Tourisme et vin en Californie


La Winery de Robert Mondavi

Si l’on fait exception des routes du vin en Allemagne, il est de coutume de dire que le tourisme du vin est né en Californie sous l’influence de Robert Mondavi (1913-2008). Décidant de voler de ses propres ailes après un conflit avec son frère portant sur l’entreprise de vin familiale, il crée la Robert Mondavi Winery en 1966.
Dès la construction des bâtiments, tout est prévu pour permettre l’accueil du public. Pour ce premier édifice dédié au vin construit depuis la période de la Prohibition (1919-1933), Mondavi fait appel à l’architecte américain Cliff May (1909-1989) qui s’inspire de l’architecture des Missions espagnoles (2e moitié du XVIIIe – début XIXe siècle).


La mission San Carlos Borromeo (Carmel, Monterrey)

Comme R. Mondavi est très influencé par les vignobles européens et leurs traditions, il faut sans doute voir là la volonté d’ancrer le vignoble californien dans la durée. Alors même que son essor débute réellement avec la ruée vers l’or (1848 – 1856) et le développement de l’urbanisation.

Il cherche également à faire de sa winery un lieu dédié à la culture et au plaisir. Des concerts sont donc régulièrement programmés. Et il bien sûr possible de boire du vin, de manger sur place, ou encore d’acheter toutes sortes de produits plus ou moins liés au vin et à la gastronomie.


Le restaurant et la terrasse de la winery


La salle de vente.

L’entreprise génère donc des revenus issus de toute une série d’activités périphériques à la vigne proprement dite. Un modèle appelé à se répandre dans le monde entier avec le succès que l’on sait. Et dont l’expansion est loin d’être aboutie…

La vallée de la Napa fonctionne sur ce modèle décliné un nombre incalculable de fois, avec plus ou moins de variantes. Tout s’organise le long de la route n° 128 depuis la ville de Napa jusqu’à Calistoga en remontant vers le Nord, ou sur un tracé parallèle, le Silverado Trail. Il n’y a plus qu’à choisir le domaine à visiter, depuis Chandon (LVMH) jusqu’au château Montelena.

L’expérience est sans doute troublante pour un Européen. La machine est bien huilée, et tout fonctionne à merveille. Mais elle est totalement impersonnelle. Le visiteur est pris dans un engrenage que conduit un salarié de l’entreprise, certes qualifié sur le vin et les processus de vinification, ayant des compétences en matière de dégustation et délivrant un discours préétabli sur tel ou tel arôme du vin dont il ne doit sans doute pas sortir, mais qui le tiendra finalement à l’écart du domaine.

À aucun moment il ne rencontrera un ouvrier agricole, un technicien, ou un œnologue. La mise en tourisme à la californienne crée tout un scénario (le story telling serait plus juste) autour du vin, en écartant le visiteur du processus de production viti-vinicole.

Ce que l’on trouve aussi dans les régions viticoles européennes dominées par de grandes maisons de négoce (la Champagne ou le Cognac, ou encore Porto et Jerez) ou de puissants châteaux (le Médoc par exemple).


Lone Oak Estate Winery (Comté de Mendocino)

C’est bien sûr affaire de goût, mais il manque à mon sens un contact avec le producteur ou la productrice. Ce que l’on trouvera davantage dans des espaces à forte tradition rurale. La Loire, l’Entre-Deux-Mer, la Toscane, ou encore la Moselle. Ou en Californie toujours, dans les régions plus périphériques, assises sur une viticulture plus familiale.
Small is beautiful.

Le Brésil et le vin


Importations de vin au Brésil (2000-2013)

Pour suivre la Coupe du Monde de Football au Brésil, buvez du vin brésilien ! Et pour vous rafraîchir, pourquoi pas un vin de glace… Car le pays est en effet à la fois consommateur et producteur de vin (14e producteur mondial). On l’oublie trop souvent.

Premier importateur d’Amérique Latine, le pays a doublé ses importations de vin, tant en volume qu’en valeur, en une dizaine d’année.


Volume et valeur des importations de vin au Brésil (2000-2013)
Source : OEMV

La forte croissance économique et la formation d’une classe moyenne urbaine suscitent un développement croissant du goût pour le vin. Hier réservée à la petite élite économique et intellectuelle du pays, cette boisson tend à devenir l’apanage des classes sociales urbaines les plus aisées. Même les telenovelas s’en font l’écho.


Copie d’écran de la série Avenida Brasil
« Nina derrama vinho no chão para Carminha limpar »

Pour visionner l’extrait, c’est ici, mais c’est vraiment si vous n’avez rien d’autre à faire…

Encore une fois, le vin devient un véritable marqueur de modernité, d’adhésion à la mondialisation, et d’ouverture sur le monde. Et notamment le monde proche ; l’Amérique Latine est désormais le premier fournisseur du Brésil. Le Chili a dépassé le Portugal, et l’Argentine connaît une progression remarquable qui devrait lui valoir de bientôt doubler l’ancienne métropole. À l’inverse, les anciens pays traditionnellement pourvoyeurs de vins, France et Italie, sont en déclin.

Le Brésil se tourne vers les pays du Nouveau Monde et principalement le Chili. À telle enseigne que les vallées viticoles chiliennes sont devenues une destination privilégiée pour les touristes brésiliens.


Jeune couple brésilien en voyage de noce, Viña Casa Silva (vallée de Colchagua, Chili, 2012).

Les statistiques de visites touristiques dans le vignoble chilien confirment la très forte présence brésilienne.


Nombre de touristes par pays d’origine dans le vignobles chilien (2010)
Source : Diagnóstico del Turismo del Vino en Chile.

Ce qui veut dire, volens nolens, à quel point l’éducation des Brésiliens au vin se fait de plus en plus par des vins… avec indication de cépage.

On ne s’étonnera donc pas de voir les producteurs de vins brésiliens reprendre cette manière de dire le vin. Par exemple, le producteur Campos de Cima (Rio Grande do Sul) (présent en France lors des Rencontres du Clos de Vougeot 2013 auxquelles j’avais pu participer) élabore une gamme de vin avec certains des cépages internationaux les plus plantés au monde : merlot, chardonnay, mais aussi de manière plus surprenante viognier. La boucle est bouclée.

Le Brésil intègre la mondialisation de la planète viti-vinicole en adhérant aux nouveaux modes de consommation et de présentation du vin.

Paysages du vin : Marsala (Sicile)


Hélas, bien peu de grands vignobles ont connu un déclin aussi prononcé que celui de Marsala. Les paysages attestent des difficultés que connaît la région : hormis une poignée de grandes maisons de négoce, deux ou trois tout au plus, le reste fait pâle figure. Le quartier vinicole de la ville n’est plus que l’ombre de lui-même. Certains chais sont abandonnés, alors que d’autres sont heureusement reconvertis, notamment pour être utilisés par le Musée archéologique de la ville.
Anciens chais vinicoles reconvertis pour le musée.


Chais abandonnés.

Quant au vignoble, il faut bien dire que son extension n’est pas à la hauteur de sa renommée. L’auréole viticole qui cerne la ville, surtout située au Sud-Sud-Ouest, laisse rapidement la place à de la polyculture, avec ça et là encore quelques tâches de vignes. Le tout largement dévoré par l’urbanisation croissante. Le vignoble a dû considérablement diminuer depuis l’heure de gloire de ce vin muté, c’est-à-dire fin XIXe – début XXe siècle.


Vignes protégées du vent par des filets. Urbanisation en arrière-plan.

Car ce vignoble s’inscrit dans la famille des vins de Porto, Jerez ou Madère. Autant de vignobles dont la prospérité date de la fin de l’Époque Moderne, et surtout du XIXe siècle. Autant de vignobles dont les évolutions sont à comprendre par le rôle du commerce anglais. On remarquera une grande similitude de l’architecture des chais avec ceux que l’on peut trouver à Jerez ou à Porto.


Des paysages qui ne sont pas sans rappeler ceux de Sanlúcar de Barrameda.


Foudres et tonneaux dans les chais de l’entreprise Fleurio.

La technique de la solera est d’ailleurs utilisée, à l’imitation du vignoble andalou.

Les vins de Marsala se seraient développés sous l’influence d’un négociant anglais, John Woodhouse (1768-1826). Son rôle serait certainement à relativiser ; il doit inscrire son action dans le vaste mouvement de la présence commerciale anglaise dans l’Atlantique et la Méditerranée. Londres s’approvisionne aussi en vins depuis ses possessions de Malte ou de Chypre. C’est peut-être une raison essentielle du déclin du Marsala : l’éloignement relatif de la métropole, surtout par rapport à Porto ou Madère, et plus encore le fait que les Anglais n’aient pas fondé de véritable colonie comme c’est le cas pour ces deux derniers vignobles. Les liens sont plus ténus.


Bouteille destinée au marché anglais (« Inghilterra« )

Ajoutons à cela une image de « vin de sauce » et sans doute une qualité insuffisante dans les années 1970-1980, et l’on comprendra pourquoi le vignoble est en difficulté. Comme les autres vignobles de vins mutés, mais avec ici un déclin beaucoup plus prononcé.

Hélas encore, la présence de bouteilles de Marsala dans le film Le Parrain 3 n’aura pas suffit à redonner un engouement pour ce vignoble…


Andy Garcia, Al Pacino, deux bouteilles de la marque Florio. Le Parrain 3, film de Francis Ford Coppola, 1990.