Paysages du vin : la Wachau (Autriche)

Le village d’Unterloiben (Autriche) sur les rives du Danube.

Le vignoble de la Wachau représente l’une des dernières avancées vers l’Est d’une viticulture de qualité ancienne et établie en Europe. Il n’est guère que le vignoble de Tokaj (Hongrie) qui connaisse une position plus orientale encore.
Sans doute est-ce lié aux conditions naturelles qui deviennent limites pour obtenir une maturité suffisante des raisins chaque année. D’ailleurs, seules les pentes les mieux exposées portent en théorie des vignes. La rive droite du fleuve, beaucoup plus plane, est bien moins plantée.

Vue du Danube depuis la forteresse de Spitz : rive gauche, des terrasses viticoles ; rive droite, des vignes seulement quand la vallée s’ouvre.

À l’inverse sur la rive gauche, c’est tout un système de terrasse qui se développe au dessus des villages. De magnifiques paysages, classés par l’UNESCO, apparaissent alors.

Réseau de terrasses viticoles (Splitz)

La ligne de villages qui s’étendent le long du Danube donne, comme souvent dans les régions viticoles, une impression de vie intense qui contraste avec les plateaux ou les massifs forestiers plus austères qui les bordent. L’architecture participe de cette ambiance, avec des représentations de Bacchus ou des ornementations diverses en relation avec la vigne ou le vin. La vallée a favorisé la propagation de courants artistiques ou architecturaux venus de la ville de Vienne toute proche.

Représentation de Bacchus sur l’église de Dürnstein.

Le village d’influence baroque de Dürnstein.

Mais là n’est pas tout. Il faut sans doute évoquer la volonté de marquer un territoire par des éléments culturels forts, dans un espace longtemps convoités par de multiples puissances, et notamment par l’Empire Ottoman. La Wachau appartient à ces régions européennes souvent disputées ; la présence de multiples monastères est symbolique de cette volonté d’arrimer ce morceau d’espace à la Chrétienté.

L’abbaye de Melk, une abbaye bénédictine fondée au XIe siècle.

La vigne est la matérialisation culturelle et paysagère de ce rapport de force, comme une forme d’artéfact géopolitique. Elle a perduré dans le temps. Elle s’est enracinée dans les mentalités.

Ce qui n’est pas sans rappeler ce qu’évoque le géographe Augustin Berque à propos de l’île d’Hokkaidô : si les Japonais ont développé la riziculture sur cette île froide située en dehors des limites habituelles (pour ne pas dire « naturelles »…) du riz, c’est pour des raisons coloniales (intégrer cet espace au Japon, au détriment de la minorité Aïnou), esthétiques (importance symbolique du paysage de rizière), et culturelles (alimentaires en particulier).

Il en va de même avec la viticulture, dont les limites n’ont rien de naturel. La propagation de la vigne et du vin est en relation étroite avec des phénomènes historiques, culturels, sociaux, géopolitiques, etc… dont on a parfois oublié la signification même.

C’est bien ce que la mondialisation réalise sous nos yeux en dynamisant d’anciennes régions viticoles ou en développant de nouveaux espaces, aux États-Unis, en Amérique latine ou en Chine. Voire même en Europe, on l’a vu avec les vignobles de Barolo et Barbaresco.