou de Champagne ? Pour en rester aux vins pétillants, la rapide progression des prosecco italiens ou des cavas catalans en Europe et dans le monde n’est pas étrangère à ce constat. Ni même le déclin des ventes de Champagne…

Bref, autant de tendances très menaçantes pour les régions viticoles établies, et plus optimistes pour les outsiders de la mondialisation.

Références :
GOKCEKUSA, O., FARGNOLIA, A., 2007, « Is Globalization Good for Wine Drinkers in the United States? », Journal of Wine Economics, Vol. 2, Issue 02, September, pp 187-195.
TABER, G. M., 2011, A Toast To Bargain Wines: How innovators, iconoclasts, and winemaking revolutionaries are changing the way the world drinks, New York, Scribner, 312 p.

Pourquoi des vins de cépage ? (4)

Derniers éléments que l’on pourrait envisager pour comprendre l’engouement pour les vins dénommés par cépage : la distribution et la consommation.

Pour la distribution, et notamment la « grande » distribution, cela permet un classement des vins non plus par région d’origine (avec de ce fait même un nombre astronomique de références!) mais par types de vin. Pétillant, rouge, blanc, rosé… A l’intérieur de chaque catégorie, quelques cépages. Une illustration aidera à comprendre : une photo prise dans un Supermarché Waitrose à Londres en 2012.

Un zoom sur les concurrents directs du Chablis :

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Cela simplifie considérablement l’offre, et pour le commerçant, l’approvisionnement, la logistique, la manutention, etc… Il n’y a plus de cabernet australien ? Qu’importe, un cabernet chilien fera bien l’affaire !

On remarquera de ce fait que tous les vins sont mis sur le même plan, et dans le cas présent à des prix relativement proches. Tel vin de l’AOC Chablis est juste à côté d’un chardonnay espagnol, d’un californien, d’un chilien et de deux australiens. Ils auront à vol d’oiseau effectué 500 km pour le premier, et 2, 17, 23 et 34 fois plus pour les autres. Ce qui veut dire combien, pour être compétitifs, de tels vins doivent avoir des coûts de production moindres. On est bien en pleine mondialisation.

Origine des vins de chardonnay dans le supermarché

Chablis

Pour le consommateur, cela permet de pénétrer facilement le monde des vins, dont on sait combien il est intimidant pour les néophytes. Ne pas connaître les régions, les années, les types de vins, les producteurs, pour ne pas parler du vocabulaire du vin, est angoissant.
A l’inverse, entrer par les cépages est à la portée de quiconque.

D’ailleurs, aurez-vous remarqué le nombre de livres sur le vin qui ont à présent une entrée par cépage ? Un exemple : le livre de la blogueuse Ophélie Neiman (Miss Glouglou) :

Nul doute, l’entrée par le cépage progresse. Un exemple ici à l’aéroport de Lyon, dans une brasserie : la carte des vins est classée par cépage, même si quelques régions environnantes apparaissent.

Cepages