Le vignoble de Pico (Açores), le vignoble le plus à l’Ouest de l’Europe

Le vignoble de Pico dans la matinée, le volcan est encore caché par les nuages

Si le vignoble de Pico présente des paysages extraordinaires, il figure paradoxalement parmi les moins renommés au monde. Et pour cause, situé à plus de 1600 km des côtes du Portugal – l’archipel des Açores est une région autonome de ce pays -, sur une petite île au beau milieu de l’Atlantique – le volcanisme est lié à la dorsale médio-océanique qui voit l’Océan s’ouvrir -, le développement touristique n’est que bien récent. L’absence de grandes plages et d’un ensoleillement conséquent ont joués en la défaveur du tourisme balnéaire. Le tourisme se développe à présent, mais davantage sous une forme rurale, ou naturelle (aussi bien lié au volcanisme et à ses manifestations qu’à la richesse de la faune marine, avec quantité de dauphins, orques ou baleines).

L’arrivée de vols low cost depuis les grandes villes européennes, mais aussi depuis les États-Unis – et particulièrement de Boston semble-t-il, où se trouve une communauté de migrants originaires des Açores -,  paraît doper le tourisme insulaire. Quant à l’offre hôtelière déficiente, elle est désormais contournée par un nouvel acteur du tourisme, qui contribue à ouvrir maints et maints logements : Airbnb. Le phénomène est impressionnant sur l’archipel.

La petite ville de Madalena, un tourisme encore frémissant

Le vignoble ne paraît pas encore en profiter pleinement, et c’est peut-être tant mieux. Le nombre de restaurants est pour le moins limité, et la coopérative de l’île n’est pas encore engagée dans une démarche œnotouristique.

Et pourtant, le petit vignoble de Pico est inscrit à la Liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le site de 987 ha (…) consiste en un remarquable réseau de longs murs de pierre largement espacés, courant parallèlement à la côte et remontant vers l’intérieur de l’île. Ces murs ont été érigés pour protéger du vent et de l’eau de mer des milliers de petits enclos (currais) rectangulaires, accolés les uns aux autres. La présence de cette viniculture, dont les origines remontent au XVe siècle, est manifeste dans cet extraordinaire assemblage de petits champs, dans les maisons et les manoirs du début du XIXe siècle, ainsi que dans les caves, les églises et les ports. Ce paysage modelé par l’homme, d’une beauté extraordinaire, est le meilleur témoignage qui subsiste d’une pratique autrefois beaucoup plus répandue.

Des murets parallèles les uns aux autres, eux-mêmes subdivisés en petits clos

Une « beauté extraordinaire » effectivement. Elle s’apprécie aussi bien dans les détails qu’avec un regard panoramique. Dans le détail, le réseau de murets de pierres sèches est prodigieux. Constitué de pierres de basalte, les murs forment de vastes rectangles à l’intérieur desquels se logent de petits clos. La protection des vents et des embruns est sans doute nécessaire, mais ces murs sont aussi des marques d’appropriation pour chacune de ces parcelles. De multiples cabanes, hier destinés à entreposer des outils, recueillir de l’eau ou encore se reposer, parsèment les enclos.

Murets et cabane de vigneron dans un paysage minéral

En levant les yeux, de splendides panoramas apparaissent : soit vers l’île voisine de São Jorge, soit vers le volcan – pour peu que les nuages le laissent apparaître -, soit vers d’autres horizons du vignobles. Ici ou là se dévoilent quelques ébauches de terrasses, rendant les paysages plus complexes encore.

Le paysage de murets en direction de l’île de São Jorge visible en arrière-plan
Le paysage cette fois en direction du volcan, libéré des nuages matinaux
Lorsque le relief devient plus tourmenté, des terrasses de basalte apparaissent

Un paysage minéral de toute beauté.

D’où vient cette absence de renommée, non seulement pour les paysages, mais aussi pour les vins eux-mêmes ? L’essor tardif du tourisme doit certainement avoir sa part de responsabilité. Ou peut-être pas d’ailleurs : l’argent facile aurait pu peser sur le vignoble, comme sur certaines îles ou littoraux grecques et espagnols, où l’agriculture pâtit de la concurrence foncière et économique. Les conditions naturelles ? Non, preuve en est que les vins sont désormais de qualité. C’est sans doute par défaut qu’il faut comprendre l’absence de renommée : il manque un acteur essentiel à ce vignoble, qui a pu faire la différence à Madère, aux Canaries, ou encore sur les côtes européennes. La présence d’une diaspora anglaise, et derrière cela, la constitution de réseaux commerciaux à l’échelle de l’Océan Atlantique, est sans doute ce qui manque aux Açores pour parvenir à faire éclore un vignoble renommé. Tout au contraire de Madère, dont les vins étaient tout autant consommés à Londres qu’à Philadelphie. Pour ne pas parler de ceux de Porto.

Beyoncé Jay-Z, Apes**t et le vin

À moins que vous ne viviez reclus.e ou sur une autre planète, vous n’aurez sans doute pas échappé au lancement du nouvel album de la famille Carter, autrement dit Beyoncé et Jay-Z : Apes**t. Le clip atteint presque 30 millions de vues en quelques jours… Beaucoup d’encre a déjà coulé sur la vidéo tournée au Louvre, et l’interprétation que l’on peut faire des différentes œuvres présentées : La Victoire de Samothrace, la Joconde, ou encore Le Radeau de la Méduse.

Les Noces de Cana, Source : Wikipedia

Curieusement, il en est une qui a été moins repérée par les commentateurs : Les Noces de Cana (1563) de Véronèse. On pourra lire une analyse de l’œuvre et de sa signification sur le site du Louvre. La transformation de l’eau en vin institue l’Eucharistie.

Copie d’écran du Clip Apeshit.

La vidéo montre les convives situés à droite du tableau, puis le vin qui s’écoule depuis une jarre, alors même que Beyoncé chante :

« Sippin’ my favorite alcohol » / En sirotant mon alcool préféré

Vous l’aurez compris, ce n’est autre que le vin.
On pourrait certainement écrire beaucoup de choses sur la double mise en abîme : Beyoncé évoquant le vin au XXIe siècle à travers une œuvre présentant une scène biblique dans une fête vénitienne… Je ne m’y risquerais pas, à votre grande déception. Mais j’attire plus simplement votre attention sur la « passion » – terme biblique s’il en est… – de cette artiste pour le vin. On l’avait déjà vue chanter dans une coupe géante de Champagne dans la vidéo de Naughty Girl, vidéo dans laquelle coulent à flot le Cognac et le vin pétillant.

Source : Copie d’écran du clip Naughty Girl.

Plus récemment, elle vantait les mérites d’une marque de Cognac, d’Ussé (chanson Sorry de l’album Limonade, clip vu 265 millions de fois en juin 2018). Un partenariat entre son mari et Bacardi

Puis d’un Champagne : Ace (chanson 6 Inch, de Limonade).

Ace, la cuvée « Ace of Spades » (as de pique) d’Armand de Brignac direz-vous ? Et bien oui, la marque de Champagne que Jay-Z a achetée en 2006 à la suite de propos jugés racistes de la part de la maison Roederer.

Une belle publicité faite par le couple, puisque le rappeur en fait aussi la promotion dans ses chansons, comme dans Show Me What You Got. Image-t-on la visibilité que ces deux stars ont pu donner à une sombre marque de Champagne…

Et de manière générale, au Champagne, au Cognac, et au vin. Que le vin redevienne trendy n’a rien de surprenant avec l’engouement qui est celui des Américains pour cette boisson. Je l’avais déjà évoqué à propos du cinéma, ou du rap et du R&B. Et il y a fort à parier que le renouveau de la consommation du vin auquel on assiste en France chez les jeunes doive beaucoup à la musique, à la littérature et au cinéma américain.

Le soft power américain redonne vie au vin.

La grêle, un phénomène climatique violent

Source : Domaine de Tout l’Y Faut (Marcillac) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

L’épisode de grêle qui vient de secouer le vignoble bordelais, dans le Médoc et surtout en Blaye Côtes de Bordeaux et Côtes de Bourg, mais aussi une partie du vignoble charentais, fait preuve d’une rare violence à l’égard des viticulteurs. Une violence physique, tant les ceps décimés ont perdu leurs feuillages et les futures grappes de raisins, hachés qu’ils sont par la chute des grêlons de glace.

Source : Château l’Espérance (Berson) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

Certaines photos sont saisissantes tant les projectiles sont imposants.

Source : Domaine Maison de la Reine (Saint-Mariens) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

 

 

 

 

 

 

 

En outre, les orages passent relativement longtemps sur le Blayais une bonne partie de l’après-midi du samedi 26 avril. La vidéo montre les décharges de foudre au long de la journée, repérées par radar.

[patientez un peu pour le déclenchement de la vidéo]

Source : http://fr.blitzortung.org en date du 26 avril 2018.

Une violence morale, tant le dénuement doit accabler les viticulteurs qui découvrent leurs parcelles laminées. C’est tout une année de travail qui s’envole en quelques minutes à peine. Une violence économique bien sûr, tant la viabilité d’une exploitation peut être remise en question à la suite de cet aléa climatique, surtout si le domaine a déjà été touché l’an dernier par l’épisode de gel… Les conséquences à long terme peuvent être majeures, on le voit. La sidération doit hélas être grande et violente pour certaines personnes.

Une fois encore, puisse les solidarités régionales, nationales ou individuelles aider à passer ce mauvais cap.


Source : Archives Départementales de Gironde, 4 Fi 3747

 

 

Peut-on lutter contre ce fléau ? Comme pour le gel, différentes manières de lutter, soit directement soit indirectement existent. Elles n’ont pas toutes la même portée. La première méthode, celle à laquelle ont souvent recours certaines viticulteurs, ce sont les canons à grêle, sensés pouvoir désamorcer un épisode orageux. La méthode est ancienne comme le montre cette ancienne carte postale de Saint-Émilion. Le vignoble du Beaujolais s’est équipé l’an dernier de tels canons. Leur efficacité est plus que douteuse. Le géographe Freddy Vinet (Le Risque grêle en agriculture, 2000) remet en question cette pratique dans son livre. On pourra d’ailleurs lire une synthèse dans l’article sous ce lien.

Il est donc nécessaire de protéger le feuillage et les grappes. La méthode la plus simple serait d’étendre des filets de protection comme cela se fait pour certains arbustes ou dans les vignobles de raisin de table. Une méthode que l’on pouvait aussi voir dans le film Premiers Crus (2014)… sans grand réalisme.

Source : Premiers Crus (2015), réalisation Jérôme Le Maire.

Car c’est là que le bât blesse : si la méthode est éprouvée, elle n’est pas sans modifier le micro-climat qui entoure le cep de vigne. Quiconque aura dormi sous une moustiquaire ou dans une tente au soleil aura expérimenté la chaleur qui peut vite y régner. C’est justement ce que l’INAO refuse, arguant – à juste titre – que cela modifie la typicité des vins. Et effectivement, le lien au terroir serait brisé ou tout du moins sérieusement affecté, ce qui empêcherait de recourir à une AOC. Pour ne pas parler du désastre paysager que de telles techniques occasionnent : on le voit en Espagne avec la région maraîchère de Carchuna (Andalousie), devenue une immense toile de plastique, du fait des serres.

Carchuna (Espagne) : il s’agit de serres et non de filets protecteurs, mais tout de même, cela donne une idée de ce que le plastique peut donner lorsqu’il est employé à outrance.

Chili, vallée de l’Elqui. Des vignes protégées par des filets de plastique.

Au Chili aussi, en dépit d’une certaine esthétique – il faut bien l’avouer pour ce vignoble en pleine aridité -, le paysage est métamorphosé.

Ceci dit, les méthodes ont évolué. J’ai pu voir en Italie des filets beaucoup plus discrets visuellement. Ont-ils un impact sur le micro-climat du cep ? Certainement, même s’il est certainement moindre que pour la première technique.

Et il y aurait peut être des moyens pour que les viticulteurs n’aient pas le droit de les conserver tout le temps : globalement, les épisodes orageux sont plutôt bien prévus par Météo France, il y aurait peut être la possibilité de les mettre sous certaines conditions, temporairement. Je conçois bien que ce serait un énorme travail à mettre et à enlever… mais c’est sans doute mieux que de tout perdre.

Enfin, se pose inévitablement la question des assurances. J’avais déjà évoqué ce problème et le coût qu’elles engendrent dans un précédent billet lors du gel de 2017 (ici et ici). On se rappellera la mobilisation des motards il y a quelques années pour faire baisser le prix de leurs polices d’assurance, allant même jusqu’à créer leur propre mutuelle. Or, le monde viticole, et agricole en général, est un lobby autrement puissant que ne le sont les motards ; on vient d’en avoir l’illustration à l’Assemblée nationale lors du vote de la loi sur l’agriculture. Plusieurs points essentiels – refus d’étiquetage des aliments gras ou sucrés, la question du glyphosate – montrent la puissance du monde agricole et de l’industrie agro-alimentaire sur certains sujets en France. Soit dit en passant, à rebours complet des attentes sociétales…

Source : Twitter

SI la question de l’assurance n’est pas réglée, c’est peut-être tout simplement parce que le monde agricole ne s’en est pas véritablement emparée. Pourquoi une telle absence de mobilisation ? D’autant, rappelons-le, que le président de la République M. Emmanuel Macron a nommé comme conseillère spéciale Mme Audrey Bourolleau, ancienne lobbyiste de Vin et Société, qui travaillait naguère pour l’Union des Côtes de Bordeaux. Les hautes sphères de l’Etat ont une oreille toute particulière pour le monde viticole.

Que n’en profite-il pas pour de bonnes raisons ?

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Merci à l’ODG ODG Blaye Côtes de Bordeaux pour les photos.

1968 dans les vignes (1)

Si l’année 1968 attire une attention bien légitime sur les villes, le monde ouvrier et les étudiants, il n’en demeure pas moins que les campagnes, et notamment les vignobles, connaissent des évolutions remarquables. Elles sont plus feutrées, moins évidentes, mais sont tout de même essentielles pour comprendre les vignobles actuels. Trois reportages autour des vendanges de l’année 1968 permettent de s’en convaincre.

Vendanges médiocres pour le Saint-Émilion

1968 est une année difficile pour les viticulteurs, avec un été pluvieux ; elle place les vignobles dans des situations périlleuses du fait de la pression des maladies, avec la pourriture grise par exemple. À ce propos, ce n’est pas de la fumée que l’on voit comme l’indique le journaliste, mais bien les spores des champignons. Certains domaines perdent leur récolte, tout du moins parce que la qualité suffisante n’est pas au rendez-vous. Deux remarques à ce propos. Tout d’abord, l’utilisation des pesticides n’est pas encore commune à Saint-Émilion, alors qu’elle permet déjà de sauver la récolte des vins de Savoie, comme on le verra ci-dessous. Peut-être l’émiettement des structures, une attitude plus attentiste sinon conservatrice, sans doute encore un éloignement d’une France de l’Est et du Nord plus industrialisée et proche des foyers d’innovation, freinent-ils encore le développement de procédés qui permettront d’obtenir des récoltes chaque année ou presque. Ce sera tout le travail d’un œnologue comme Émile Peynaud (1912-2004) d’enseigner aux producteurs à obtenir avant tout des récoltes saines pour bénéficier de vins de qualité. Le vignoble français est en route vers une transformation considérable de ses manières de produire le vin.


La dégustation, phase essentielle de l’agrément des vins.

Et justement, cela se fait à Saint-Émilion par un agrément. Cette AOC est la première de France à mettre en place non seulement un contrôle de l’origine des raisins, mais aussi un contrôle de la qualité dès 1954 dans le cadre du classement. Les vins doivent être conformes à des critères mis en place par les viticulteurs, en termes par exemple de pH, de degré d’alcool, mais aussi de caractéristiques gustatives. Une trentaine d’année après la création des AOC (1935), Saint-Émilion ouvre la voie à un système qui permet une forte élévation qualitative du vignoble français, par la dégustation et la comparaison des vins, et normalement par un encadrement des viticulteurs dont les vins sont en dessous des normes souhaitées. Les idées de progrès et d’amélioration qualitative des vins sous l’influence de « noyaux d’élite » est au fondement de la démarche de la France en matière de vigne et de vin. On pourra lire l’excellent article de l’historien Florian Humbert sur le sujet.

Mariage en Saône et Loire

(on peut se limiter à 1 mn 30 de visionnage)

Source : INA.fr

Même si le sujet du reportage ne porte que bien peu sur la vigne et le vin, on peut percevoir dans ce vignoble les débuts de la mécanisation. Plus tardive que dans d’autres cultures, elle est favorisée par le développement à la fin des années 1950 et au début des années 1960 par les premiers tracteurs enjambeurs créés en Bourgogne. Ils permettent de ne pas reconfigurer les vignobles, avec toute leur structure de vignes palissées pour les traitements, et par conséquent de passer au dessus des vignes depuis certaines allées.

Un tracteur enjambeur, vue de derrière (la vue la plus claire dans ce reportage)

Cette mécanisation ouvre la voie à une forte banalisation des paysages, par la suppression par exemple des arbres fruitiers présents dans les vignes ou le long des haies, et s’accompagne d’une spécialisation des exploitants agricoles. Le reportage suivant le dira : « cet agriculteur sait être un vigneron ». Tout le système scolaire, banquier, syndical ou ministériel ira dans le sens d’une spécialisation poussée des agriculteurs : ici des éleveurs, là des céréaliers, plus loin des viticulteurs. La fin de la polyculture, longtemps perçue comme un archaïsme surtout sous l’influence du modèle Nord-Américain – le plan Marshall (1947) repose notamment sur l’équipement accéléré des agriculteurs en tracteurs et autres outils mécanisés -, est un des éléments majeurs de la France de la deuxième moitié du XXe siècle.

Le vin blanc de Savoie : l’Apremont

Source : INA.fr

Enfin, et au-delà des éléments déjà évoqués, ce reportage évoque la création d’une cave coopérative. Elle est bien tardive pour le reste de la France, puisque les grands moments de développement coopératifs se sont faits au tout début du XXe siècle et dans les années 1950. Mais elle témoigne de la complexité accrue du métier de viticulteur : nécessité de recourir à des savoirs scientifiques et techniques, utilisation d’outillage de plus en plus perfectionnés, comme en attestent les pressoirs horizontaux du film, ou encore création de structures de ventes. On le voit, l’horizon des viticulteurs savoyards est encore régional, ils cherchent à étendre leur influence en direction des grandes villes, Lyon et Paris. Ce sera plus tard le développement des stations de ski qui leur permettra de toucher une nouvelle clientèle, et de manière ultime, l’étranger. Alors que seuls 10 % des vins français sont vendus à l’étranger à la fin des années 1960, ce sont maintenant plus de 30 % d’entre eux qui passent une frontière. Le vignoble français – hormis les « grands » vignobles de Bordeaux, Champagne, Bourgogne et Cognac qui étaient déjà internationalisés – commence à s’intégrer à la mondialisation dans ces années là. Porté par l’essor de la grande distribution – en pleine croissance dans ces années 1960 – et des classes moyennes, le vignoble français connaît alors une forte croissance de ses productions.

1968 n’est à l’évidence pas une année charnière pour le vignoble français, mais il n’en demeure pas moins que ce dernier connaît de nombreuses évolutions : professionnalisation, spécialisation, mécanisation, utilisation de la chimie, internationalisation puis mondialisation des ventes. Des changements profonds, mais inscrits dans la durée. Nulle révolution ? Si, mais c’est en Italie qu’une petite révolution se tient en matière de vigne et de vin. À suivre…

L’INAO bien inspirée

L’INAO vient de mettre en ligne la cartographie des Appellations d’Origine Contrôlée. Une belle manière d’explorer le vignoble français.

Source : IGN, INAO

[Cliquez pour agrandir les images]

Le jeu de mot est facile, mais l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) vient de mettre en accès libre la cartographie des Appellations d’Origine Contrôlée du fait de la directive INSPIRE (2007). Suivez ce lien pour y accéder.

Il est donc possible d’explorer les territoires viticoles français. Certains sont tout petits, mais grandioses par leurs paysages et la qualité de leurs vins. Songeons aux Côtes-du-rhônes Nord, à la hauteur de Vienne par exemple.

En zoomant, on parvient à lire le parcellaire viticole à une échelle d’une rare précision.
Ce qui renvoie directement aux splendides paysages des bords du Rhône.

On pourra aussi explorer quelques particularités du vignoble français. Des vignes sur des volcans (à l’Est de Clermont-Ferrand)  :
Des vignes qui se jettent dans la mer, avec un spectaculaire paysage de terrasses à Banyuls.

Et les paysages du vignoble :

Ou encore la viticulture de coteaux des bords de Loire, ici en amont de Tours.
A ce propos, et sauf erreur de ma part, le travail de délimitation à l’échelle parcellaire, plus avancé dans certaines régions que d’autres, apparaît bien.
Ici dans le vignoble nantais, la localisation des aires AOC est faite à la parcelle. Je vous laisse imaginer l’énorme travail réalisé par les agents de l’INAO et souvent les viticulteurs eux-mêmes.


La Butte de la Roche face au Marais de Goulaine

Là dans le vignoble bordelais, les limites sont plus floues, se bornent à exclure les vallées, et conservent de nombreuses parcelles de forêts.

Le vignoble bordelais à hauteur de Langoiran

Un regret ? L’absence de certaines régions viticoles, mais je suppose que ce n’est qu’une question de délai. Ni l’Alsace, ni la Champagne, ni le Cognac ne figurent dans les données accessibles. Pour l’instant sans doute.

Enfin, pour les amateurs de SIG, il est possible de télécharger les données (sous ce lien). Et d’explorer les différences de vignobles ou de parcellaires.

Il est alors possible de mieux zoomer sur les Appellations, comme ici en Bourgogne ou les Appellations villageoises (de Chenôve à Chambolle-Musigny) apparaissent de différentes couleurs.

Cela permet d’aller un peu plus loin dans l’analyse, et de voir que les îlots délimités par l’INAO n’ont pas du tout la même configuration en fonction des régions. Un rapide – mais non moins savant – calcul permet de comparer les régions par rapport à la moyenne nationale :

Dimension des îlots de parcelles inclus dans les aires d’appellation

Ce qui donne à l’échelle de la France cette carte (en violet ce qui est sous la moyenne, en orange au dessus) :

En zoomant sur des régions, on perçoit bien tout le travail de délimitation souvent effectué à la parcelle dans certains secteurs, comme ici sur la Loire.


Le vignoble nantais tout à l’Ouest, l’Anjou au centre et à l’Est de la carte.

Alors que Bordeaux – tiens donc ! – paraît beaucoup plus en retard sur ces tendances. Le vignoble juxtapose encore de grandes plages délimitées sans pour autant que tout ne soit de la vigne, ou ne soit des terrains de grande qualité viticole.

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Un grand merci à Julie Pierson et Grégoire Le Campion (Pôle Analyse et Représentation des Données, Laboratoire Passages, CNRS UMR 5319 – Bordeaux) pour leur aide.

Le Cap (Afrique du Sud) et la crise de l’eau

La province du Cap en Afrique du Sud est confrontée à une grave sécheresse. Le vignoble, essentiellement irrigué, est face à une situation qui devrait l’obliger à évoluer.

Le front d’eau de la ville du Cap (Cape Town) et la Montagne de la Table en arrière-plan.

La ville du Cap à l’extrémité méridionale du continent africain est plongée dans une grave crise de manque d’eau. Sans précipitations supplémentaires dans les semaines ou mois qui viennent, les robinets risquent d’être fermés ; le “day zero” menace.


Source : Memeburn

Un plan de gestion des eaux en période de crise est activé par la municipalité de Cape Town : “les zones commerciales stratégiques, les zones à forte densité avec un risque accru de maladies et les services essentiels, comme les hôpitaux, continueront de recevoir de l’eau potable ». Des phases sont mises en place en fonction de la gravité de la situation. Pour l’instant, la population est rationnée en eau, avec 50 litres par jour par habitant.

Les vignes sont irriguées, les tuyau permettent de contrôler l’apport d’eau avec la technique du goutte à goutte (Vignoble du Cap).

Les reliefs arides en arrière-plan contrastent avec les vignes irriguées (Stellenbosch, Province du Cap).

Dans le court terme, la viticulture pâtit bien sûr de ces conditions. Comme je l’avais évoqué précédemment pour le Chili, certaines vignes sont abandonnées faute d’eau. Mais comme la période des vendanges arrive d’ici peu – vers le mois de mars -, la consommation est en nette diminution, jusqu’à devenir nulle au moment où les premières pluies arriveront lors de l’automne austral.

Pompe à eau permettant d’amener l’eau sur les premiers reliefs et d’irriguer le vignoble. Vignoble de Groot Constantia, Le Cap.

Retenue d’eau. Tout le vignoble est constellé de petites étendues d’eau pour l’irrigation (Le Cap).

Dans le long terme, le discours des autorités est teinté d’optimisme, voyant dans cette crise le moyen de réorienter le vignoble sud-africain vers des vins plus qualitatifs. En effet, les vins de ce pays sont peu valorisés : une grande partie de la production est faite pour le vrac, à des prix bien peu rémunérateurs.

Les exportations de vins dans le monde (en valeur – US$)

Source : Global Wine Markets, 1961 to 2009: A Statistical Compendium.

Avec le renchérissement du coût de l’eau, la viabilité de cette production est menacée. Cela devrait amener les professionnels à accroître la qualité de leurs productions. Remarquons au passage qu’il s’agit d’une des grandes interrogations de la nouvelle planète des vins : alors que les autres pays dits du Nouveau Monde ont tous connu un spectaculaire virage qualitatif, l’Afrique du Sud – tout comme l’Argentine d’ailleurs – est demeurée un pays plutôt orienté vers une production de masse. Elle connaît donc des difficultés, le nombre d’entreprises dans le secteur du vin ne cesse de diminuer : 4000 en 2004, 3000 en 2016.
Il faudrait aussi reconsidérer l’utilisation de l’eau à plus long terme. Une viticulture pluviale est possible, à condition d’accepter une baisse des rendements, et par conséquent d’orienter la production vers plus de qualité. Il en va probablement, dans un monde concurrentiel comme celui de la vigne et du vin, de la survie d’une partie du vignoble sud-africain.

Quelles sont les raisons de ce manque d’eau ? Une sécheresse exceptionnelle tout d’abord, comme le montre le graphique du Guardian, les précipitations sont au plus bas depuis 3 ans déjà.

Source : The Guardian.

De ce fait, les principaux barrages qui alimentent la ville et sa région sont asséchés. Le principal d’entre eux, le Theewaterskloof dam, n’a par exemple plus que 13,5 % de capacité de fourniture en eau.

La pointe Sud de l’Afrique est soumise à une anomalie géographique : la présence du courant froid de Benguela, qui remonte du Sud vers le Nord du continent, en stabilise l’air. L’anticyclone ainsi formé à la hauteur du Transvaal empêche les pluies de gagner le continent. Le désert du Namib, qui s’étend du Nord de l’Afrique du Sud jusqu’à la Namibie, témoigne de ce mécanisme azonal. Le réchauffement climatique aurait-il un rôle sur l’accentuation de l’actuelle sécheresse ?

Enfin, il faut tenir compte de l’urbanisation sans cesse grandissante de cette partie de l’Afrique. La demande en eau ne cesse de croître de ce fait même – accentuée par le développement du tourisme depuis la chute de l’apartheid en 1991 -, alors que les conditions climatiques poursuivent une courbe inverse. Comme d’autres villes cernées de vignobles, par exemple en Californie avec Los Angeles et San Francisco.

Une solution ?

« Économisez l’eau, buvez du vin ! » Berkeley, Californie.