Paysages du Chili : la recherche de la qualité

Le vignoble chilien n’exporte vraiment des vins que depuis le milieu des années 1980. Devenu le 10e producteur mondial et le 9e exportateur, il dépasse certains pays européens comme le Portugal ou l’Allemagne. Le pays connaît par conséquent des dynamiques très rapides que les paysages permettent de lire. Elles touchent tant la géographie des vignes que le discours des entreprises, notamment par le biais de l’architecture.

En ce qui concerne la géographie des vignes, elle évolue à plusieurs échelle. En premier lieu en ce qui concerne la répartition des vignobles au sein du pays même : de nouvelles régions sont explorées, en relation avec les cépages et la demande internationale. Alors que le pays produit majoritairement du cabernet-sauvignon, il tend à s’orienter vers de nouveaux cépages : de la syrah par exemple dans la vallée del Elqui à l’extrême Nord du pays, ou du pinot noir dans la région plus fraîche de Bío Bío. A une échelle plus locale, la recherche qualitative pousse les Chiliens à chercher davantage de fraîcheur, soit en se rapprochant de la mer, soit en partant à la conquête des coteaux. Le Chili passe donc de parcellaires très plans, souvent d’un seul tenant, avec d’immenses parcelles géométriques, à des parcellaires beaucoup plus chahutés, parfois disjoints, beaucoup moins monotones, et situés sur les coteaux. On pourra en voir un exemple ici, dans la vallée de l’Aconcagua, ou là (dans ce texte page 10) pour l’entreprise Ventisquero.


Paysage typique du Chili, les Andes en arrière-plan. Vallée de Maule.


Nouvelles plantations sur les coteaux. Vallée de Colchagua.

En ce qui concerne l’architecture des entreprises produisant du vin, le Chili paraît dual. Alors qu’une partie des domaines conserve et met en valeur d’anciens bâtiments, souvent blanchis à la chaux avec des tuiles canals et parfois une avancée supportée par des colonnes qui rappelle les patios des anciennes casas patronales (maison de maître), d’autres penchent pour une architecture résolument novatrice.


Chais de la Viña Casa Silva. Vallée de Colchagua.

On retiendra deux exemples très proches, les bodegas Las Niñas et Montes. Si le premier édifice joue sur la transparence grâce à l’emploi d’une paroi en polycarbonate translucide (architecte Mathias Klotz), le second paraît quasiment enterré, et se devine à peine dans le paysage (d’autant qu’il est conçu selon les principes du Feng Shui…). Transparence, intégration : comment mieux dire que le vin est « naturel » ? Les discours sur le vin mettent aujourd’hui l’accent sur une supposée non intervention humaine… Le « terroir » dans une version minimaliste. Une version bien en vogue.


Viña Las Niñas. Vallée de Colchagua.


Viña Montes. Vallée de Colchagua.

Vente de vins aux États-Unis : un doublement en 10 ans

Des statistiques et un graphique parus dans le San Francisco Chronicle (23 août 2013) présentent des chiffres impressionnants : les ventes de vins aux États-Unis ont été multipliées quasiment par 2 en 10 ans.

Source : San Francisco Chronicle, 23 août 2013

Elles passent de moins de 13 millions d’hectolitres à plus de 24 aujourd’hui, soit l’équivalent de presque la moitié de la production annuelle française.
En valeur, elles passent de 11 milliards de dollars à presque 35, soit une multiplication par 3 ; ce qui montre l’élévation qualitative des vins achetés par les Américains.

Cette double tendance – croissance de la consommation, amélioration qualitative des vins consommés – s’inscrit dans la longue durée. Depuis la fin de la Prohibition (1919-1933), la consommation ne cesse de croître aux États-Unis, à l’exception d’une courte période de déclin à la fin des années 1980 (dues à la dépression économique).

Consommation annuelle de vin aux États-Unis

Source : Wine Institute, 2013.

Le début des années 1990 sonne comme une période de renouveau, avec notamment l’émission de CBS News sur le French Paradox (17 novembre 1991). Elle fait passer dans l’opinion publique américaine l’idée que boire du vin est bon pour la santé.

Les États-Unis sont à présent le premier consommateur mondial de vins.

Paysages de la vallée de la Moselle (Allemagne) : des paysages menacés

Un projet de pont sur la Moselle défraie la chronique depuis quelques temps. On perçoit toute la pression qui pèse sur un vignoble situé au cœur de la mégalopole européenne, dans un monde fortement urbanisé, nécessitant des échanges rapides, avec des flux de personnes et de marchandises considérables.
Et pourtant : le vignoble mosellan propose de vivre à un autre rythme. Tout d’abord parce qu’il s’inscrit dans la très longue durée, celui de la romanisation (il est inclus dans le limes romain) et de la christianisation (avec toujours certains secteurs profondément marqués par le catholicisme). Ensuite parce que les paysages présentent un équilibre fragile, patiemment constitué, entre les activités humaines et des pentes très prononcées, voire même vertigineuses. Très prononcées, comme dans le secteur de Piesport ; les vignes s’alignent alors les unes à la suite des autres dans le sens de la pente, sans rupture paysagère.

Vertigineuses, comme dans le secteur de Bremm ; les vignes y sont séparées par un système de terrasses.

Schotter : pierraille
Kies : gravier
Keilstein : calle
Binderstein : liant
Trockenmauer : mur à sec

Dans tous les cas, les sols sont très peu profonds, parfois inexistants. La roche mère, faite de schistes (la Moselle traverse le Massif schisteux rhénan avant de rejoindre le Rhin), affleure de temps à autre. Des conditions qui donnent au vignoble un caractère austère, renforcé par la teinte grise de la pierre.

Et pourtant, la longue succession de villages sur une centaine de kilomètres confère au vignoble un air vivant. Villages fleuris, maisons à colombage, décorations diverses (du cadran solaire à la scène de vie) contribuent à forger une ambiance plutôt gaie.


(détail d’une façade d’une maison de 1902).

Tout comme les discontinuités du fleuve, avec notamment de splendides méandres, qui rompent la monotonie de certains coteaux plus rectilignes, mais toujours majestueux.

Le tourisme ne s’y trompe pas.

Cet équilibre franchit les siècles, avec certains clos (« lagen« ) attestés depuis le Moyen Age. Le renommée des Piesporter Goldtröpfchen et autres Bernkasteler Doctor prend désormais une ampleur internationale avec des rieslings très fins.

Voir une cartographie des « lagen » ici.