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La carte gastronomique de la France : les vins (2)

Après avoir évoqué un discours sur la nation française, il est possible d’observer comment transparaissent les différents vignobles provinciaux.

Bercy (Paris), ancienne plaque tournante des vins en France

J’évoquais précédemment le rôle de Paris, véritable centre névralgique de la France des produits de terroir. Son influence sur certains vignobles est manifeste.

La Loire, vignoble directement placé dans l’orbite de Paris (source).

Pour autant, on remarquera que le processus est loin d’être accompli. La Loire et surtout la Champagne forment déjà de puissantes entités qualitatives, groupées à proximité de Paris. Alors que le Rhône est encore partagé entre des vignobles de moindre renommée – parfois même peu identifiés, les “vins des Côtes du Rhône” – et quelques rares isolats de qualité : la Côte Rôtie, Tain, et Châteauneuf-du-Pape.


Le vignoble rhodanien, quelques isolats de qualité (source).

 

Dans la même veine, le Languedoc-Roussillon et la Provence, sont encore plongés dans des logiques de vignobles de masse. Ils sont à peine affublés d’un banal “Vins”. Mais c’est aussi la demande en vins plus grossiers, orchestrée notamment par les entrepôts de Bercy, qui transparaît.

Bercy – Paris. Wagon-foudre et tonneaux dans une des allées principales de la Halle aux vins de Bercy. 1926. © Jacques Boyer / Roger-Viollet (source).

Quant au grand Sud-Ouest en amont de Bordeaux, c’est à peine s’il est présenté par quelques individualités, Cahors, Gaillac ou Jurançon. Une splendide anomalie géographique qui va pleinement dans le sens de Vidal : “les énergies dont la nature a déposé le germe” n’ont pu résister à la puissance de l’ombre portée de Bordeaux. La ville et son vignoble ont empêché la naissance de vignobles concurrents situés plus à l’amont.

Cognac, un vignoble en auréoles concentriques (source).

Enfin, deux vignobles atlantiques montrent une plus grande ouverture vers le grand large. Et de ce fait, sans doute moins vers la capitale. Ce qui est sans doute déjà moins vrai pour Cognac dans les années 1930. On remarquera tout de même la structuration en auréoles concentriques autour de la ville éponyme. Elle traduit bien le rôle de la distance au marché, telle qu’a pu la caractériser von Thünen (1783-1850), et donc le rôle des transports. C’est davantage vrai pour Bordeaux.

Le vignoble bordelais, articulé autour des grandes vallées et de l’estuaire (source).

La structuration dominante est celle liée au fleuve et à ses affluents. La navigation maritime et la possibilité d’évacuer les vins depuis la place de Bordeaux conditionnent les territoires du vin. Un “Entre-Deux-Mers” apparaît – façonné semble-t-il par un ancien droit maritime qui s’appliquait jusqu’à la limite de la pénétration des marées à l’intérieur du continent – tout comme de l’autre côté de Bordeaux, une presqu’île avec le Médoc.


Seul le secteur de Sauternes s’individualise en fonction d’un village. (source).

À une échelle plus locale, c’est le relief qui prend alors l’ascendant pour caractériser les territoires. Soit lorsqu’il domine les vallées (les Côtes, ou les Graves, qui sont des terrasses) soit lorsqu’il est comme absent (les “palus” par exemple le long des cours d’eau).

Les palus correspondent aux terres les plus basses le long des vallées (la Dordogne à Fronsac un soir d’hiver)

Si le Second Empire est déjà passé par là et apparaît par le biais des crus classés de 1855 – et encore, n’est-ce pas la notoriété des châteaux qui apparaîtrait de toute façon ? -, la République n’a pas encore marqué son empreinte.

Une structuration encore marquée par le relief et les flux pour la rive droite
(source).

En effet, c’est tout juste si la rive droite est individualisée avec quelques noms de villages, Saint-Émilion ou Pomerol. Il faut attendre la mise en place des Appellations d’Origine Contrôlée en 1935 – dont la loi de 1905 marque les prémices – pour qu’apparaissent les territoires de la République. Saint-Émilion et ses satellites par exemple. Dans le Médoc, ce sont les communales de Moulis et Listrac qui naissent alors.


La République structure les territoires du vin. Naissance des AOC en rive droite. Source : Larmat, Atlas de la France vinicole, 1941.

Comme quoi, les facteurs qui participent de la qualité et de la renommée d’un vignoble sont bien plus complexes que ne le laisseraient penser les seuls aspects physiques. Et donc, les seuls terroirs.

La carte gastronomique de la France : les vins (1)

Derrière la splendide carte gastronomique de la France de 1929 transparaît un discours sur la nation française. La vigne et le vin en sont une bonne illustration.

Source : Carte gastronomique de la France, 1929.

La BNF vient de mettre en ligne une splendide carte de la gastronomie française de 1929. Réalisée par Alain Bourguignon, ancien chef restaurateur parisien, il se place dans la mouvance de Curnonsky (1872-1956), journaliste érudit et fervent promoteur de la gastronomie française. Ou tout du moins, d’une certaine vision de la gastronomie française : celle des régions, des mets que l’on dirait aujourd’hui de terroir, à l’opposé d’une gastronomie trop raffinée, celle de la “haute” cuisine française.


Le vignoble alsacien à nouveau en France (source).

 

On pourrait aussi y ajouter une vision identitaire. En promouvant la rare diversité et la richesse des productions françaises, on y lit par défaut la monotonie de nos voisins. Et leur “faible degré” de civilisation. Nous sommes au lendemain de la Première Guerre mondiale… et à la veille d’un nouveau cataclysme. Les questions nationales et identitaires sont tendues. La France vient d’ailleurs de recouvrer dix ans plus tôt ses limites “intemporelles” ; le vignoble alsacien est réincorporé dans le giron de la République. La Lorraine et l’Alsace, avec la longue litanie de mets et de recettes qui les caractérisent, ne peuvent qu’être françaises. CQFD.

Cette carte participe donc, au-delà des plaisirs qu’elle promet, de la volonté de renforcer le mythe national. Il est très largement bâti autour de la profusion de denrées – “l’occasion de vérifier qu’il y en a bien 258 variétés” de fromages – et de l’idée de pays de cocagne. C’est le génie français que l’on décrit là. Quelques années plus tôt, Paul Vidal de La Blache (1845-1918) écrit un Tableau de la géographie de la France (1903) dans lequel il explique ce qui devient l’un des fondements de la pensée géographique française. Enseigné à des générations de petits écoliers, il a construit notre imaginaire et notre identité.

Une individualité géographique ne résulte pas de simples considérations de géologie et de climat. Ce n’est pas une chose donnée d’avance par la nature. Il faut partir de cette idée qu’une contrée est un réservoir où dorment des énergies dont la nature a déposé le germe, mais dont l’emploi dépend de l’homme. C’est lui qui, en la pliant à son usage, met en lumière son individualité. Il établit une connexion entre des traits épars ; aux effets incohérents de circonstances locales, il substitue un concours systématique de forces. C’est alors qu’une contrée se précise et se différencie, et qu’elle devient à la longue comme une médaille frappée à l’effigie d’un peuple.

Paul Vidal de La Blache, Tableau de la géographie de la France, 1903.


Des villages « lieux de mémoire » de la Nation française. La Bourgogne (source).

 

Une médaille frappée à l’effigie d’un peuple. Qui, mieux que les vins français et leur raffinement, pourrait exprimer cette interrelation ? Et plus encore, quels vins hormis ceux de la Bourgogne pourraient davantage magnifier le génie français ? La longue collection de villages fait vibrer le cœur de la République française.

Paris, centre de la France, centre du monde (source).

Tout est d’ailleurs organisé autour de Paris, véritable centre névralgique de la France des produits de terroir. La carte le dit bien : “Paris centre gastronomique du monde”. Phrase que l’on peut lire de deux manières : on trouve certes tout dans la capitale du pays – “tous les crus” -, mais Paris est également le centre qui propage ses lumières et ses bienfaits de civilisation au reste du monde. Le prosélytisme français en matière de gastronomie et de vins.

À suivre…

Champagne ou prosecco ?

L’âpre concurrence entre les vins pétillants invite à reconsidérer certaines positions. Le champagne est menacé dans sa position hégémonique.

Paysage de Champagne, l’église de Chavot-Courcourt.

Alors, pendant les fêtes, avez-vous été plutôt champagne ou prosecco ? Luxe traditionnel ou simplicité plus exotique ? Quel que fût votre choix, vous aurez sans doute remarqué à quel point une multitude de vins mousseux d’origines diverses a fait son apparition sur les linéaires des supermarchés ou les rayons des cavistes.

Une entreprise imitant le champagne (Finger Lakes – USA).

Le phénomène n’est pas nouveau, le champagne fait l’objet de nombreuses copies depuis bien longtemps. Des vins cherchant à l’imiter existaient sur presque tous les continents, et certaines régions viticoles ont pu bâtir leur prospérité sur de tels vins. La région des Finger Lakes, sous le lac Ontario aux États-Unis, en offre un bel exemple. Et les Champenois eux-mêmes ont investis dans d’autres régions viticoles pour produire des vins avec tout leur savoir-faire, en Californie avec Chandon dès le début des années 1970, plus récemment en Chine ou en Angleterre. On ne s’étonnera pas que les cartes puissent être légèrement brouillées.


Couverture de la revue Wine Spectator, numéro de décembre 2016.

Récemment d’ailleurs, la revue Wine Spectator proposait un numéro spécial sur le Champagne, avec certes des pages sur la région éponyme, mais aussi une présentation de “value-priced bubblies from around the world” (des bulles à prix abordables à travers le monde). Et de citer la Californie, l’Espagne (avec le cava catalan), le prosecco, d’autres régions européennes (le Trento, l’Emilie-Romagne, l’Alsace, la Loire…) ou encore des pays du Nouveau Monde, Australie, Nouvelle-Zélande, ou Afrique du Sud. Bref, les “bulles” sont devenues un phénomène mondial.

Combien de bouteilles débouchées à minuit…

On a peine à imaginer le nombre de bouteilles qui ont dû être ouvertes pour célébrer la nouvelle année 2017, depuis Sydney en Australie (dès 15 heures, heure française le 31 décembre) à San Francisco (le lendemain, à 9 heures du matin heure française). La fête planétaire. Avec le lendemain, peut-être d’ailleurs une gueule de bois globalisée… Vive la rotation de la terre et les fuseaux horaires !

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Les cartes mondiales de la production de vins mousseux sont justement en train de se recomposer. Le prosecco vient de dépasser les exportations de champagne pour l’Europe. Le premier aurait vendu 77 millions de litres en 2016 contre 58 millions pour le second. Et pour répondre à cette demande toujours plus grande, les Italiens ont décidé d’agrandir l’aire d’appellation de près de 3000 ha.

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Si votre orgueil national vient d’être ébranlé, comme ce fut sans doute le cas avec la position de la France dans le monde, rassurez-vous, la Champagne domine encore largement en valeur. Elle génère un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros, pour seulement 789 millions d’euros pour le vin italien. Le vin de Champagne est donc un vin avec une très forte valorisation, je ne vous apprends rien. Ses concurrents ne formeraient pour la plupart d’entre eux que de pâles imitations, tout juste bonnes à être rangées sur les rayons low cost des supermarchés. Certains professionnels en sont convaincus, rien ne paraît pouvoir ébranler leur position.

« Je suis optimiste pour la Champagne, notre survie ne dépend pas du prix. Nous devons nous recentrer sur le vin de luxe et le haut du marché ».

Source : Prosecco Boom Raises Questions in Champagne.

Curieusement, il me semble avoir entendu quasiment le même discours au milieu des années 1980 quand les premiers vins australiens ou néo-zélandais ont fait leur apparition dans les supermarchés européens. On sait ce qu’il en est aujourd’hui de cette supposée inébranlable suprématie française. Où en seront les concurrents de la Champagne dans 30 ans ? D’autant que les façons de consommer les vins pétillants changent à grande vitesse. Reprenons un regard américain :

« Les alternatives de grande qualité au champagne n’ont jamais été aussi abondantes. Le vin mousseux a longtemps été un élément incontournable des occasions spéciales, mais il devient désormais intéressant comme vin dont on peut profiter toute l’année, en apéritif ou lors d’un dîner, où il se marrie avec une toute une gamme de mets ».

Source : Wine Spectator, 15 décembre 2016, p. 53.

Une paysage de Vénétie, région d’origine du prosecco.
Source : Casa Gialla.

Bref, une mue vers des vins de terroir. Il n’est d’ailleurs pas évident aux yeux de nombreux consommateurs – à tort sans doute – d’identifier le champagne avec une telle approche. Son imaginaire de luxe plutôt urbain le place à des années lumières des logiques de cailloux. Ses concurrents ont tout à construire, puisqu’on ne sait presque rien d’eux. À commencer par la mise en valeur de leurs spectaculaires paysages, comme ceux de Vénétie. Si le cava est en difficulté en ce moment, l’interprofession catalane cherche quant à elle à mettre en place une hiérarchie de villages, et ce n’est pas pour rien.

Les vins pétillants sont l’un des derniers bastions auquel la mondialisation s’attaque. Nul doute à cela, d’importants changements vont apparaître dans les années à venir.

Question subsidiaire. Quel vin risque-t-on de boire à la Maison blanche à partir du 20 janvier ? [Cliquez ici – avec grande prudence – pour avoir la réponse].

Révolution : une appellation pour un cépage. Le pinot gris de Vénétie


Une grappe de pinot gris. Source : Wikipedia.

 

Imagineriez-vous une Appellation d’Origine Contrôlée Syrah du Rhône ? Chardonnay de Champagne ? Ou encore Chenin de la Loire ? Cela vous paraît aller à l’encontre de la tradition du monde du vin, qui met à l’honneur un territoire et non un cépage ? Et bien les Italiens l’ont fait. Une appellation Pinot grigio (pinot gris) vient de naître. Que l’on soit pour ou contre, séduit ou choqué, c’est un changement sans précédent qui apparaît là.

Certes, il existe de nombreuses appellations qui reposent sur un cépage : la Bourgogne et ses vins rouges (pinot noir) ou blancs (chardonnay), le Muscadet (melon de Bourgogne), voire même les vins d’Alsace (avec une mention de cépage, qui peut être du riesling, du gewurztraminer, ou encore justement du pinot gris). D’autres régions viticoles s’identifient pleinement à un cépage dominant dans un bouquet de cépages différents : la Rioja et le tempranillo, le Chianti et le sangiovese, le Tokaj et le furmint. Mais personne n’avait osé, pu ou voulu franchir le pas. C’est chose faite. Le territoire, signe majeur d’identification et de revendication, passe au second plan face au cépage.

Nous sommes entrés dans l’ère des vins globalisés. Ce n’est pas nouveau me direz-vous. Pour la première fois tout de même, une appellation prend une désignation qui est celle utilisée de manière privilégiée dans le pays de consommation et non dans celui de la production. L’entrée par cépage est bien sûr une manière de coller aux attentes du consommateur américain. Il n’est pas fortuit que cela commence par l’Italie.

Une bouteille de Chianti dans le Parrain 2 (1974) de Francis Ford Coppola.

Il n’est que de songer aux intimes relations qui existent entre ces deux pays pour s’en convaincre. La présence d’une communauté italo-américaine aux États-Unis facilite bien sûr les interactions entre le marché de consommation et le lieu de production. Les Italiens sont aujourd’hui le premier pays exportateur de vins dans ce pays. Devant la France. À ce propos, souvenons-nous que les premiers vins de qualité produits à base d’un cépage allochtone l’ont été en Toscane. Les “super toscans” élaborés sur la côte de Bolgheri portent déjà une indication de cépage, le cabernet-sauvignon bordelais. Les Sassicaia et autres Ornellaia furent de véritables missiles envoyés sur le continent américain. L’appellation, créée a posteriori, ne mentionnait cependant pas le nom de cépage.


Une bouteille devenue mythique, mentionnant le cépage sans doute pour l’une des toutes premières fois en Europe.

 

 

Tout change à présent. Quelle serait la raison majeure invoquée par les thuriféraires d’un tel système ? La traçabilité. Ce qui prête à sourire. Une appellation normale ne serait-elle pas en mesure de garantir l’origine des raisins ? On doute du contraire. Et si fraude il y a, et l’Italie a malheureusement été frappée de plein fouet par des scandales (notamment en ce qui concerne la composition des vins de Montalcino ?), ce n’est pas cette unique mention de cépage qui protègera le consommateur.

Une géographie mondialisée, le pinot gris
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(cliquer pour agrandir)

Une raison plus probante ? La forte concurrence qui pèse désormais sur le pinot grigio du fait de sa propagation dans le monde entier. L’engouement qu’il y a pour ce cépage sur le marché américain occasionne des plantations dans le monde entier, et surtout dans les pays du Nouveau Monde. Et comment différencier un pinot grigio italien d’un pinot grigio australien ou encore argentin ? Qui plus est quand des entreprises qui appartiennent à d’anciens immigrés d’origine italienne en produisent ; les noms ont alors la même consonance, que l’on soit dans la King Valley ou à Mendoza.


Une bouteille australienne de pinot gris, un producteur d’origine italienne.

 

 

 

 

 

 

L’influence de la vision américaine du monde du vin est chaque jour plus présente. Nous assistons à une véritable révolution en ce qui concerne cette boisson, tant dans les manières de la nommer que dans celles de la consommer.

VisitFrenchWine.com : quel regard sur la vigne en France ? (1)

Un village parmi les plus touristiques de France, Riquewihr (Alsace).

Le site VisitFrenchWine.com a été mis en ligne il y a quelques mois. Il est destiné à favoriser l’accueil des étrangers qui souhaiteraient visiter notre pays et ses vignobles, et bien sûr à accroître le nombre de touristes qui iraient d’une manière ou d’une autre visiter un vignoble. Je répète même si cela paraît évident : accroître le nombre de touristes qui iraient d’une manière ou d’une autre visiter un vignoble. Cela a son importance. Quelle image de nos vignobles le site véhicule-t-il ? Une analyse du texte, des photographies et du contenu paraît intéressante pour ce qu’elle nous dit de la relation tourisme – vignoble. Et plus encore, de nous-mêmes.


Nombre de prestations proposées par destinations en mai 2015.

Tout commence par un découpage très classique des vignobles par grandes entités : Bourgogne, Jura, Sud-Ouest. À bien y regarder, ça se complique : le Languedoc est coupé en deux entités, Languedoc et Pays d’Oc. Et on apprend sur cette dernière que la « vigne est omniprésente en Languedoc-Roussillon », ce qui fait donc une troisième entité puisque le Roussillon a sa propre page… Bigre. De quoi en perdre son latin pour les étrangers… On subodore derrière tout cela de petites querelles de clocher. La « dénomination « Pays d’Oc IGP » » a donc réussi à se scinder de ses consœurs.


Plusieurs découpages du Languedoc et du Roussillon…

Il existe aussi des chevauchements qui doivent étonner plus d’un étranger : la vallée du Rhône présente une page « Sur la route des vins et vignobles de Provence » que l’on retrouve forcément en Provence. Quant à la Corse, elle s’autoproclame « unique vignoble insulaire de France ». Les îles de Ré et d’Oléron ne seraient-elles pas viticoles ?

Une carte de localisation par Google…

Tout cela ne serait pas très grave si la cartographie vous aidait et pouvait vous faire passer d’une région à l’autre. Ce que l’on serait en droit d’attendre d’un site axé sur la mobilité à l’ère des smartphones. N’est-ce justement pas cela qui est invoqué par le ministère pour mettre en ligne le site ? Et bien non : les cartes sont pensées de manière statique depuis un ordinateur, et non in situ pour un utilisateur. On aimerait par exemple pouvoir passer du Cognac au Bordelais, du Beaujolais à la Bourgogne, ou justement de la Provence au Rhône. Les cartes de simple localisation, c’est-à-dire uniquement ponctuelles, et qui d’ailleurs utilisent la technologie plutôt vieillotte de Google – pour ne pas dire bien cheap ! -, ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble… On est bien dans la logique imposée par les institutions des vignobles, et non dans celle du touriste. Des frontières apparaissent, qui entravent la fluidité des pratiques.

Une cartographie pensée pour la mobilité, sans frontières internes.

La cartographie devrait être pensée comme un outil au service du touriste. Je suis en week-end à Toulouse, que me propose-t-on dans un rayon d’une heure de route ? Je suis à l’hôtel à Strasbourg, où puis-je aller facilement en train dans le vignoble alsacien sans louer de voiture ? Je passe mes vacances à vélo sur les bords de la Loire, que puis-je voir sans difficulté à proximité des pistes cyclables ? Et cerise sur le gâteau, je suis en Provence à Arles, que ce passe-t-il du côté des Costières de Nîmes (une grosse demi-heure de route, mais deux mondes qui paraissent s’ignorer) ?

Bref, j’ai déjà attiré votre attention sur la question de la cartographie dans un précédent billet, il y aurait beaucoup à faire en la matière. Mais cela nécessite un décentrement intellectuel et des compétences en cartographie. Outil merveilleux, mais qui pour l’instant n’est pas intégré à sa juste mesure par les professionnels du vin ou du tourisme. Le site fait référence au vélo, on souhaiterait pouvoir trouver sur le smartphone les parcours qui sont proposés. Là, rien… Ou alors dans un cadre préétabli que tout le monde n’aura pas envie de suivre. « Les 22 et 23 octobre 2016 suivez le balisage »… On en revient à une ère pré-smartphone.

Seul le Beaujolais paraît innover avec des audioguides téléchargeables gratuitement, et des cartes sur GoogleEarth. C’est un début.

Que propose le site VisitFrenchWine.com sur le fond ?

Top 30 des termes utilisés

Glisser la souris pour faire apparaître les données.

On le voit, il s’agit bien de découvrir des châteaux pour y mener une dégustation. On rencontrera donc des vignerons – beaucoup moins de vigneronnes, seulement 9 occurrences pour 121 pour le mot au masculin – dans leur cave ou leur domaine.

La vieille dualité viticulteur – pardon, vigneron – négoce est passée sous silence. Le négoce apparaît en effet sous la dénomination plus sexy de « Maison », avec une majuscule. Soit. Mais pourrai-je donc voir des vignerons si je vais dans le Cognac ? Ou en Champagne ? Vous vous doutez de la réponse. Il faudra faire d’autres recherches sur le net. Et la coopération viticole semble complètement occultée en tant que telle. On connaît son vieux complexe, et c’est dommage. Elle devrait être un acteur clé de l’œnotourisme en France, ce qui est le cas dans certaines régions, mais est loin d’être la norme. Et je ne parle pas de seules dégustations, mais de programmes œnotouristiques élaborés.

Et justement, qu’est ce qui est proposé ?

L’association avec la gastronomie est bien représentée, et c’est logique.

Ceci dit, lorsque l’on sort du triptyque dégustation (3,5 %) – restaurant (0,6 %) – cuisine, le nombre d’occurrence des termes chute vite, tout comme les thématiques.

L’art sous différentes formes est également une association privilégiée. Je laisse les termes de « fête » et « festival » en supposant qu’il puisse y avoir des concerts par exemple.

On remarquera à ce propos la forte représentation du jazz comme genre de musique. Loin de moi l’idée de tomber dans des clichés, mais ce style de musique s’adresse tout de même de manière privilégiée à des catégories socio-professionnelles diplômées, aisées, et plutôt dans la force de l’âge.
Quid des musiques actuelles ? Quid des jeunes ?

Comment accroître le nombre de touriste si l’on s’adresse de manière privilégiée à la partie de la société qui est déjà la plus intéressée par le vin ? Le tourisme ne serait-il pas une manière privilégiée d’attirer au vin des néophytes ?

Des néophytes amateurs ou amatrices d’art et de musiques actuelles, rivés à leurs smartphones et particulièrement mobiles les week-end et l’été par exemple, ça ne vous dit rien ?
Des gens pour lesquels les termes d’échange, de solidarité, de participation, de sociabilité – tiens, ne parlait-on pas de coopération un peu plus haut ? – sont devenus essentiels, ça ne vous dit rien non plus ?

À suivre.


Méthodologie : le corpus de texte a été pris sur le site VisitFrenchWine.com le 25 mai 2016, et analysé grâce au logiciel d’analyse textuelle TXM. Le texte total est composé de 47718 mots, qui a été nettoyé de tous les articles et autres pronoms pour en arriver à un corpus de 8319 termes (seuls les mots apparaissant plus de 5 fois sont retenus, soit 460 termes sur lesquels sont faites les statistiques. J’ai supprimé les termes vin (602 fois), vignoble (332) et vigne (176).
Les photographies ont toutes été récupérées (194 fichiers au total) le 25 mai 2016 et seront analysées selon une grille de lecture.

Les Finger Lakes : un vignoble métropolitain

Panorama du lac Seneca (USA)

Le vignoble des Finger Lakes (USA) est assez méconnu en Europe. Rien d’étonnant à cela, il ne joue certainement pas dans la même catégorie que les vignobles européens du Haut-Douro, de Tokaj ou de Bordeaux. Et pourtant, ce vignoble est à rattacher à la ville la plus puissante au monde, New York. Mais on est certainement au début de quelque chose, et nombreux doivent être les new-yorkais qui ignorent jusqu’à l’existence de cette région située au Sud-Est des Grands-Lacs, sous le lac Ontario pour être plus précis.

L’ancienne entreprise Urbana, aujourd’hui abandonnée.

Et pour cause, la région s’est récemment tournée vers des vins de qualité, le vignoble est d’une taille modeste, et les Nord-Américains ne s’intéressent dans leur majorité au vin que depuis peu. Le vignoble est en effet relativement ancien – le vignoble date du XIXe siècle selon l’historien Pinney -, mais s’est longtemps complu dans la production de vins de type champagnisé avec des cépages hybrides. Deux entreprises majeures dominaient la région, Urbana Wine and Co et Pleasant Valley (encore appelée Great Western). On trouve leurs vins dans des menus de restaurants américains, par exemple dans l’une des plus anciennes tavernes new yorkaise, la Fraunces Tavern. La première est à présent en ruine. La seconde est toujours active, et se targue d’être la première « bonded winery », c’est-à-dire la première entreprise officielle payant des taxes au lendemain de la Prohibition (1919-1933).

Un bâtiment devenu monument historique.

L’orientation qualitative au sens où nous l’entendons ne date que depuis peu, avec l’introduction de Vitis vinifera. Cet un émigré d’origine allemande, le Dr Constantin Franck qui est à l’origine, avec le centre de recherche de la ville de Geneva, de l’introduction des cépages de qualité.

La winery à l’origine de l’introduction des plants de Vinis vinifera.

Il faut bien l’avouer, la région est froide, voire très froide. Cette façade Ouest de l’Atlantique est longée par le courant marin froid du Labrador et peut être affectée par des coulées d’air très froid, d’origine polaire, comme ce fut le cas à la fin de l’hiver 2013-2014 et au début du printemps.

Les températures ont pu atteindre -20°c en janvier et février dans les vignobles situés entre l’Ontario canadien et les Finger Lakes, ce qui constitue des températures risquées pour les vignes. Aussi les vignes sont-elles enterrées de façon à les protéger du froid. Le principe est astucieux : la couche de terre, elle-même recouverte d’une couche de neige, permet de créer un isolant thermique. Ce sont surtout les retours de froid au printemps qui sont à craindre. Cette région fut décrétée en « désastre agricole » par les autorités de l’État de New York du fait de la destruction des bourgeons de vignes au printemps. À Geneva (située sur la côte Nord du plus grand des lacs des Finger Lakes), la température tombe à -21,1 °c le 6 mars 2014 pendant toute une semaine de grand froid…


Les ceps de vignes sont protégées par une couche de terre, puis par la neige qui fait office d’isolant thermique pendant l’hiver.

La région produit désormais des vins de qualité, dans lesquels les principaux cépages sont dominés par les blancs, riesling en tête. Et c’est sans doute le cépage blanc qui fait le plus parler de lui aux États-Unis. On trouve d’ailleurs des vins de la région dans les plus grands restaurants new-yorkais. Cela occasionne un développement du vignoble assez marqué. Les principales wineries sont récentes, et situées sur le pourtour des lacs même, et non plus un petit peu en arrière comme c’était le cas pour les deux entreprises historiques.

Une exploitation bovine. On remarquera les vaches Holstein, vaches de la mondialisation.

Et d’ailleurs, à une échelle locale, ces nouvelles implantations se lisent très bien dans les paysages : elles forment une toute nouvelle auréole sur les rives mêmes des lacs, plus proches de l’eau que ne l’étaient les exploitations traditionnelles d’élevage bovin. Très généralement rouges – j’imagine que c’est lié à l’utilisation du sang des animaux pour la coloration des bois -, elles se situent très légèrement en arrière des coteaux. Les nouvelles wineries sont construites selon d’autres couleurs et d’autres apparences architecturales, et tranchent donc vigoureusement dans les paysages.

Une nouvelle winery (Seneca Shore Wine Cellars) : architecture minimaliste, couleur bleue.

Elles sont comme aimantées par l’eau. Peut-être pour des raisons climatiques. Encore que je doute de cette raison, certaines d’entre-elles sont exposées aux vents froids du Nord, il y a fort à douter que les lacs entraînent réellement un réchauffement des températures printanières, et doivent plutôt jouer à l’inverse avec des réservoirs d’eau à peine dégelée de l’hiver… Peut-être cela joue-t-il davantage à l’automne en créant une micro-arrière-saison plus douce. À mon avis, la véritable raison tient plutôt à deux éléments majeurs : le tropisme qu’exerce la route principale sur les wineries d’une part, et d’autre part au paysage qui est ainsi plus facile à valoriser.

Un bed and breakfast dans la petite ville cossue de Keuka.

Nous sommes bien dans le cadre d’un vignoble métropolitain : un vignoble complètement inféodé à la demande urbaine – et quelle ville ! New York…- et qui prend de ce fait des allures particulières. La plus évidente d’entre-elles, c’est la forte mise en tourisme des Finger Lakes. Et qui plus est sur une bande qui n’est guère étendue, on tombe vite dans les paysages de forêts ou d’élevage bovin intensif sans grand intérêt pour le visiteur. En revanche, sur les bords des différents lacs, on trouve un nombre incalculable d’hôtels (de toutes les formes possibles et imaginables, du motel américain au bed and breakfast cosy en passant par la location airBnB dépouillée pour hipster en mal d’aventure), de restaurants, et de résidences secondaires cossues. De nombreuses activités contribuent à brosser un tableau d’aire de jeu pour urbains aisés : golfs (une vingtaine dans le secteur, et oui, vous avez bien lu !), nautisme, équitation…

Une grange traditionnelle.

Même les « petites maisons dans la prairie » donnent un air champêtre qui doit parler à l’idéal américain. On est loin de la Californie et de ses puissantes wineries : c’est le règne de la petite structure, même si certaines d’entre-elles appartiennent en réalité à de puissants groupes. Le très puissant Constellation, 2e groupe américain, (situé à Rochester) provient d’une entreprise encore appelée avant 1998 Canandaigua Brands, du nom d’un des lacs (ou de la petite ville éponyme).

Bref, tout est fait pour que vous puissiez passer un bon moment dans un espace rural complètement métamorphosé sous emprise urbaine. C’est bien ce vers quoi se tourne la majeure partie de nos vignobles, avec souvent un grand retard. Toutes les activités sont possibles et imaginables dans les Finger Lakes, cela pourrait donner des idées à certains professionnels. Même la cartographie pour repérer les wineries en dit long ; je vous laisse regarder ce site.

Cliquer ici pour accéder à la cartographie en ligne.

D’une facilité déconcertante pour qui veut trouver une entreprise. Un contre-exemple ?
Le Médoc. Pas même une carte sur le site pour guider le visiteur. Et pourtant, vous êtes prévenu, « plus d’un millier de châteaux »…

Source : Medoc-bordeaux.com

Un peu mieux pour Fronsac, mais ni les numéros de routes, ni les directions, ni les autres activités (restaurants, hébergements…) ne sont indiqués.

Source : www.vins-fronsac.com

Bref, nous avons du chemin à faire en matière d’œno-tourisme.

Une nouvelle carte des pesticides en France

Traitement des vignes.

Sans doute aurez-vous vu cette carte proposée par l’émission Cash Investigation du 2 février 2016 (en replay ici) : les pesticides dangereux. Elle pose de multiples problèmes de cartographie, et fausse donc sa lecture.


Tout d’abord parce que des valeurs absolues ne doivent pas « colorier » entièrement un espace, ici les départements, car elles intègrent sinon un effet de taille. Les grands départements apparaîtront surreprésentés. Il est donc nécessaire de passer à une représentation en cercles proportionnels.

Ensuite parce que la discrétisation proposée (difficile à lire d’ailleurs) repose sur des seuils conventionnels (les valeurs en milliers de tonnes), alors qu’elle devrait se faire en fonction de toute la série statistique. C’est là que l’on peut intégrer la superficie de l’espace considéré. Idéalement, en ne prenant pas tout le département, mais la Surface Agricole Utilisée (ce qui retire par exemple la haute montagne non cultivée dans certains départements) du RGA 2010. Pour davantage de finesse, j’ai également retranché les surfaces en culture biologique, puisque normalement non traitées. Les données se trouvent ici [Pesticides].

Plusieurs discrétisations peuvent alors être proposées.

En tranchant dans le vif, on peut faire émerger les départements qui ont un taux de pesticides supérieur à la moyenne par rapport à ceux qui sont en dessous.

Une France contrastée

Ou alors privilégier une discrétisation par moyennes emboîtées, ce qui donne davantage de finesse à la carte.

Les deux France des pesticides

Une autre méthode peut être utilisée afin de dégager des écarts par rapport à la distribution en utilisant l’algorithme de Jenks [voir ici en page 22]; elle permet d’atteindre un autre degré de précision.

Les deux France des pesticides v.2

Certes, ces différentes cartes ne modifient pas du tout au tout celles de Cash Investigation. Notamment parce que les départements français ont globalement (à part les départements insulaires) des dimensions similaires (ils sont créés par la Révolution française pour que tout le territoire puisse être atteint en une journée de cheval). Et la faiblesse relative de l’agriculture bio n’amène pas beaucoup de variations non plus. Les surfaces ne dépassent jamais plus de 16 % de la SAU.

Mais tout de même. Une opposition France de l’Ouest / France de l’Est apparaît plus nettement. La première est davantage sous l’emprise des pesticides, avec des « régions » particulièrement concernées : un grand Bassin Parisien auquel on peut adjoindre le Nord de la France, terre des grandes cultures céréalières ou industrielles ; un quart Nord-Ouest avec des contrastes importants (moins de pesticides à l’intérieur, mais le Finistère et la Loire-Atlantique plutôt concernées par le phénomène, avec la viticulture et le maraîchage) ; enfin un grand Sud-Ouest viticole ou arboricole. C’est la France des grands espaces, souvent mécanisés.

La France de l’Est est globalement moins touchée par l’utilisation des pesticides, à l’exception des espaces viticoles (Champagne, Alsace, vallée du Rhône et pourtour méditerranéen). En fait, ce sont les régions de montagne (le vide du Massif Central est particulièrement expressif), plutôt orientée vers l’élevage, souvent de manière extensive, qui utilisent le moins de pesticides.

In fine, c’est sans doute moins la question climatique qui intervient comme on le dit – même si elle doit avoir son rôle – que l’insertion des différentes régions dans la mondialisation. Ce qui procède donc d’un choix de société : nous avons souhaité avoir des régions agricoles puissantes, créatrices d’emplois, exportatrices dans le monde entier (et avons-nous véritablement le choix ?). Certaines dégagent des revenus considérables – à nuancer tout de même -, d’autres sont bien plus à la peine, on le voit avec les éleveurs en ce moment.

On me le reprochera peut-être, mais je n’irai pas plus loin dans l’analyse des données.

Le débat est complexe, et nous manquons cruellement d’informations. Un lointain rapport de 2004 évoquait ce point ; il ne me semble pas que l’on ait beaucoup progressé sur la question. Preuve en est l’accès à l’information (voir ci-dessous).

Les données utilisées par Cash Investigation manquent de précisions, et traduisent bien la difficulté à se procurer des données fiables et précises :

Les données avec lesquelles nous avons travaillé proviennent du ministère de l’Écologie. Le ministère de l’Agriculture exerce également un droit de regard sur leur publication. Elles sont confidentielles et couvrent une période qui s’étend de 2008 à 2013 (et de 2009 à 2013 pour l’outre-mer).

Source : Quels pesticides dangereux sont utilisés près de chez vous ?, France-TV, 2 février 2016.

Il serait bien plus intéressant d’avoir des informations par communes.

Il est tout de même extraordinaire que ces données ne soient pas publiques. On trouve des embryons d’informations sur le site Agreste, mais difficiles à lire, et seulement par bassins viticoles… Tout comme d’ailleurs celles qui concernent les agriculteurs eux-mêmes : très exposés aux traitements qu’ils utilisent – on remarquera sur la photo ci-dessus que le producteur ne se protège pas… pensant sans doute que la cabine suffira bien -, aucune information fiable n’est disponible à ma connaissance. Il y a pourtant plusieurs années, la Mutualité Sociale Agricole avait déclaré mener des analyses en ce sens… Que ne sont-elles devenues publiques ? La Revue du Vin de France évoquait naguère une véritable omerta dans la profession.

Une chose est certaine : la pression monte dans l’opinion publique. Ni les pouvoirs publics ni le monde agricole ne pourront bien longtemps rester sourds à ces demandes de transparence.

La fin des droits de plantation ou « la ferme des mille vignes »

Vignes récemment plantées sur les bords du Rhône.

Au 1er janvier 2016, le monde du vin vient de connaître un changement majeur : la libéralisation des plantations de vignes. Enfin presque… Celle-ci touche pour l’instant la catégorie des vins dits sans indication géographique, les Appellations d’Origine Contrôlée (AOC) sont toujours contingentées. Et c’est sans doute souhaitable.

Il y avait donc des droits de plantation direz-vous ? En effet, le vignoble français est étroitement contrôlé depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le Décret n°53-977 du 30 septembre 1953 « relatif à l’organisation et l’assainissement du marché du vin et à l’orientation de la production viticole » encadre strictement la plantation de vignes. Un principe qui sera d’ailleurs étendus à la Communauté Européenne, puisque repris en 1970 dans le droit européen par l’Organisation Commune du Marché Viti-vinicole (dite OCM-vin). Quels étaient les buts d’une telle régulation ?

Source : Décret n°53-977 du 30 septembre 1953.

En simplifiant, on cherche alors à éliminer les cépages hybrides gros producteurs (comme le noah ou le baco), à diminuer la surface viticole de la France alors en surproduction, ou encore à améliorer la qualité des vins en poussant les viticulteurs à créer des AOC. Dans la longue durée, on perçoit bien combien les surfaces en vignes sont venues se concentrer sur les espaces les plus qualitatifs, globalement ceux possédant des AOC.

Concentration et diminution des vignes en France (1970-2010)
[Cliquez sur la figure pour l’agrandir]
surf_1970_2010Sources : RGA 1970 – 2010

Le phénomène s’est développé en permettant aux viticulteurs professionnels d’acquérir des droits de plantation que délaissaient (un peu contraintes tout de même…) les régions les moins aptes à produire des vins de qualité. Ou pensées comme telles.

Le transfert des droits de plantation en Loire-Atlantique

[cliquez sur la carte pour l’agrandir]
Figure n° 63

Source : R. Schirmer, 2010, Le Muscadet, PUB, p. 307.

On le voit nettement à l’échelle de la Loire-Atlantique, dont la frange Nord a petit à petit abandonné toute vigne, à l’exception des Coteaux de la Loire, au profit du Sud, et notamment du Sèvre-et-Maine. Un processus que l’on rencontre ailleurs.

Il en va de même à l’échelle européenne :

« Une organisation commune du marché viti-vinicole a été progressivement mise en œuvre depuis 1962 dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC). Le but de la PAC est d’atteindre les objectifs de l’article 33 du traité, et notamment, dans le secteur viti-vinicole, de stabiliser les marchés et garantir un niveau de vie équitable pour les viticulteurs. La réalisation de ces objectifs suppose, d’une part, l’adaptation des besoins aux ressources en agissant sur l’offre par la gestion appropriée du potentiel viticole (…) et, d’autre part, le recours à des mécanismes de marché pour préserver son équilibre et éviter les excédents (…) ».

Source : Bahans, J.-M., Menjucq, M., 2003, Droit du marché viti-vinicole, Féret, p. 129

Autrement dit, l’action sur l’offre de vin – via les surfaces viticoles – a été conçue comme l’instrument qui stabiliserait les marchés et permettrait une relative prospérité du monde du vin. Un monde viticole, faut-il le rappeler, alors pensé comme étant celui de la petite exploitation familiale. La volonté de protéger le monde du vin d’une industrialisation telle que la connaissent au contraire d’autres domaines agricoles, de la céréaliculture au secteur laitier, guide le législateur. Les vignobles ont donc échappé à ceci :

La Beauce à 300 km/h…
[vous n’êtes pas obligés de regarder la vidéo en entier…]

La régulation a eu pour objet de maintenir des campagnes viticoles denses, faites d’une multitude de petites exploitations paysannes. À des degrés divers selon les régions bien sûr. Mais on touche aux mythes fondateurs de la France. C’est sans doute la Bourgogne qui est allée le plus loin dans ce sens, tant dans l’exacerbation d’un folklore vigneron que dans la consécration de ses « climats« . On lira avec profit les travaux de Gilles Laferté et d’Olivier Jacquet.

Le village de Vosne-Romanée (Bourgogne).

La conséquence ? Un négoce français et même européen plutôt petit, atomisé. Surtout au regard de ce que connaît le Nouveau Monde, dont on rappellera que le premier producteur mondial est californien, le groupe Gallo.

Et c’est justement ce modèle qui inspire la Commission européenne en 2008 lorsqu’elle décide sous la présidence de Mariann Fischer Boel de libéraliser le secteur viti-vinicole communautaire pour lutter contre la concurrence des vins du Nouveau Monde. Le constat est simple : nos opérateurs ne sont pas assez puissants pour lutter à armes égales contre les entreprises américaines, chiliennes ou australiennes. Il est donc nécessaire de libéraliser le secteur viti-vinicole de manière à leur permettre de monter en puissance.

Installations vinicoles de dimension industrielle (vallée de la Barossa, Australie).

Une politique qui s’inscrit dans une pensée libérale plus vaste qui propose, pour réduire le coût de la PAC, de supprimer l’obligation de jachère et les quotas laitier. Dont acte, le secteur laitier est par exemple libéralisé depuis avril 2015. Une « ferme des mille vaches » est apparue, au grand dam des tenants de l’exploitation paysanne.

On remarquera à ce propos que le monde viticole est tout de même un lobby puissant : il a réussi à limiter la libéralisation du secteur. On pourra lire les points de vue des professionnels dans ce rapport de 2010. Mais un lobby moins puissant qu’il n’y paraît, puisque la mesure est en demi-teinte : les AOC sont exclues de la réforme jusqu’en 2018, et seuls les vins sans IG sont pour l’instant libres de plantation.

Quelles sont les conséquences de cette dérégulation ?

Vignes sur le terril d’Haillicourt.
Source : La Voix du Nord.

Tout d’abord, et c’est effectivement le côté sympathique de l’affaire, des vignes vont pouvoir être plantées partout. La Normandie et la Bretagne, pour en rester à la France, se réjouissent déjà. Mais il y a fort à parier que ces plantations seront limitées, et qu’elles se feront à l’initiative de quelques passionnés, de restaurants ou d’hôtels. Sans doute sur un modèle proche de ce qui existe déjà sur les terrils du Nord de la France ou à bientôt à Rouen.

Dans les régions viticoles déjà existantes, il est possible que de puissants opérateurs (négoce et/ou grande distribution) mettent en place des filières pour s’approvisionner en vin avec des volumes conséquents et les revendre en entrée de gamme. Le maire d’une commune de Champagne s’est fait l’écho d’une telle crainte. On pourrait imaginer que ce soit également le cas pour des vins peu valorisés, comme le rosé, ou les boissons fruitées à base de vin (du chardonnay à la pêche par exemple).

Évolution des ventes de vins tranquilles en bag in box par catégorie
Source : FranceAgriMer,Les Ventes de vin tranquilles en grande distribution, 2013.

Avec la montée en puissance du bag in box et la faible valorisation des vins qui sont vendus par ce biais en grande distribution, on peut s’attendre à une banalisation de cette boisson qu’est le vin. Pour ressembler à ce qui peut se faire dans le domaine des spiritueux, de l’eau ou de la bière par exemple.

Bière dont on rappellera qu’elle vient de connaître des fusions d’entreprises sans précédent. Avec désormais quelques grands brasseurs mondiaux qui dominent l’essentiel du marché mondial (voir l’infographie ici). Le monde du vin européen était à des années lumières de telles stratégies. C’est peut être justement un verrou qui vient de sauter et devrait permettre un rattrapage. Avec des conséquences sur des paysages qui témoigneront de cette industrialisation. Monotonie paysagère, et diminution drastique du nombre d’exploitants dans les vignobles les moins valorisés…

Désolé de vous accabler, mais voilà ce que cela peut donner en Australie, dans la région du Riverland. Ça rappelle un peu la Beauce, non ?

Parcelles démesurées, région du Riverland (Australie du Sud).

Des « fermes des mille vignes » risquent bien d’apparaître*.


 

* : le nombre de ceps de vignes sera bien sûr sans commune mesure. Pour une exploitation de 100 ha, on peut facilement atteindre les 500 000 pieds.

Amazon, le vin et les pendaisons de crémaillère

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

Depuis le 23 septembre dernier, Amazon-France a ouvert une épicerie en ligne. Un « rayon » vin est proposé aux internautes. Rien de très surprenant à cela, l’entreprise le fait déjà aux États-Unis depuis 2012 (après plusieurs échecs), et en Chine depuis peu. « L’arrivée se veut discrète, mais constitue une violente secousse pour la distribution traditionnelle » écrit Morgan Leclerc sur le site LSA. C’est peut-être vrai pour les boîtes de conserve ou l’alimentation bébé, cela reste à démontrer dans le domaine du vin. Ou alors, Amazon va devoir faire de sacrés progrès…

Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’il n’y a aucun système de classement des vins par régions. Il faut donc utiliser le moteur de recherche. Vous cherchez un vin de Tokaj ? Impossible de trouver, le site vous propose des livres ou des posters. Et pourtant, il y a bien des références. Afrique du Sud ? C’est seulement sur la 2e page de recherche que vous trouverez une bouteille perdue au milieu des sachets de thé. En tapant « Languedoc », seulement quelques références apparaissent, sans que l’on comprenne bien ce qui apparaît sur près de 600 vins de cette région… Pas certain que cela motive les amateurs de vin.

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

D’autant que l’on se rend rapidement compte que l’on a affaire à un algorithme qui ne doit pas y connaître grand chose dans le domaine du vin… On se demande même s’il y a un être humain un tant soit peu connaisseur derrière ! Du calvados apparaît au milieu des vins (rappelons à Amazon que c’est une boisson faite à base de jus de pomme distillé), tout comme des boissons aromatisées « à base de vin » (on est à la limite de la légalité, la grande distribution doit séparer ces boissons du vin proprement dit dans les étals), ou pire, l’utilisation de termes protégés par la loi. Un « bordeaux blend » pour un vin néo-zélandais… pas certain de que le CIVB apprécie.

 

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

Ou encore un « Pinot brut rosé Champagne » allemand. Quand on sait combien les Champenois sont chatouilleux quant à l’utilisation de ce terme, nul doute qu’Amazon va devoir corriger sa copie.

Les erreurs viennent tout simplement, au delà de la négligence, de la traduction automatique. Un domaine Moss Wood devient un « Moss Vale bois ruban ». Un Lion’s Pride est rebaptisé « Fierté Réserve 2013 sec du Lion ». Les accents français sont bien délicats à gérer : la cuvée Les Crès du domaine Borie les Vitarèles finit par ressembler à un vin tchèque…

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

Le plus amusant, et ce peut-être une bonne idée d’achat si vous célébrez une pendaison de crémaillère, un Paringa Estate devient un « Paringa immobilière ». Et oui, estate se traduit par domaine…

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

Mais il est aussi des lacunes culturelles ! Un cognac « grande champagne » n’est pas un vin de Champagne ! Et c’est pourtant là qu’on le trouve…

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

Les AOC ont leurs subtilités qu’Amazon méconnaît. L’Entre-Deux-Mers devient :

Source : copie d’écran du site Amazon.fr (le 28 septembre 2015).

Bref, tout cela ne paraît pas très sérieux. Cela provient tout simplement de l’agrégation de catalogues qui sont ceux des fournisseurs d’Amazon. Ce qui explique la géographie de leur approvisionnement. On pourra facilement trouver des vins anglais dans la catégorie des vins pétillants ; ils proviennent d’un fournisseur situé au Royaume-Uni. De nombreux vins ont leur année d’élaboration indiquée sous la forme « 2014er », parce qu’ils sont au catalogue d’un magasin allemand.

Les vins pétillants sur Amazon.fr
[Cliquer sur la carte pour l’agrandir]
Champ_Mousseux

De là provient aussi l’importance relative données aux vins du Sud-Ouest et du Languedoc-Roussillon ; ils sont proposés par deux fournisseurs spécialisés dans ces vins.

Les vins tranquilles français sur Amazon.fr
[Cliquer sur la carte pour l’agrandir]
Vins_tranquilles

Aussi l’offre ne cesse-t-elle de s’étoffer. À mesure que de nouveaux magasins ou négociants sont agrégés à la base de données, le nombre et l’origine des vins varient. Je ferai sans doute une nouvelle carte un jour, si Amazon facilite la tâche des consommateurs en classant ses vins par régions et pays. C’est sans doute le moins que l’on puisse attendre d’un tel site.

Les vins tranquilles du monde sur Amazon.fr
[Cliquer sur la carte pour l’agrandir]
Vins_monde

En espérant aussi que l’offre devienne plus exotique. C’est à mon sens ce qu’il y a de plus frustrant dans ce que l’on peut trouver sur Internet : la géographie des vins proposés est somme toute bien banale au regard de ce que ce médias pourrait permettre. J’écrivais déjà en 2009 : « Internet devrait insuffler une nouvelle modernité dans le monde du vin. Tant en ce qui concerne l’approvisionnement en crus issus de la planète entière, qu’en ce qui concerne les connaissances que le web marchand pourrait apporter. L’interactivité que permet le média plaide dans le même sens. Fort paradoxalement, dans la dialectique entre le caractère novateur du Net versus le monde plus feutré et plus classique du vin, le second semble l’emporter. » Je concluais d’ailleurs mon article ainsi : « Bref, un goût amer perdure lorsque l’on s’intéresse à la vente de vin par Internet et aux novations que le média pourrait introduire. A ce jour en tout cas. ».

Il n’est pas certain que la situation ait beaucoup évolué depuis.
Hélas.

 


 

Méthodologie : Dépouillement de 43 pages sur 51 à la date du mardi 29 septembre (soit 1279  vins sur approximativement 1500 ) pour les vins tranquilles français et étrangers. Dépouillement exhaustif des vins pétillants à cette même date (144 vins).

 

Vinexpo 2015 : des airs de vin cépage ?

Le stand de Cahors est juste à côté de celui de l’Argentine

L’affirmation des vins de cépage n’est pas nouvelle, mais elle semble s’amplifier d’année en année. Vinexpo, le salon des vins organisé à Bordeaux tous les 2 ans (cette année du 14 au 18 juin 2015), ne contredit pas cette tendance. Il va de soit que cela n’empêche pas qu’il y ait coexistence avec d’autres manières de nommer les vins, mais tout de même. Quatre exemples parmi bien d’autres conforteront mon propos.

On connaît déjà la stratégie de certains vignobles pour se placer sous l’ombrage de régions paradoxalement plus renommées pour leurs vins de cépage à base de malbec. Pour ceux ou celles qui l’ignorent, la région de Cahors, grande productrice de ce cépage en France (localement appelé Auxerrois), s’appuie sur la renommée des vins argentins pour conquérir les marchés internationaux. Elle s’inscrit donc dans cette tendance qui veut que le cépage soit le point de repère primordial donné au consommateur, avant même la région d’origine. On trouvera des éléments d’explication sur cette tendance ici. Et une autre interprétation que l’on doit aux vins de pays d’Oc.


Visuel utilisé par le stand de l’IGP pays d’Oc sur le salon Vinexpo. S’en suit une longue liste de cépages…

Vaste débat, qui considère les AOC comme un carcan du fait de l’obligation d’utiliser tel ou tel cépage par exemple. L’un des moyens pour se faire une opinion serait justement de déguster des vins… avec des verres spécifiquement prévus pour les cépages.

La nouvelle gamme de verres propose une entrée par les cépages

Le fabricant de verre autrichien Riedel s’engouffre dans la voie en proposant une gamme de verres qui répond à cette entrée par le cépage. Avec bien sûr le plus imposant d’entre eux, le verre que l’on retrouve dans les films ou séries américaines : le verre à pinot noir, ou verre bourguignon. J’avais déjà évoqué le goût du personnage d’Olivia Pope pour ces verres dans la série Scandal. On les retrouve désormais partout… même chez Ikea. C’est dire ! Tout un symbole de la mondialisation.

Une scène banale de la série : Olivia Pope (Kerry Washington) buvant dans un verre inspiré des verres de type bourguignon.
Source : Scandal, saison 2 épisode 18.

Et justement : comment ne pas terminer avec le marché américain, premier marché mondial pour le vin ? Une conférence fort intéressante « Inside the US market » en collaboration avec la revue Wine Spectator, dont on pourra lire des éléments ici (en Anglais) insistait sur les opportunités que représente le marché américain. Réunissant rien moins que certains des acteurs les plus importants de ce pays (Annette Alvarez-PetersCostco ; Mel Dick – Southern Wine and Spirits ; ou Stephen Rust ; Diageo entre autres), elle met bien sûr l’accent sur ses spécificités. Au nombre desquelles apparaît bien sûr le rôle des marques commerciales que ces puissantes entreprises distribueront dans leurs supermarchés, leurs caves ou leurs restaurants. De la marque commerciale au cépage, il n’y a bien sûr qu’un pas. Tout incite le consommateur à choisir un cépage donné en fonction de son repas par exemple (un cabernet pour accompagner les viandes distribuées par Ruth’s Chris steakhouse, une des premières chaînes américaines, représentée lors de la conférence par Helen Mackey).

Annette Alvarez-Peters insiste sur le fait de bien comprendre le marché américain pour pouvoir espérer s’y installer.

Autant d’éléments qui, une fois encore, montrent combien la planète des vins change. Les anciennes manières de dénommer les vins par régions cèdent peu à peu le pas face aux dénominations par cépages. L’équilibre des pays producteurs et consommateurs ne cesse de changer, alors qu’on l’a longtemps cru immuable. Une aire de production et de consommation, centrée autour de l’Océan Pacifique, naît sous nos yeux. Même l’équilibre entre les salons professionnels dédiés au vin connaît une réorganisation frappante : Vinexpo est vivement concurrencé par le salon Prowein de Düsseldorf (Allemagne).

Si l’on s’intéresse au nombre d’exposants, le salon allemand domine nettement son concurrent historique.

[Cliquez sur les cartes pour les agrandir]
Nombre et origine des exposants de Vinexpo
Carte_Vinexpo_2015_2

Nombre et origine des exposants de Prowein
Carte_Prowein_2015_2

Et la tendance est impressionnante : Düsseldorf gagne des exposants d’un salon à l’autre, ce qui n’est pas le cas de Vinexpo. J’avais déjà évoqué cette évolution en 2013.

Évolution 2013-2015 pour Prowein
Carte_Prowein_2013_2015_2

Évolution 2013-2015 pour Vinexpo
Carte_Vinexpo_2013_2015_2

La mondialisation modifie l’équilibre géopolitique bâti autour de la France depuis plusieurs siècles.