La Californie en proie au feu

La Californie a connu une crise sans précédent avec des incendies dévastateurs. Mettraient-ils en perspective des dysfonctionnements par rapport à l’environnement et à l’utilisation de l’espace ?


Source : Comté de Sonoma.

La Californie vient d’être ravagée par des incendies spectaculaires, avec plus d’une quarantaine de morts, et des destructions matérielles sans précédent.  Plus de 90 000 ha ont été dévastés, soit près de dix fois la superficie de Paris intra-muros. Il faudra de nombreuses années pour compenser ces pertes matérielles. À cet égard, plusieurs entreprises produisant du vin, les wineries, ont été détruites. Des vignes sont également affectées par le feu, soit directement, soit par les fumées alors même que les vendanges étaient encore en cours dans certains secteurs, soit encore par les produits anti-feu déversés. On pourra voir des images saisissantes sur le site du New York Times, du Los Angeles Times, ou de journaux locaux de la vallée de la Napa ou de la Sonoma. Ou encore sur cette vidéo tournée par des pompiers de Berkeley.


Source : Berkeleyside.

Rappelons-le tout de même, cet événement se déroule tout juste quelques semaines après que la côte Sud-Ouest des États-Unis ait été frappée par les ouragans Irma et Maria. Puissent ces destructions faire réfléchir l’administration Trump en matière de réchauffement climatique.

Les vignes bien vertes, parce qu’irriguées, contrastent avec les reliefs beaucoup plus secs à la végétation grillée l’été. Vallée de la Sonoma (Californie).

L’une des causes majeures des incendies provient de la longue sécheresse qui affecte la Californie, et dont on peut supposer qu’elle est en lien avec le réchauffement de la planète et très probablement des modifications de la circulation des courants marins. Le phénomène El Niño a connu une vigueur anormale ces dernières années. Dans le temps court, une vague de chaleur sans précédent a également frappé la Californie cet été, non sans répercussion sur la récolte et la qualité des vins. Avec les vents violents qui se sont levés pendant la période de la catastrophe – un phénomène de foehn qui accentue la sécheresse de l’air ambiant -, tous les ingrédients étaient réunis pour que des feux catastrophiques se développent. Mais qu’ils aient une telle ampleur est surprenant, et bien sûr attristant.
Il est ainsi frappant de voir que le premier État américain en termes de PIB ou d’innovations – la Silicon Valley se trouve au Sud de la baie de San Francisco -, correspondant à l’une des premières puissances au monde, paraisse aussi vulnérable face à des catastrophes “naturelles”. Mais le sont-elles vraiment ?

La sélectivité de l’espace est très forte : aux espaces plans l’agriculture ou les habitations, aux reliefs la végétation « naturelle ». Vallée de la Napa (Californie).

Ce qui est étonnant, c’est bien le fait qu’il semble qu’à mesure que nos sociétés reposent sur des développements technologiques toujours plus sophistiqués – et on le voit dans la lutte même contre les incendies, des moyens ultramodernes sont utilisés, des hélicoptères à la cartographie via des satellites -, elles en deviennent d’autant plus fragiles dans leur rapport à l’environnement. Elles sont également marquées par une forte sélectivité des espaces qu’occasionnent leurs activités : ici des vignes, là du bâti, plus loin des forêts (dès que la pente augmente un peu trop pour faciliter la mécanisation ou l’irrigation). Enfin par une absence de gestion combinée de ces différents espaces (avec autant d’acteurs compétents sur tel ou tel type d’espace, mais n’ayant somme toute guère de vision globale).

Les incendies se sont multipliés ces dernières années dans des régions de vignobles : Afrique du Sud, Chili, Sud de la France, ou encore Galice dernièrement.  Même si les causes sont souvent locales, il est tout de même impressionnant de voir combien ce fléau devient mondial.

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À lire sur le vignoble californien : R. Schirmer, « Le vignoble californien, vignoble de la mondialisation », Géoconfluences, 2015.