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Le Cap (Afrique du Sud) et la crise de l’eau

La province du Cap en Afrique du Sud est confrontée à une grave sécheresse. Le vignoble, essentiellement irrigué, est face à une situation qui devrait l’obliger à évoluer.

Le front d’eau de la ville du Cap (Cape Town) et la Montagne de la Table en arrière-plan.

La ville du Cap à l’extrémité méridionale du continent africain est plongée dans une grave crise de manque d’eau. Sans précipitations supplémentaires dans les semaines ou mois qui viennent, les robinets risquent d’être fermés ; le “day zero” menace.


Source : Memeburn

Un plan de gestion des eaux en période de crise est activé par la municipalité de Cape Town : “les zones commerciales stratégiques, les zones à forte densité avec un risque accru de maladies et les services essentiels, comme les hôpitaux, continueront de recevoir de l’eau potable ». Des phases sont mises en place en fonction de la gravité de la situation. Pour l’instant, la population est rationnée en eau, avec 50 litres par jour par habitant.

Les vignes sont irriguées, les tuyau permettent de contrôler l’apport d’eau avec la technique du goutte à goutte (Vignoble du Cap).

Les reliefs arides en arrière-plan contrastent avec les vignes irriguées (Stellenbosch, Province du Cap).

Dans le court terme, la viticulture pâtit bien sûr de ces conditions. Comme je l’avais évoqué précédemment pour le Chili, certaines vignes sont abandonnées faute d’eau. Mais comme la période des vendanges arrive d’ici peu – vers le mois de mars -, la consommation est en nette diminution, jusqu’à devenir nulle au moment où les premières pluies arriveront lors de l’automne austral.

Pompe à eau permettant d’amener l’eau sur les premiers reliefs et d’irriguer le vignoble. Vignoble de Groot Constantia, Le Cap.

Retenue d’eau. Tout le vignoble est constellé de petites étendues d’eau pour l’irrigation (Le Cap).

Dans le long terme, le discours des autorités est teinté d’optimisme, voyant dans cette crise le moyen de réorienter le vignoble sud-africain vers des vins plus qualitatifs. En effet, les vins de ce pays sont peu valorisés : une grande partie de la production est faite pour le vrac, à des prix bien peu rémunérateurs.

Les exportations de vins dans le monde (en valeur – US$)

Source : Global Wine Markets, 1961 to 2009: A Statistical Compendium.

Avec le renchérissement du coût de l’eau, la viabilité de cette production est menacée. Cela devrait amener les professionnels à accroître la qualité de leurs productions. Remarquons au passage qu’il s’agit d’une des grandes interrogations de la nouvelle planète des vins : alors que les autres pays dits du Nouveau Monde ont tous connu un spectaculaire virage qualitatif, l’Afrique du Sud – tout comme l’Argentine d’ailleurs – est demeurée un pays plutôt orienté vers une production de masse. Elle connaît donc des difficultés, le nombre d’entreprises dans le secteur du vin ne cesse de diminuer : 4000 en 2004, 3000 en 2016.
Il faudrait aussi reconsidérer l’utilisation de l’eau à plus long terme. Une viticulture pluviale est possible, à condition d’accepter une baisse des rendements, et par conséquent d’orienter la production vers plus de qualité. Il en va probablement, dans un monde concurrentiel comme celui de la vigne et du vin, de la survie d’une partie du vignoble sud-africain.

Quelles sont les raisons de ce manque d’eau ? Une sécheresse exceptionnelle tout d’abord, comme le montre le graphique du Guardian, les précipitations sont au plus bas depuis 3 ans déjà.

Source : The Guardian.

De ce fait, les principaux barrages qui alimentent la ville et sa région sont asséchés. Le principal d’entre eux, le Theewaterskloof dam, n’a par exemple plus que 13,5 % de capacité de fourniture en eau.

La pointe Sud de l’Afrique est soumise à une anomalie géographique : la présence du courant froid de Benguela, qui remonte du Sud vers le Nord du continent, en stabilise l’air. L’anticyclone ainsi formé à la hauteur du Transvaal empêche les pluies de gagner le continent. Le désert du Namib, qui s’étend du Nord de l’Afrique du Sud jusqu’à la Namibie, témoigne de ce mécanisme azonal. Le réchauffement climatique aurait-il un rôle sur l’accentuation de l’actuelle sécheresse ?

Enfin, il faut tenir compte de l’urbanisation sans cesse grandissante de cette partie de l’Afrique. La demande en eau ne cesse de croître de ce fait même – accentuée par le développement du tourisme depuis la chute de l’apartheid en 1991 -, alors que les conditions climatiques poursuivent une courbe inverse. Comme d’autres villes cernées de vignobles, par exemple en Californie avec Los Angeles et San Francisco.

Une solution ?

« Économisez l’eau, buvez du vin ! » Berkeley, Californie.