Beaujolais : des paysages méconnus

Une équipe de vendangeurs du Château du Moulin-à-Vent – le 23 septembre 2016.

Le Beaujolais fait partie des vignobles qui ont le plus changé ces dernières années. Les dégustations menées par Jacques Dupont et Olivier Bompas permettent de s’en convaincre (ici, ici, et ). Aussi, petit à petit, l’image de vins faciles à boire et sans grande complexité tend-elle à laisser place à celle de vins de terroir.

Une cartographie de la géologie du Beaujolais. Source : Chambre d’Agriculture Rhône-Alpes.

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est peut-être là que le bât blesse. Un vin de terroir ne prend toute son ampleur dans l’imaginaire des consommateurs qu’à la condition qu’il soit associé à une identité forte. Celle-ci repose tout d’abord sur des associations mets-vins, plus complexes à mesure que le vin prend de l’âge. Nul doute à cela, les producteurs ont mené un gros travail de compréhension de leur substratum afin d’affiner les qualités organoleptiques de leurs crus. Une fine cartographie des terroirs – au sens restrictif du terme, c’est-à-dire axée uniquement sur les aspects physiques – a été menée. Et de nombreux viticulteurs de talents proposent à présent des cuvées parcellaires bien identifiées.

Mais peut-être manque-t-il une réflexion sur les paysages. Je ne suis pas persuadé – mais je ne demande qu’à me tromper – que beaucoup de gens associent le Beaujolais avec des paysages particuliers. Contrairement sans doute à la Toscane, au Val de Loire ou encore à Saint-Émilion… pour éviter de prendre des exemples parmi les vignobles situés un peu plus au Nord.

Le mont Brouilly et le hameau de Saint-Joseph (Villié-Morgon) dans la brume matinale.

Et pourtant, la douceur des collines granitiques répond à merveille à celle du gamay.

Le moulin à vent de… Moulin-à-Vent, un symbole fort d’une France viticole encore rurale.

Et pourtant, qui mieux que les petits villages de l’appellation, et notamment les dix villages élevés au rang de crus, peut dire le caractère paysan et artisanal des vins ? De quoi définitivement éloigner une image plus négative et industrielle du Beaujolais.

Un élément du petit patrimoine rural, souvent trop peu considéré.

Et pourtant encore, tout un petit patrimoine rural, constitué de clos, de petites bâtisses pour l’outillage des viticulteurs, voire même d’une forte présence de la taille en gobelet, serait à exploiter pour rendre ce vignoble unique dans l’imaginaire des consommateurs.

Granite, grès et silex. Un résumé du substratum sous les yeux du consommateur.

Ce serait encore des particularités liées à l’habitat rural traditionnel, comme ces anciens murs associant le granite et le grès ; ils témoignent du substratum avec une évidence facile à exploiter. Ils renvoient aux interactions qu’une société tisse avec son milieu « naturel ».

Étiquette de bouteille de gamay de la région de la Willamette Valley (Oregon).

C’est sans doute à ce prix que le beaujolais restera unique au monde. Si le gamay devient bien le nouveau cépage à la mode, comme le suggèrent déjà certains, d’autres régions dans le monde ne tarderont pas à faire d’excellents vins.

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Je remercie vivement le Château du Moulin-à-Vent et toute son équipe pour leur fantastique accueil.