L’Ukraine aussi produit du vin, en Crimée !

[article rédigé avant l’incursion des troupes russes en Crimée].

Actualité oblige, il est bien tentant de s’intéresser à l’Ukraine, un pays viticole… justement parce qu’elle détient la très convoitée péninsule de Crimée, majoritairement russophone.


Source : Washington Post

La production de vin y est très ancienne : déjà au IVe siècle av. J.-C., la cité grecque de Chersonèse est un centre important tant pour la production que pour le commerce du vin. Il s’agit de l’une des bases de la puissance grecque en mer Noire. Le vignoble couvrirait alors plusieurs milliers d’hectares de vignes. On trouvera plus d’informations dans l’Atlas mondial des vins, page 9.

Difficile de savoir s’il y a une continuité historique dans la viti-viniculture. L’actuel vignoble prend en tout cas ses racines au XIXe siècle, sous l’impulsion du pouvoir russe (la Crimée est incorporée à l’Empire en 1783 – à propos de l’histoire compliquée de la région, voir les articles du journal Le Monde ici et ici). Le domaine le plus renommé, Massandra, est édifié au milieu du XIXe siècle, il deviendra la propriété du Tsar Alexandre III et servira de « dacha » à Lénine.


La conférence de Yalta se tient juste à côté de cet endroit de la Mer Noire. Churchill, Roosevelt et Staline auront peut-être bus des vins de Crimée…

La production ukrainienne de vin est aujourd’hui limitée, même si elle montre une légère croissance. 3 millions d’hectolitres, c’est à peu de chose près l’équivalent de la production de la région Midi-Pyrénées. La production française de vin oscille quant à elle entre 40 et 55 millions d’hectolitres suivant les années. L’essentiel des ventes de vin de Crimée devait être orienté vers la Russie. La situation actuelle plus que trouble risque de poser problème. On se souviendra que la Russie avait boycotté les vins de Géorgie, plongeant les viticulteurs du pays dans un véritable marasme…


Source : OIV, 2008/2009.

Curieusement, il n’est pas trop difficile de trouver du vin de Crimée en France : un importateur approvisionne les caves ou supermarchés hexagonaux. J’ai donc pu goûter « le Septième ciel du Prince Golitzine » 2007 du domaine Massandra.


Un vin liquoreux titrant 16 degrés (!), au nez marqué par des arômes de fruits blancs (pêche, abricot), de miel et de fleurs, à la bouche assez alcooleuse (c’est un peu dommage) mais marquée par une assez belle acidité (c’est tant mieux, cela évite au vin d’être trop plat et lourd). La longueur en bouche est assez marquée.

Ce qui surprend le plus, c’est la couleur du vin, presque ambrée.

Au total, un vin rosé viné avec beaucoup de sucre résiduel. Exotique !