Paysages du vin : Barolo et Barbaresco (Italie)

Le village de Barolo.

Il n’est sans doute pas beaucoup de vignobles en Europe qui aient connu une telle croissance que ceux de Barolo et de Barbaresco (de part et d’autres de la ville d’Alba, région du Piémont). Ils sont passés en une trentaine ou une quarantaine d’années d’une situation de polyculture, sans notoriété aucune, à une spécialisation totale dans le domaine viticole, avec une renommée mondiale. Une trajectoire qui fait davantage penser à des vignobles du Nouveau Monde, Australie, Nouvelle-Zélande ou Chili. Mais on est bien en Europe.

Le village de Barbaresco.

Ce qui a déclenché la croissance du vignoble, c’est le projecteur que la presse américaine a braqué sur certains producteurs à partir du milieu des années 1980, comme Angelo Gaja. Barolo et Barbaresco sortent du néant pour devenir deux des vignobles parmi les plus encensés au monde par la critique internationale.

Copie d’écran de l’application pour iPhone. Source.

Tout est allé très vite, tant et si bien que le vignoble a d’ores et déjà établi une cartographie de ses « crus » sur un modèle bourguignon. Alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que de parcelles. Mais comment jouer au plus vite dans la cour des grands, si ce n’est en communiquant sur ses terroirs ? Avec une communication à la pointe du progrès, puisque disponible dans les applications vendues par Apple. Comme il s’agit des crus « officiels », la boucle est bouclée ; le vignoble est devenu riche de multiples terroirs. Un beau syllogisme. Barolo et Barbaresco sont désormais à l’égal des plus prestigieux vignobles mondiaux.

Parcellaire viticole sous le village de La Morra. On regardera aussi celui du village de Barbaresco ci-dessus.

La rectitude du parcellaire est impressionnante, comme si tout venait d’être dessiné. C’est une hypothèse, mais on dirait bien que les parcelles ont été reconstituées à mesure que les viticulteurs plantaient des vignes. On voit bien la différence avec un parcellaire ancien, comme celui du Canyon de Sil (Galice, Espagne) par exemple.

Parcellaire ancien et moins ordonné du Canyon de Sil.

Il en va de même avec les petites cahutes qui servent aux vignerons à déposer leur outillage : elles sont flambant neuves, et ont été construites pour répondre à l’impérieuse demande mondiale en vins régionaux.

Cahute vigneronne fraîchement bâtie.

Que devait-on trouver auparavant sur ces coteaux ? Des vignes et des cultures arbustives très certainement, mais davantage aux pieds des villages comme on peut encore plus ou moins le voir à Montalcino (Toscane, Italie).

Village de Montalcino (Toscane).

Plus loin, de nombreux coteaux devaient servir de pâturage pour le bétail. On voit encore ici ou là quelques petites maisons, certainement utilisées par des pasteurs. Les céréales devaient prendre la plus grande place du finage.

Tout ceci a été bouleversé en un temps record. A vue d’œil, il ne reste plus beaucoup de place pour planter des vignes… Une évolution digne de celles des vignobles du Nouveau Monde. La mondialisation dans le domaine des vins touche bel et bien nos régions viticoles.

Une nouvelle page : la documentation sur la vigne et le vin


1995


2012
Les exportations françaises de vin 1995-2012

Vous rêviez de comparer les exportations françaises de vin dans le monde sur une dizaine d’année ? L’Observatoire de la complexité économique propose de créer des graphiques faciles à lire. Par exemple pour le vin.

Vous souhaitez obtenir des données sur les terroirs (au sens restrictif du terme) de la Loire, e-terroir est pour vous.

Copie d’écran à la hauteur de la commune de Faye-d’Anjou

Ou encore connaître la production de vin par commune dans l’Aude ? Consultez l’Observatoire de la viticulture française.

Copie d’écran de la Récolte totale de vin par commune dans l’Aude (2013)

Je vais donc regrouper sur une page spéciale différentes informations sur le vin. En France bien sûr, mais aussi à l’étranger. La page sera d’abord « en construction », mais accessible, avant d’atteindre je l’espère sa vitesse de croisière…
N’hésitez pas à me joindre pour me faire part de vos observations ou informations intéressantes.

Holly[wine] ou le vin dans le cinéma américain

Vins et vignobles dans le cinéma américain

Un billet plutôt inhabituel. Venant de publier un texte sur la relation vin et cinéma américain dans la revue Les Annales de Géographie (Mai-Juin, vol. 123, n° 697, p. 867-889), et n’ayant pas pu tout insérer, je profite de ce blog pour ajouter certaines données. Deux images et la filmographie.

Pour ceux que cela intéresse, l’article Holly[wine] ou le vin dans le cinéma américain

est disponible en ligne*.

Résumé de l’article :
Soixante-quinze ans après la Prohibition, les États-Unis d’Amérique sont devenus le premier consommateur mondial de vin et le quatrième producteur mondial. Le rôle du pays est comparable à l’échelle mondiale à ce que fut celui de l’Angleterre des XVIIIe et XIXe siècle pour l’Europe : une plaque tournante de l’économie viti-vinicole, un pays prescripteur de goûts, avec un remarquable effet de construction ou de transformation des territoires du vin. Le cinéma américain tend à refléter cette nouvelle passion de la société pour le vin. Tout l’intérêt est de comprendre le discours qu’il tient à ce propos, ainsi que l’imaginaire qu’il bâtit autour de cette boisson. Le vin est presque devenu banal en ce qui concerne ses apparitions à l’écran, non dans ce qu’il signifie. Car l’Amérique cherche à se débarrasser des anciens codes qui encadrent le vin pour en proposer de nouveaux, sensés être plus démocratiques.

En relation avec la note infrapaginale 13 :

Le vin, boisson conviviale par excellence

Source : Affiche de promotion du film Sideways (2004) d’Alexander Payne.

En relation avec la note infrapaginale 14 :
Marilyn Monroe : « Did you ever drunk a potato chip in champagne? It’s real crazy »

Source : Sept ans de réflexion (1955) de Billy Wilder avec Marilyn Monroe et Tom Ewell.

Enfin, pour accéder à la filmographie, cliquez sur le lien ci-dessous :
Filmographie


* Je ne touche aucun droit sur sa vente.


Le Plan Stratégique de FranceAgrimer (2) : et la recherche en Sciences Humaines ?

Le Clos de Vougeot, haut lieu du tourisme bourguignon… à découvrir en voiture.

Le Plan Stratégique de FranceAgrimer souhaite « développer d’une manière forte l’innovation, la recherche et le développement » (p. 18), ce qui est louable. Et de citer « les organismes publics de recherche (INRA, IRSTEA, établissements d’enseignement supérieur agronomique, universités, …) et [la] recherche appliquée. » (p. 19). À lire le rapport, l’Université doit plutôt être pensée comme lieu de recherche en sciences « dures » et appliquées, et non en Sciences Humaines. Il y aurait pourtant fort à faire en la matière. Prenons deux exemples.

Vignoble, tourisme et voiture, un modèle à repenser (vignoble savoyard)

Tout d’abord, l’absence de réflexion sur le tourisme, remarquée dans le précédent billet, n’est sans doute pas anodine. À mon sens, c’est pourtant une réelle voie d’avenir pour le vignoble français, beaucoup plus que de chercher à concurrencer les vignobles du Nouveau Monde sur leur propre terrain (i.e. son industrialisation). On a vu précédemment les dangers que cela représentait. Or la France et l’Europe peuvent de nouveau faire figure de modèles pour le développement touristique aux yeux du reste du monde, ce qu’ils ne sont plus forcément dans d’autres domaines viti-vinicoles. À titre d’exemple, il va falloir penser un tourisme durable pour les années à venir. Le tourisme actuel s’appuie sur une mobilité profondément marquée par la voiture, et plutôt individuelle. Et donc très polluante. Il faut innover dans cette voie.

Second point : il est sans doute nécessaire de repenser notre vision de la consommation de vin. Ce rapport, comme de nombreuses études, repose sur un préalable qui pense celle-ci comme étant en forte décroissance.

Plan Stratégique, p. 7.

Ce qui n’est pas faux en soit, mais aussi limité que tronqué. En premier lieu parce que cette analyse ne porte que sur des volumes et non des valeurs. Ne buvons-nous pas moins mais mieux ? Il serait nécessaire de ne plus seulement employer des « litres par an par habitant », pour glisser vers un nouveau taux qui prendrait en compte la valeur de la consommation. Aux économistes de réfléchir sur ce point.

Gustave Caillebotte, Les raboteurs de parquet (102 cm × 146.5 cm, Musée d’Orsay, Paris) : le vin source d’énergie.

Ensuite, parce que ces chiffres de consommation passée ne veulent pas dire grand chose pour notre société. Le vin était, à partir du XIXe siècle, une boisson-alimentation qui permettait aux classes laborieuses, paysans et surtout ouvriers, de trouver de l’énergie pour mener à bien leurs éprouvantes tâches, tout en évitant de boire une eau souvent vectrice de maladies. C’est pourquoi la consommation de vin, encore relativement limitée avant le XIXe siècle, connaît un accroissement spectaculaire pendant cette période, pour connaître son maximum autour de l’Entre-deux-guerres mondiales. La consommation culmine alors à près de 200 litres par an et par habitant. L’histoire du XIXe siècle s’interpose entre nous et les chiffres cités. D’autant plus que ce vin est plutôt de piètre qualité, faiblement alcoolisé, et de conservation très limitée dans le temps. Voudrions-nous revenir à ce prétendu « âge d’or » de la consommation ? Cela n’a pas de sens. Aux historiens (et ils l’ont déjà fait, à nous de les lire !) de démystifier cette consommation passée.

Ana_PER CAP_02La consommation de vin dans le monde (1978-2006)

(Cliquez sur la carte pour l’agrandir)

Ensuite, parce qu’il n’y a jamais eu autant de consommateurs de vin dans le monde ! Alors que le vin était encore jusqu’au début du XXe siècle essentiellement confiné à l’Europe*, il est devenu une boisson globalisée. Presque tous les pays du monde, hormis ceux le refusant pour des raisons religieuses, adoptent progressivement sa consommation. Et ils le font avec un engouement remarquable. Aux géographes et aux sociologues d’en comprendre les ressorts.

En effet, le vin est devenu à la mode. « Glamour » dirait la spécialiste anglaise Jancis Robinson. Il semblerait d’ailleurs qu’un frémissement apparaisse en ce qui concerne les jeunes sur les courbes de consommation (en volume, hélas…) publiées par France Agrimer. J’évoque ce point ici.


Source : France Agrimer, Etude quinquennale 2010 sur la consommation de vin en France, 27 novembre 2012.

Il est bien sûr trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, et la tendance pourrait s’inverser. Mais tout de même, il semble bien que quelque chose se produise. À preuve, le succès rencontré par les bars à vins. Je reviendrai sur ce point. Mais on peut d’ores et déjà constater qu’il s’agit de lieux fréquentés par des jeunes, urbains, diplômés, travaillant dans le domaine tertiaire, et plutôt féminins.

Deux questions pour finir.

Ces jeunes femmes vont-elles visiter des exploitations viticoles ?

Certainement pas.

Nous sommes nous intéressés à ce qui les motiveraient d’un point de vue oeno-touristique ?

J’en doute.


* On remarquera l’importance de l’Afrique du Nord encore dans les années 1970.

Le Plan Stratégique de FranceAgrimer (1) : une nette influence du Nouveau Monde


Le vignoble de Sancerre. Des campagnes profondément humanisées.

FranceAgrimer vient de rendre public son rapport intitulé Plan stratégique sur les perspectives de la filière vitivinicole à l’horizon 2025 (daté du 14 mai 2015).

PlanStratégiqueVin

Nul doute à cela, c’est un travail sérieux qui mène une analyse rigoureuse des forces et des faiblesses de la filière viti-vinicole, et propose 73 mesures réunies en 21 objectifs. Cela concerne aussi bien la conquête des marchés extérieurs, la réponse à demande sociétale pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement (sans d’ailleurs que la porte des OGM ne soit explicitement fermée…*), la modernisation les entreprises, ou encore les questions de gouvernance.

Je ne me prononcerai pas ici sur le bien-fondé de certaines propositions, n’en ayant ni la légitimité ni les compétences. En revanche, il semble particulièrement intéressant de décrypter le regard que porte le rapport en matière de relation à l’espace et de compréhension d’un monde viti-vinicole dont nous sommes les héritiers.

Première remarque. Si les rapports sont bien nombreux à se pencher sur le secteur du vin (depuis les rapports César, Berthomeau, Dubrule ou Pomel pour n’en citer que quelques-uns), il s’agit d’un rapport qui fait figure de plan stratégique. Il est donc dans la droite ligne de ce que le Nouveau Monde a mis en place : à l’image tout d’abord de l’Australie, puis des États-Unis (Wine Vision 2020, introuvable sur le web), ou de l’Argentine et du Chili, plus tard repris par l’Espagne, il s’agit de définir les forces et faiblesses du secteur, et de chercher à remédier aux difficultés en proposant des mesures ciblées.

Autant ces plans sont efficients dans certains pays du Nouveau Monde, tant le nombre d’acteurs est limité, tant la gamme de vin proposée est plus simple (l’Australie ne proposant par exemple dans les années 1990 quasiment que des vins d’entrée de gamme pour partir à la conquête du monde), et surtout, tant ces vignobles fonctionnent réellement sur des modalités de cluster. La réalité française est tout autre. Un exemple : comment concilier OGM et respect de l’environnement ? Il n’est pas certain que les laudateurs des premiers puissent s’entendre avec les producteurs « bio » par exemple, et vice-versa.

Seconde remarque, sur le fond cette fois. Parmi les points qui semblent obérer la compétitivité française : « un système de production fondé exclusivement sur les signes de l’origine et de la qualité » (p. 9). Quelles en sont les conséquences ?

Plan stratégique, p. 10.

et :

Plan stratégique, p. 10.

Au total, je cite, « la France est pénalisée en terme de compétitivité prix (la moyenne des rendements en France est structurellement / culturellement faible voire très faible par rapport à ses concurrents ce qui affecte substantiellement la compétitivité des produits et des entreprises). » p. 11.
Que faudrait-il à l’inverse ? Des « marques fortes intégrées dans des groupes puissants » comme cela existe dans le Cognac et la Champagne (p. 10).

Marques commerciales versus signes de qualité. N’est-ce justement pas ce que le Nouveau Monde propose ? Des marques connues et facilement identifiables, vendues par quelques producteurs très puissants (Gallo aux États-Unis, Concha y Toro au Chili, Casella Wines en Australie), qui tirent leurs vins de régions peu identifiées. Ou lorsqu’elles le sont, il s’agit en réalité d’appellations qui reposent uniquement sur des délimitations sans cahiers des charges. Ce qui veut dire par exemple que la question des rendements est totalement libre.
On pourra lire ici une comparaison entre le modèle proposé par le Nouveau Monde et le modèle français.

Ce premier modèle met l’accent sur la vini-culture, ce qui se passe dans la winery ou la bodega pour aller vite, et s’appuie sur de simples producteurs de raisin. Une vision beaucoup plus industrielle.


Parcellaire de format industriel au Chili (vallée de Colchagua).

À l’inverse, les Signes de qualité comme les Appellations d’Origine Contrôlée, ont été créés dans des espaces ruraux ; ils mettent l’accent sur la viti-culture. Le modèle français s’appuie sur des producteurs dont les exploitations sont de dimensions modestes, familiales ; elles animent le tissu rural. Une vie dense, marquée bien souvent par une longue succession de villages, comme en Alsace, en Bourgogne ou sur les bords de Loire.

La longue succession de villages alsaciens, un monde densément peuplé.

Les AOC ont justement donné plus de puissance aux producteurs contre les négociants pour limiter ce processus d’industrialisation des productions. C’est donc un choix de société. Le petit vin de terroir à forte typicité en est l’aboutissement. Et ce modèle fonctionne. Dans la durée, il a permis un maintien d’un tissu rural vivant. D’un point de vue économique, les chiffres sur les revenus des exploitants agricoles français montrent combien les secteurs les plus industrialisés (céréales, cochon, etc…) sont en difficulté, alors que seuls les exploitants en vin paraissent connaître un mieux-être.

Enfin, si notre offre peut sans doute paraître compliquée, l’Italie, sur laquelle le rapport pointe à plusieurs reprises les succès sur les marchés internationaux, n’est pas un modèle de simplicité… Plus de 450 AOC en France, pour plus de 300 DOC (Denominazione di origine controllata) en Italie. C’est donc un faux débat.

Vouloir se conformer au modèle proposé par le Nouveau Monde entraîne à se fourvoyer.

Il est bien dommage qu’un tel rapport ne prenne pas en compte des réalités spatiales et culturelles, qui sont le résultat d’une longue histoire, de fortes identités, pour se borner à une vision technique et économique. La question territoriale, si elle est bien annoncée dans le document (p. 4), est en réalité complètement évacuée. D’ailleurs, en ce qui concerne la réflexion sur le tourisme, le rapport est bien court (p. 19):

Plan stratégique, p. 19.

Je laisse le blanc, qui au-delà du simple effet de mise en page, en dit long…


 

* : Mesure 65 : « Repréciser le cadre réglementaire des autorisations d’expérimentation des nouveaux cépages et clones » (p. 28). Il faut lire entre les lignes… Qu’est-ce qu’un « nouveau » cépage, sinon un OGM ? Le respect de l’environnement passe-t-il par l’utilisation d’espèces génétiquement modifiées ? Vaste débat qu’on ne tranchera pas ici, mais dont on notera le langage politiquement correct.

Tourisme et vin en Californie


La Winery de Robert Mondavi

Si l’on fait exception des routes du vin en Allemagne, il est de coutume de dire que le tourisme du vin est né en Californie sous l’influence de Robert Mondavi (1913-2008). Décidant de voler de ses propres ailes après un conflit avec son frère portant sur l’entreprise de vin familiale, il crée la Robert Mondavi Winery en 1966.
Dès la construction des bâtiments, tout est prévu pour permettre l’accueil du public. Pour ce premier édifice dédié au vin construit depuis la période de la Prohibition (1919-1933), Mondavi fait appel à l’architecte américain Cliff May (1909-1989) qui s’inspire de l’architecture des Missions espagnoles (2e moitié du XVIIIe – début XIXe siècle).


La mission San Carlos Borromeo (Carmel, Monterrey)

Comme R. Mondavi est très influencé par les vignobles européens et leurs traditions, il faut sans doute voir là la volonté d’ancrer le vignoble californien dans la durée. Alors même que son essor débute réellement avec la ruée vers l’or (1848 – 1856) et le développement de l’urbanisation.

Il cherche également à faire de sa winery un lieu dédié à la culture et au plaisir. Des concerts sont donc régulièrement programmés. Et il bien sûr possible de boire du vin, de manger sur place, ou encore d’acheter toutes sortes de produits plus ou moins liés au vin et à la gastronomie.


Le restaurant et la terrasse de la winery


La salle de vente.

L’entreprise génère donc des revenus issus de toute une série d’activités périphériques à la vigne proprement dite. Un modèle appelé à se répandre dans le monde entier avec le succès que l’on sait. Et dont l’expansion est loin d’être aboutie…

La vallée de la Napa fonctionne sur ce modèle décliné un nombre incalculable de fois, avec plus ou moins de variantes. Tout s’organise le long de la route n° 128 depuis la ville de Napa jusqu’à Calistoga en remontant vers le Nord, ou sur un tracé parallèle, le Silverado Trail. Il n’y a plus qu’à choisir le domaine à visiter, depuis Chandon (LVMH) jusqu’au château Montelena.

L’expérience est sans doute troublante pour un Européen. La machine est bien huilée, et tout fonctionne à merveille. Mais elle est totalement impersonnelle. Le visiteur est pris dans un engrenage que conduit un salarié de l’entreprise, certes qualifié sur le vin et les processus de vinification, ayant des compétences en matière de dégustation et délivrant un discours préétabli sur tel ou tel arôme du vin dont il ne doit sans doute pas sortir, mais qui le tiendra finalement à l’écart du domaine.

À aucun moment il ne rencontrera un ouvrier agricole, un technicien, ou un œnologue. La mise en tourisme à la californienne crée tout un scénario (le story telling serait plus juste) autour du vin, en écartant le visiteur du processus de production viti-vinicole.

Ce que l’on trouve aussi dans les régions viticoles européennes dominées par de grandes maisons de négoce (la Champagne ou le Cognac, ou encore Porto et Jerez) ou de puissants châteaux (le Médoc par exemple).


Lone Oak Estate Winery (Comté de Mendocino)

C’est bien sûr affaire de goût, mais il manque à mon sens un contact avec le producteur ou la productrice. Ce que l’on trouvera davantage dans des espaces à forte tradition rurale. La Loire, l’Entre-Deux-Mer, la Toscane, ou encore la Moselle. Ou en Californie toujours, dans les régions plus périphériques, assises sur une viticulture plus familiale.
Small is beautiful.

Le Brésil et le vin


Importations de vin au Brésil (2000-2013)

Pour suivre la Coupe du Monde de Football au Brésil, buvez du vin brésilien ! Et pour vous rafraîchir, pourquoi pas un vin de glace… Car le pays est en effet à la fois consommateur et producteur de vin (14e producteur mondial). On l’oublie trop souvent.

Premier importateur d’Amérique Latine, le pays a doublé ses importations de vin, tant en volume qu’en valeur, en une dizaine d’année.


Volume et valeur des importations de vin au Brésil (2000-2013)
Source : OEMV

La forte croissance économique et la formation d’une classe moyenne urbaine suscitent un développement croissant du goût pour le vin. Hier réservée à la petite élite économique et intellectuelle du pays, cette boisson tend à devenir l’apanage des classes sociales urbaines les plus aisées. Même les telenovelas s’en font l’écho.


Copie d’écran de la série Avenida Brasil
« Nina derrama vinho no chão para Carminha limpar »

Pour visionner l’extrait, c’est ici, mais c’est vraiment si vous n’avez rien d’autre à faire…

Encore une fois, le vin devient un véritable marqueur de modernité, d’adhésion à la mondialisation, et d’ouverture sur le monde. Et notamment le monde proche ; l’Amérique Latine est désormais le premier fournisseur du Brésil. Le Chili a dépassé le Portugal, et l’Argentine connaît une progression remarquable qui devrait lui valoir de bientôt doubler l’ancienne métropole. À l’inverse, les anciens pays traditionnellement pourvoyeurs de vins, France et Italie, sont en déclin.

Le Brésil se tourne vers les pays du Nouveau Monde et principalement le Chili. À telle enseigne que les vallées viticoles chiliennes sont devenues une destination privilégiée pour les touristes brésiliens.


Jeune couple brésilien en voyage de noce, Viña Casa Silva (vallée de Colchagua, Chili, 2012).

Les statistiques de visites touristiques dans le vignoble chilien confirment la très forte présence brésilienne.


Nombre de touristes par pays d’origine dans le vignobles chilien (2010)
Source : Diagnóstico del Turismo del Vino en Chile.

Ce qui veut dire, volens nolens, à quel point l’éducation des Brésiliens au vin se fait de plus en plus par des vins… avec indication de cépage.

On ne s’étonnera donc pas de voir les producteurs de vins brésiliens reprendre cette manière de dire le vin. Par exemple, le producteur Campos de Cima (Rio Grande do Sul) (présent en France lors des Rencontres du Clos de Vougeot 2013 auxquelles j’avais pu participer) élabore une gamme de vin avec certains des cépages internationaux les plus plantés au monde : merlot, chardonnay, mais aussi de manière plus surprenante viognier. La boucle est bouclée.

Le Brésil intègre la mondialisation de la planète viti-vinicole en adhérant aux nouveaux modes de consommation et de présentation du vin.

Paysages du vin : Marsala (Sicile)

Image


Hélas, bien peu de grands vignobles ont connu un déclin aussi prononcé que celui de Marsala. Les paysages attestent des difficultés que connaît la région : hormis une poignée de grandes maisons de négoce, deux ou trois tout au plus, le reste fait pâle figure. Le quartier vinicole de la ville n’est plus que l’ombre de lui-même. Certains chais sont abandonnés, alors que d’autres sont heureusement reconvertis, notamment pour être utilisés par le Musée archéologique de la ville.
Anciens chais vinicoles reconvertis pour le musée.


Chais abandonnés.

Quant au vignoble, il faut bien dire que son extension n’est pas à la hauteur de sa renommée. L’auréole viticole qui cerne la ville, surtout située au Sud-Sud-Ouest, laisse rapidement la place à de la polyculture, avec ça et là encore quelques tâches de vignes. Le tout largement dévoré par l’urbanisation croissante. Le vignoble a dû considérablement diminuer depuis l’heure de gloire de ce vin muté, c’est-à-dire fin XIXe – début XXe siècle.


Vignes protégées du vent par des filets. Urbanisation en arrière-plan.

Car ce vignoble s’inscrit dans la famille des vins de Porto, Jerez ou Madère. Autant de vignobles dont la prospérité date de la fin de l’Époque Moderne, et surtout du XIXe siècle. Autant de vignobles dont les évolutions sont à comprendre par le rôle du commerce anglais. On remarquera une grande similitude de l’architecture des chais avec ceux que l’on peut trouver à Jerez ou à Porto.


Des paysages qui ne sont pas sans rappeler ceux de Sanlúcar de Barrameda.


Foudres et tonneaux dans les chais de l’entreprise Fleurio.

La technique de la solera est d’ailleurs utilisée, à l’imitation du vignoble andalou.

Les vins de Marsala se seraient développés sous l’influence d’un négociant anglais, John Woodhouse (1768-1826). Son rôle serait certainement à relativiser ; il doit inscrire son action dans le vaste mouvement commercial de la présence commerciale anglaise dans l’Atlantique et la Méditerranée. Londres s’approvisionne aussi en vins depuis ses possessions de Malte ou de Chypre. C’est peut-être une raison essentielle du déclin du Marsala : l’éloignement relatif de la métropole, surtout par rapport à Porto ou Madère, et plus encore le fait que les Anglais n’aient pas fondé de véritable colonie comme c’est le cas pour ces deux derniers vignobles. Les liens sont plus ténus.


Bouteille destinée au marché anglais (« Inghilterra« )

Ajoutons à cela une image de « vin de sauce » et sans doute une qualité insuffisante dans les années 1970-1980, et l’on comprendra pourquoi le vignoble est en difficulté. Comme les autres vignobles de vins mutés, mais avec ici un déclin beaucoup plus prononcé.

Hélas encore, la présence de bouteilles de Marsala dans le film Le Parrain 3 n’aura pas suffit à redonner un engouement pour ce vignoble…


Andy Garcia, Al Pacino, deux bouteilles de la marque Florio. Le Parrain 3, film de Francis Ford Coppola, 1990.

Les États-Unis, 1er marché mondial du vin

La consommation de vin dans le monde
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C’est officiellement confirmé par l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), les États-Unis sont désormais le premier marché mondial du vin. Avec 29,1 millions d’hectolitres consommés en 2013 (il s’agit de prévisions), ils dépassent la France (28,1 Mhl). Seulement 80 ans après la Prohibition (1919-1933).

Source : Wine Institute, 2013.

J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le sujet (notamment ici et ici).
C’est la confirmation d’une métamorphose profonde de la planète des vins. Les pays anciennement producteurs et consommateurs (France, Italie, Espagne) sont en perte de vitesse, alors que d’autres pays émergent. La Chine est désormais le cinquième consommateur mondial… devant le Royaume-Uni. Certes, en termes de consommation par habitant, l’Europe domine toujours le monde du vin, mais elle partage à présent sa suprématie.

En effet, davantage que les seuls volumes ou les seules valeurs de ce commerce mondial, ce sont désormais d’autres éléments qui sont à retenir pour penser la nouvelle planète des vins. Elle devient plus libérale ; les frontières s’abaissent, les diverses technologies pour produire des volumes importants sont de plus en plus présentes, songeons à l’utilisation des copeaux de bois. Elle repose sur de nouveaux codes ; la mise en avant du nom de cépage est devenue l’un des éléments les plus évidents. À l’inverse, elle attise les phénomènes identitaires ; l’utilisation de cépages oubliés mais remis au goût du jour dans telle ou telle partie de l’Europe répond à la sensation de banalisation des vins.

Les pays du Nouveau Monde, et surtout les États-Unis, ont d’ores et déjà un rôle majeur sur les évolutions que nous connaissons. Un dernier exemple ? Un début d’engouement pour les verres de type bourguignon, ces verres immenses utilisés par les Américains et que l’on perçoit dans les films ou les séries TV. Ils deviennent à la mode.


Copie d’écran du film Friends with kids (2012)

Les successeurs de Gaudí et les coopératives vinicoles (Catalogne)

Cave de Nulles

S’inscrivant dans un vaste mouvement européen qui couvre les campagnes viticoles de coopératives de vinification, de nombreux villages catalans s’organisent de façon collective au tout début du XXe siècle. Ces coopératives, souvent considérées comme « filles de la misères », visent à répondre aux grandes difficultés économiques et sociales suscitées par la crise du phylloxéra, puis la période de surproduction qui s’en suit.

Le mouvement démarre dans les pays germaniques (celle de Ribeauvillé est fondée en 1895, alors en territoire allemand) avant de s’étendre à toute l’Europe. Deux mouvements idéologiques président à son expansion : le socialisme d’une part (la cave de Maraussan, première cave française créée en 1905 est inaugurée par Jean Jaurès) et le catholicisme social d’autre part. Les caves catalanes appartiennent à ce second mouvement.


Cave de Rocafort de Queralt

Les architectes qui les dessinent, Cèsar Martinell i Brunet (1888-1973) ou Pere Domènech i Roura (1881-1962), sont de brillants successeurs de Gaudí. Cèsar Martinell a par exemple collaboré avec lui pour la création de la Sagrada Familia. On pourra voir une liste de ses réalisations sous ce lien (en catalan).

cave de Montblanc

Les différentes coopératives se trouvent concentrées au Sud-Ouest de Barcelone, dans les régions de l’Alt Camp, la Conca de Barberà, le Priorat et la Terra Alta.


cave de Montblanc

Une partie des caves était en bien mauvais état, un programme de rénovation a heureusement été lancé pour les réhabiliter et les ouvrir au tourisme. La fréquentation n’a pas l’air d’être au niveau de ce qu’elles représentent en termes de patrimoine. Il conviendrait sans doute de les associer à Barcelone et à Gaudí pour qu’elles puissent connaître un certain intérêt de la part du grand public. Elles seraient un atout majeur pour le développement local de cette partie rurale de la Catalogne.