Le vignoble de Pico (Açores), le vignoble le plus à l’Ouest de l’Europe

Le vignoble de Pico dans la matinée, le volcan est encore caché par les nuages

Si le vignoble de Pico présente des paysages extraordinaires, il figure paradoxalement parmi les moins renommés au monde. Et pour cause, situé à plus de 1600 km des côtes du Portugal – l’archipel des Açores est une région autonome de ce pays -, sur une petite île au beau milieu de l’Atlantique – le volcanisme est lié à la dorsale médio-océanique qui voit l’Océan s’ouvrir -, le développement touristique n’est que bien récent. L’absence de grandes plages et d’un ensoleillement conséquent ont joués en la défaveur du tourisme balnéaire. Le tourisme se développe à présent, mais davantage sous une forme rurale, ou naturelle (aussi bien lié au volcanisme et à ses manifestations qu’à la richesse de la faune marine, avec quantité de dauphins, orques ou baleines).

L’arrivée de vols low cost depuis les grandes villes européennes, mais aussi depuis les États-Unis – et particulièrement de Boston semble-t-il, où se trouve une communauté de migrants originaires des Açores -,  paraît doper le tourisme insulaire. Quant à l’offre hôtelière déficiente, elle est désormais contournée par un nouvel acteur du tourisme, qui contribue à ouvrir maints et maints logements : Airbnb. Le phénomène est impressionnant sur l’archipel.

La petite ville de Madalena, un tourisme encore frémissant

Le vignoble ne paraît pas encore en profiter pleinement, et c’est peut-être tant mieux. Le nombre de restaurants est pour le moins limité, et la coopérative de l’île n’est pas encore engagée dans une démarche œnotouristique.

Et pourtant, le petit vignoble de Pico est inscrit à la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le site de 987 ha (…) consiste en un remarquable réseau de longs murs de pierre largement espacés, courant parallèlement à la côte et remontant vers l’intérieur de l’île. Ces murs ont été érigés pour protéger du vent et de l’eau de mer des milliers de petits enclos (currais) rectangulaires, accolés les uns aux autres. La présence de cette viniculture, dont les origines remontent au XVe siècle, est manifeste dans cet extraordinaire assemblage de petits champs, dans les maisons et les manoirs du début du XIXe siècle, ainsi que dans les caves, les églises et les ports. Ce paysage modelé par l’homme, d’une beauté extraordinaire, est le meilleur témoignage qui subsiste d’une pratique autrefois beaucoup plus répandue.

Des murets parallèles les uns aux autres, eux-mêmes subdivisés en petits clos

Une « beauté extraordinaire » effectivement. Elle s’apprécie aussi bien dans les détails qu’avec un regard panoramique. Dans le détail, le réseau de murets de pierres sèches est prodigieux. Constitué de pierres de basalte, les murs forment de vastes rectangles à l’intérieur desquels se logent de petits clos. La protection des vents et des embruns est sans doute nécessaire, mais ces murs sont aussi des marques d’appropriation pour chacune de ces parcelles. De multiples cabanes, hier destinés à entreposer des outils, recueillir de l’eau ou encore se reposer, parsèment les enclos.

Murets et cabane de vigneron dans un paysage minéral

En levant les yeux, de splendides panoramas apparaissent : soit vers l’île voisine de São Jorge, soit vers le volcan – pour peu que les nuages le laissent apparaître -, soit vers d’autres horizons du vignobles. Ici ou là se dévoilent quelques ébauches de terrasses, rendant les paysages plus complexes encore.

Le paysage de murets en direction de l’île de São Jorge visible en arrière-plan
Le paysage cette fois en direction du volcan, libéré des nuages matinaux
Lorsque le relief devient plus tourmenté, des terrasses de basalte apparaissent

Un paysage minéral de toute beauté.

D’où vient cette absence de renommée, non seulement pour les paysages, mais aussi pour les vins eux-mêmes ? L’essor tardif du tourisme doit certainement avoir sa part de responsabilité. Ou peut-être pas d’ailleurs : l’argent facile aurait pu peser sur le vignoble, comme sur certaines îles ou littoraux grecques et espagnols, où l’agriculture pâtit de la concurrence foncière et économique. Les conditions naturelles ? Non, preuve en est que les vins sont désormais de qualité. C’est sans doute par défaut qu’il faut comprendre l’absence de renommée : il manque un acteur essentiel à ce vignoble, qui a pu faire la différence à Madère, aux Canaries, ou encore sur les côtes européennes. La présence d’une diaspora anglaise, et derrière cela, la constitution de réseaux commerciaux à l’échelle de l’Océan Atlantique, est sans doute ce qui manque aux Açores pour parvenir à faire éclore un vignoble renommé. Tout au contraire de Madère, dont les vins étaient tout autant consommés à Londres qu’à Philadelphie. Pour ne pas parler de ceux de Porto.