La grêle, un phénomène climatique violent

Source : Domaine de Tout l’Y Faut (Marcillac) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

L’épisode de grêle qui vient de secouer le vignoble bordelais, dans le Médoc et surtout en Blaye Côtes de Bordeaux et Côtes de Bourg, mais aussi une partie du vignoble charentais, fait preuve d’une rare violence à l’égard des viticulteurs. Une violence physique, tant les ceps décimés ont perdu leurs feuillages et les futures grappes de raisins, hachés qu’ils sont par la chute des grêlons de glace.

Source : Château l’Espérance (Berson) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

Certaines photos sont saisissantes tant les projectiles sont imposants.

Source : Domaine Maison de la Reine (Saint-Mariens) – ODG Blaye Côtes de Bordeaux

 

 

 

 

 

 

 

En outre, les orages passent relativement longtemps sur le Blayais une bonne partie de l’après-midi du samedi 26 avril. La vidéo montre les décharges de foudre au long de la journée, repérées par radar.

[patientez un peu pour le déclenchement de la vidéo]

Source : http://fr.blitzortung.org en date du 26 avril 2018.

Une violence morale, tant le dénuement doit accabler les viticulteurs qui découvrent leurs parcelles laminées. C’est tout une année de travail qui s’envole en quelques minutes à peine. Une violence économique bien sûr, tant la viabilité d’une exploitation peut être remise en question à la suite de cet aléa climatique, surtout si le domaine a déjà été touché l’an dernier par l’épisode de gel… Les conséquences à long terme peuvent être majeures, on le voit. La sidération doit hélas être grande et violente pour certaines personnes.

Une fois encore, puisse les solidarités régionales, nationales ou individuelles aider à passer ce mauvais cap.


Source : Archives Départementales de Gironde, 4 Fi 3747

 

 

Peut-on lutter contre ce fléau ? Comme pour le gel, différentes manières de lutter, soit directement soit indirectement existent. Elles n’ont pas toutes la même portée. La première méthode, celle à laquelle ont souvent recours certaines viticulteurs, ce sont les canons à grêle, sensés pouvoir désamorcer un épisode orageux. La méthode est ancienne comme le montre cette ancienne carte postale de Saint-Émilion. Le vignoble du Beaujolais s’est équipé l’an dernier de tels canons. Leur efficacité est plus que douteuse. Le géographe Freddy Vinet (Le Risque grêle en agriculture, 2000) remet en question cette pratique dans son livre. On pourra d’ailleurs lire une synthèse dans l’article sous ce lien.

Il est donc nécessaire de protéger le feuillage et les grappes. La méthode la plus simple serait d’étendre des filets de protection comme cela se fait pour certains arbustes ou dans les vignobles de raisin de table. Une méthode que l’on pouvait aussi voir dans le film Premiers Crus (2014)… sans grand réalisme.

Source : Premiers Crus (2015), réalisation Jérôme Le Maire.

Car c’est là que le bât blesse : si la méthode est éprouvée, elle n’est pas sans modifier le micro-climat qui entoure le cep de vigne. Quiconque aura dormi sous une moustiquaire ou dans une tente au soleil aura expérimenté la chaleur qui peut vite y régner. C’est justement ce que l’INAO refuse, arguant – à juste titre – que cela modifie la typicité des vins. Et effectivement, le lien au terroir serait brisé ou tout du moins sérieusement affecté, ce qui empêcherait de recourir à une AOC. Pour ne pas parler du désastre paysager que de telles techniques occasionnent : on le voit en Espagne avec la région maraîchère de Carchuna (Andalousie), devenue une immense toile de plastique, du fait des serres.

Carchuna (Espagne) : il s’agit de serres et non de filets protecteurs, mais tout de même, cela donne une idée de ce que le plastique peut donner lorsqu’il est employé à outrance.

Chili, vallée de l’Elqui. Des vignes protégées par des filets de plastique.

Au Chili aussi, en dépit d’une certaine esthétique – il faut bien l’avouer pour ce vignoble en pleine aridité -, le paysage est métamorphosé.

Ceci dit, les méthodes ont évolué. J’ai pu voir en Italie des filets beaucoup plus discrets visuellement. Ont-ils un impact sur le micro-climat du cep ? Certainement, même s’il est certainement moindre que pour la première technique.

Et il y aurait peut être des moyens pour que les viticulteurs n’aient pas le droit de les conserver tout le temps : globalement, les épisodes orageux sont plutôt bien prévus par Météo France, il y aurait peut être la possibilité de les mettre sous certaines conditions, temporairement. Je conçois bien que ce serait un énorme travail à mettre et à enlever… mais c’est sans doute mieux que de tout perdre.

Enfin, se pose inévitablement la question des assurances. J’avais déjà évoqué ce problème et le coût qu’elles engendrent dans un précédent billet lors du gel de 2017 (ici et ici). On se rappellera la mobilisation des motards il y a quelques années pour faire baisser le prix de leurs polices d’assurance, allant même jusqu’à créer leur propre mutuelle. Or, le monde viticole, et agricole en général, est un lobby autrement puissant que ne le sont les motards ; on vient d’en avoir l’illustration à l’Assemblée nationale lors du vote de la loi sur l’agriculture. Plusieurs points essentiels – refus d’étiquetage des aliments gras ou sucrés, la question du glyphosate – montrent la puissance du monde agricole et de l’industrie agro-alimentaire sur certains sujets en France. Soit dit en passant, à rebours complet des attentes sociétales…

Source : Twitter

SI la question de l’assurance n’est pas réglée, c’est peut-être tout simplement parce que le monde agricole ne s’en est pas véritablement emparée. Pourquoi une telle absence de mobilisation ? D’autant, rappelons-le, que le président de la République M. Emmanuel Macron a nommé comme conseillère spéciale Mme Audrey Bourolleau, ancienne lobbyiste de Vin et Société, qui travaillait naguère pour l’Union des Côtes de Bordeaux. Les hautes sphères de l’Etat ont une oreille toute particulière pour le monde viticole.

Que n’en profite-il pas pour de bonnes raisons ?

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Merci à l’ODG ODG Blaye Côtes de Bordeaux pour les photos.

1968 dans les vignes (1)

Si l’année 1968 attire une attention bien légitime sur les villes, le monde ouvrier et les étudiants, il n’en demeure pas moins que les campagnes, et notamment les vignobles, connaissent des évolutions remarquables. Elles sont plus feutrées, moins évidentes, mais sont tout de même essentielles pour comprendre les vignobles actuels. Trois reportages autour des vendanges de l’année 1968 permettent de s’en convaincre.

Vendanges médiocres pour le Saint-Émilion

1968 est une année difficile pour les viticulteurs, avec un été pluvieux ; elle place les vignobles dans des situations périlleuses du fait de la pression des maladies, avec la pourriture grise par exemple. À ce propos, ce n’est pas de la fumée que l’on voit comme l’indique le journaliste, mais bien les spores des champignons. Certains domaines perdent leur récolte, tout du moins parce que la qualité suffisante n’est pas au rendez-vous. Deux remarques à ce propos. Tout d’abord, l’utilisation des pesticides n’est pas encore commune à Saint-Émilion, alors qu’elle permet déjà de sauver la récolte des vins de Savoie, comme on le verra ci-dessous. Peut-être l’émiettement des structures, une attitude plus attentiste sinon conservatrice, sans doute encore un éloignement d’une France de l’Est et du Nord plus industrialisée et proche des foyers d’innovation, freinent-ils encore le développement de procédés qui permettront d’obtenir des récoltes chaque année ou presque. Ce sera tout le travail d’un œnologue comme Émile Peynaud (1912-2004) d’enseigner aux producteurs à obtenir avant tout des récoltes saines pour bénéficier de vins de qualité. Le vignoble français est en route vers une transformation considérable de ses manières de produire le vin.


La dégustation, phase essentielle de l’agrément des vins.

Et justement, cela se fait à Saint-Émilion par un agrément. Cette AOC est la première de France à mettre en place non seulement un contrôle de l’origine des raisins, mais aussi un contrôle de la qualité dès 1954 dans le cadre du classement. Les vins doivent être conformes à des critères mis en place par les viticulteurs, en termes par exemple de pH, de degré d’alcool, mais aussi de caractéristiques gustatives. Une trentaine d’année après la création des AOC (1935), Saint-Émilion ouvre la voie à un système qui permet une forte élévation qualitative du vignoble français, par la dégustation et la comparaison des vins, et normalement par un encadrement des viticulteurs dont les vins sont en dessous des normes souhaitées. Les idées de progrès et d’amélioration qualitative des vins sous l’influence de « noyaux d’élite » est au fondement de la démarche de la France en matière de vigne et de vin. On pourra lire l’excellent article de l’historien Florian Humbert sur le sujet.

Mariage en Saône et Loire

(on peut se limiter à 1 mn 30 de visionnage)

Source : INA.fr

Même si le sujet du reportage ne porte que bien peu sur la vigne et le vin, on peut percevoir dans ce vignoble les débuts de la mécanisation. Plus tardive que dans d’autres cultures, elle est favorisée par le développement à la fin des années 1950 et au début des années 1960 par les premiers tracteurs enjambeurs créés en Bourgogne. Ils permettent de ne pas reconfigurer les vignobles, avec toute leur structure de vignes palissées pour les traitements, et par conséquent de passer au dessus des vignes depuis certaines allées.

Un tracteur enjambeur, vue de derrière (la vue la plus claire dans ce reportage)

Cette mécanisation ouvre la voie à une forte banalisation des paysages, par la suppression par exemple des arbres fruitiers présents dans les vignes ou le long des haies, et s’accompagne d’une spécialisation des exploitants agricoles. Le reportage suivant le dira : « cet agriculteur sait être un vigneron ». Tout le système scolaire, banquier, syndical ou ministériel ira dans le sens d’une spécialisation poussée des agriculteurs : ici des éleveurs, là des céréaliers, plus loin des viticulteurs. La fin de la polyculture, longtemps perçue comme un archaïsme surtout sous l’influence du modèle Nord-Américain – le plan Marshall (1947) repose notamment sur l’équipement accéléré des agriculteurs en tracteurs et autres outils mécanisés -, est un des éléments majeurs de la France de la deuxième moitié du XXe siècle.

Le vin blanc de Savoie : l’Apremont

Source : INA.fr

Enfin, et au-delà des éléments déjà évoqués, ce reportage évoque la création d’une cave coopérative. Elle est bien tardive pour le reste de la France, puisque les grands moments de développement coopératifs se sont faits au tout début du XXe siècle et dans les années 1950. Mais elle témoigne de la complexité accrue du métier de viticulteur : nécessité de recourir à des savoirs scientifiques et techniques, utilisation d’outillage de plus en plus perfectionnés, comme en attestent les pressoirs horizontaux du film, ou encore création de structures de ventes. On le voit, l’horizon des viticulteurs savoyards est encore régional, ils cherchent à étendre leur influence en direction des grandes villes, Lyon et Paris. Ce sera plus tard le développement des stations de ski qui leur permettra de toucher une nouvelle clientèle, et de manière ultime, l’étranger. Alors que seuls 10 % des vins français sont vendus à l’étranger à la fin des années 1960, ce sont maintenant plus de 30 % d’entre eux qui passent une frontière. Le vignoble français – hormis les « grands » vignobles de Bordeaux, Champagne, Bourgogne et Cognac qui étaient déjà internationalisés – commence à s’intégrer à la mondialisation dans ces années là. Porté par l’essor de la grande distribution – en pleine croissance dans ces années 1960 – et des classes moyennes, le vignoble français connaît alors une forte croissance de ses productions.

1968 n’est à l’évidence pas une année charnière pour le vignoble français, mais il n’en demeure pas moins que ce dernier connaît de nombreuses évolutions : professionnalisation, spécialisation, mécanisation, utilisation de la chimie, internationalisation puis mondialisation des ventes. Des changements profonds, mais inscrits dans la durée. Nulle révolution ? Si, mais c’est en Italie qu’une petite révolution se tient en matière de vigne et de vin. À suivre…

L’INAO bien inspirée

L’INAO vient de mettre en ligne la cartographie des Appellations d’Origine Contrôlée. Une belle manière d’explorer le vignoble français.

Source : IGN, INAO

[Cliquez pour agrandir les images]

Le jeu de mot est facile, mais l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) vient de mettre en accès libre la cartographie des Appellations d’Origine Contrôlée du fait de la directive INSPIRE (2007). Suivez ce lien pour y accéder.

Il est donc possible d’explorer les territoires viticoles français. Certains sont tout petits, mais grandioses par leurs paysages et la qualité de leurs vins. Songeons aux Côtes-du-rhônes Nord, à la hauteur de Vienne par exemple.

En zoomant, on parvient à lire le parcellaire viticole à une échelle d’une rare précision.
Ce qui renvoie directement aux splendides paysages des bords du Rhône.

On pourra aussi explorer quelques particularités du vignoble français. Des vignes sur des volcans (à l’Est de Clermont-Ferrand)  :
Des vignes qui se jettent dans la mer, avec un spectaculaire paysage de terrasses à Banyuls.

Et les paysages du vignoble :

Ou encore la viticulture de coteaux des bords de Loire, ici en amont de Tours.
A ce propos, et sauf erreur de ma part, le travail de délimitation à l’échelle parcellaire, plus avancé dans certaines régions que d’autres, apparaît bien.
Ici dans le vignoble nantais, la localisation des aires AOC est faite à la parcelle. Je vous laisse imaginer l’énorme travail réalisé par les agents de l’INAO et souvent les viticulteurs eux-mêmes.


La Butte de la Roche face au Marais de Goulaine

Là dans le vignoble bordelais, les limites sont plus floues, se bornent à exclure les vallées, et conservent de nombreuses parcelles de forêts.

Le vignoble bordelais à hauteur de Langoiran

Un regret ? L’absence de certaines régions viticoles, mais je suppose que ce n’est qu’une question de délai. Ni l’Alsace, ni la Champagne, ni le Cognac ne figurent dans les données accessibles. Pour l’instant sans doute.

Enfin, pour les amateurs de SIG, il est possible de télécharger les données (sous ce lien). Et d’explorer les différences de vignobles ou de parcellaires.

Il est alors possible de mieux zoomer sur les Appellations, comme ici en Bourgogne ou les Appellations villageoises (de Chenôve à Chambolle-Musigny) apparaissent de différentes couleurs.

Cela permet d’aller un peu plus loin dans l’analyse, et de voir que les îlots délimités par l’INAO n’ont pas du tout la même configuration en fonction des régions. Un rapide – mais non moins savant – calcul permet de comparer les régions par rapport à la moyenne nationale :

Dimension des îlots de parcelles inclus dans les aires d’appellation

Ce qui donne à l’échelle de la France cette carte (en violet ce qui est sous la moyenne, en orange au dessus) :

En zoomant sur des régions, on perçoit bien tout le travail de délimitation souvent effectué à la parcelle dans certains secteurs, comme ici sur la Loire.


Le vignoble nantais tout à l’Ouest, l’Anjou au centre et à l’Est de la carte.

Alors que Bordeaux – tiens donc ! – paraît beaucoup plus en retard sur ces tendances. Le vignoble juxtapose encore de grandes plages délimitées sans pour autant que tout ne soit de la vigne, ou ne soit des terrains de grande qualité viticole.

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Un grand merci à Julie Pierson et Grégoire Le Campion (Pôle Analyse et Représentation des Données, Laboratoire Passages, CNRS UMR 5319 – Bordeaux) pour leur aide.

Le Cap (Afrique du Sud) et la crise de l’eau

La province du Cap en Afrique du Sud est confrontée à une grave sécheresse. Le vignoble, essentiellement irrigué, est face à une situation qui devrait l’obliger à évoluer.

Le front d’eau de la ville du Cap (Cape Town) et la Montagne de la Table en arrière-plan.

La ville du Cap à l’extrémité méridionale du continent africain est plongée dans une grave crise de manque d’eau. Sans précipitations supplémentaires dans les semaines ou mois qui viennent, les robinets risquent d’être fermés ; le “day zero” menace.


Source : Memeburn

Un plan de gestion des eaux en période de crise est activé par la municipalité de Cape Town : “les zones commerciales stratégiques, les zones à forte densité avec un risque accru de maladies et les services essentiels, comme les hôpitaux, continueront de recevoir de l’eau potable ». Des phases sont mises en place en fonction de la gravité de la situation. Pour l’instant, la population est rationnée en eau, avec 50 litres par jour par habitant.

Les vignes sont irriguées, les tuyau permettent de contrôler l’apport d’eau avec la technique du goutte à goutte (Vignoble du Cap).

Les reliefs arides en arrière-plan contrastent avec les vignes irriguées (Stellenbosch, Province du Cap).

Dans le court terme, la viticulture pâtit bien sûr de ces conditions. Comme je l’avais évoqué précédemment pour le Chili, certaines vignes sont abandonnées faute d’eau. Mais comme la période des vendanges arrive d’ici peu – vers le mois de mars -, la consommation est en nette diminution, jusqu’à devenir nulle au moment où les premières pluies arriveront lors de l’automne austral.

Pompe à eau permettant d’amener l’eau sur les premiers reliefs et d’irriguer le vignoble. Vignoble de Groot Constantia, Le Cap.

Retenue d’eau. Tout le vignoble est constellé de petites étendues d’eau pour l’irrigation (Le Cap).

Dans le long terme, le discours des autorités est teinté d’optimisme, voyant dans cette crise le moyen de réorienter le vignoble sud-africain vers des vins plus qualitatifs. En effet, les vins de ce pays sont peu valorisés : une grande partie de la production est faite pour le vrac, à des prix bien peu rémunérateurs.

Les exportations de vins dans le monde (en valeur – US$)

Source : Global Wine Markets, 1961 to 2009: A Statistical Compendium.

Avec le renchérissement du coût de l’eau, la viabilité de cette production est menacée. Cela devrait amener les professionnels à accroître la qualité de leurs productions. Remarquons au passage qu’il s’agit d’une des grandes interrogations de la nouvelle planète des vins : alors que les autres pays dits du Nouveau Monde ont tous connu un spectaculaire virage qualitatif, l’Afrique du Sud – tout comme l’Argentine d’ailleurs – est demeurée un pays plutôt orienté vers une production de masse. Elle connaît donc des difficultés, le nombre d’entreprises dans le secteur du vin ne cesse de diminuer : 4000 en 2004, 3000 en 2016.
Il faudrait aussi reconsidérer l’utilisation de l’eau à plus long terme. Une viticulture pluviale est possible, à condition d’accepter une baisse des rendements, et par conséquent d’orienter la production vers plus de qualité. Il en va probablement, dans un monde concurrentiel comme celui de la vigne et du vin, de la survie d’une partie du vignoble sud-africain.

Quelles sont les raisons de ce manque d’eau ? Une sécheresse exceptionnelle tout d’abord, comme le montre le graphique du Guardian, les précipitations sont au plus bas depuis 3 ans déjà.

Source : The Guardian.

De ce fait, les principaux barrages qui alimentent la ville et sa région sont asséchés. Le principal d’entre eux, le Theewaterskloof dam, n’a par exemple plus que 13,5 % de capacité de fourniture en eau.

La pointe Sud de l’Afrique est soumise à une anomalie géographique : la présence du courant froid de Benguela, qui remonte du Sud vers le Nord du continent, en stabilise l’air. L’anticyclone ainsi formé à la hauteur du Transvaal empêche les pluies de gagner le continent. Le désert du Namib, qui s’étend du Nord de l’Afrique du Sud jusqu’à la Namibie, témoigne de ce mécanisme azonal. Le réchauffement climatique aurait-il un rôle sur l’accentuation de l’actuelle sécheresse ?

Enfin, il faut tenir compte de l’urbanisation sans cesse grandissante de cette partie de l’Afrique. La demande en eau ne cesse de croître de ce fait même – accentuée par le développement du tourisme depuis la chute de l’apartheid en 1991 -, alors que les conditions climatiques poursuivent une courbe inverse. Comme d’autres villes cernées de vignobles, par exemple en Californie avec Los Angeles et San Francisco.

Une solution ?

« Économisez l’eau, buvez du vin ! » Berkeley, Californie.

La Californie en proie au feu

La Californie a connu une crise sans précédent avec des incendies dévastateurs. Mettraient-ils en perspective des dysfonctionnements par rapport à l’environnement et à l’utilisation de l’espace ?

Source : Comté de Sonoma.

La Californie vient d’être ravagée par des incendies spectaculaires, avec plus d’une quarantaine de morts, et des destructions matérielles sans précédent.  Plus de 90 000 ha ont été dévastés, soit près de dix fois la superficie de Paris intra-muros. Il faudra de nombreuses années pour compenser ces pertes matérielles. À cet égard, plusieurs entreprises produisant du vin, les wineries, ont été détruites. Des vignes sont également affectées par le feu, soit directement, soit par les fumées alors même que les vendanges étaient encore en cours dans certains secteurs, soit encore par les produits anti-feu déversés. On pourra voir des images saisissantes sur le site du New York Times, du Los Angeles Times, ou de journaux locaux de la vallée de la Napa ou de la Sonoma. Ou encore sur cette vidéo tournée par des pompiers de Berkeley.


Source : Berkeleyside.

Rappelons-le tout de même, cet événement se déroule tout juste quelques semaines après que la côte Sud-Ouest des États-Unis ait été frappée par les ouragans Irma et Maria. Puissent ces destructions faire réfléchir l’administration Trump en matière de réchauffement climatique.

Les vignes bien vertes, parce qu’irriguées, contrastent avec les reliefs beaucoup plus secs à la végétation grillée l’été. Vallée de la Sonoma (Californie).

L’une des causes majeures des incendies provient de la longue sécheresse qui affecte la Californie, et dont on peut supposer qu’elle est en lien avec le réchauffement de la planète et très probablement des modifications de la circulation des courants marins. Le phénomène El Niño a connu une vigueur anormale ces dernières années. Dans le temps court, une vague de chaleur sans précédent a également frappé la Californie cet été, non sans répercussion sur la récolte et la qualité des vins. Avec les vents violents qui se sont levés pendant la période de la catastrophe – un phénomène de foehn qui accentue la sécheresse de l’air ambiant -, tous les ingrédients étaient réunis pour que des feux catastrophiques se développent. Mais qu’ils aient une telle ampleur est surprenant, et bien sûr attristant.
Il est ainsi frappant de voir que le premier État américain en termes de PIB ou d’innovations – la Silicon Valley se trouve au Sud de la baie de San Francisco -, correspondant à l’une des premières puissances au monde, paraisse aussi vulnérable face à des catastrophes “naturelles”. Mais le sont-elles vraiment ?

La sélectivité de l’espace est très forte : aux espaces plans l’agriculture ou les habitations, aux reliefs la végétation « naturelle ». Vallée de la Napa (Californie).

Ce qui est étonnant, c’est bien le fait qu’il semble qu’à mesure que nos sociétés reposent sur des développements technologiques toujours plus sophistiqués – et on le voit dans la lutte même contre les incendies, des moyens ultramodernes sont utilisés, des hélicoptères à la cartographie via des satellites -, elles en deviennent d’autant plus fragiles dans leur rapport à l’environnement. Elles sont également marquées par une forte sélectivité des espaces qu’occasionnent leurs activités : ici des vignes, là du bâti, plus loin des forêts (dès que la pente augmente un peu trop pour faciliter la mécanisation ou l’irrigation). Enfin par une absence de gestion combinée de ces différents espaces (avec autant d’acteurs compétents sur tel ou tel type d’espace, mais n’ayant somme toute guère de vision globale).

Les incendies se sont multipliés ces dernières années dans des régions de vignobles : Afrique du Sud, Chili, Sud de la France, ou encore Galice dernièrement.  Même si les causes sont souvent locales, il est tout de même impressionnant de voir combien ce fléau devient mondial.

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À lire sur le vignoble californien : R. Schirmer, « Le vignoble californien, vignoble de la mondialisation », Géoconfluences, 2015.

Le vignoble autrichien : les forces métropolitaines

Véritable antienne des géographes, les vignobles sont à comprendre dans leurs interrelations avec les villes.

Le Palais de Schönbrunn, vu depuis les vignes plantées dans l’Orangerie (Vienne).

Profitant d’un voyage en Autriche à l’invitation de l’Österreich Wine Marketing, j’ai eu la chance de participer à la nouvelle formule lancée par Vinexpo, Vinexpo Explorer (11-12 sept. 2017). L’occasion pour moi de revenir sur le rôle des villes dans l’affirmation des vignobles dans une ère mondialisée.

Certes, le lien ville-vignoble est ancien et complexe, et surtout essentiel : pour comprendre la genèse d’un vignoble, comme pour analyser les réseaux que celui-ci peut tisser dans le monde. Bordeaux, Reims ou Cognac sont des cas d’école bien connus. Le géographe Roger Dion l’avait magistralement démontré dans son Histoire de la Vigne et du Vin (1959).

Origine des personnes participant à Vinexpo Explorer en Autriche

[Cliquez pour agrandir la carte]

Vienne et Vinexpo Explorer en offrent un autre exemple. Cela se traduit tout d’abord par l’animation de réseaux entre des producteurs autrichiens d’une part, et des professionnels du vin d’autre part, importateurs pour la plupart d’entre eux. 90 personnes, de 31 nationalités, rencontrent 85 producteurs autrichiens, avec une volonté très nette de pénétrer les nouveaux marchés asiatiques et russe.

Vendant leurs vins presque exclusivement en Allemagne, les Autrichiens souhaitent pénétrer les marchés asiatiques.

La ville facilite bien sûr l’animation d’un tel évènement. Elle permet le recours à un aéroport international, à des professionnels de l’hôtellerie et de la restauration, et plus symboliquement à un lieu marquant, une synecdoque géographique de la ville de Vienne. L’essentiel des échanges entre les producteurs et les personnalités extérieures se passe en effet dans l’orangerie du château de Schönbrunn. Un cadre magique, qui contribue à parfaire l’image de qualité et d’inscription dans une longue histoire des vins autrichiens.

L’orangerie de Schönbrunn, dans laquelle se tient Vinexpo Explorer.

On le voit, aussi bien les équipements que les symboles forts de l’histoire autrichienne ou viennoise sont mis à profit.

À ce propos, Vienne jouit d’une particularité plutôt unique : la très forte proximité d’une partie des vignobles du pays. Cette métropole européenne doit être l’une des rares capitales – sinon l’unique capitale ? – qui noue les relations aussi intimes avec un vignoble. Le vignoble de Setúbal (Lisbonne) n’est plus que l’ombre de lui-même, Madrid n’est pas directement associée à un vignoble particulier. C’est tout l’inverse ici. L’un des dîners se tient par exemple dans une des institutions viennoises que sont les Heuriger ; c’est-à-dire des tavernes tenues par des producteurs qui ont le droit de vendre leur vin dans un tel cadre. Avec tout le folklore autrichien qui peut y être associé, aussi bien en termes de gastronomie que de musique ou de costume traditionnel… La plupart des Heuriger se situe aux portes de la ville, sur sa marge septentrionale, où se situent encore des vignes.

La cour intérieure d’un Heuriger… encore calme.

Et d’ailleurs, les vignobles les plus importants sont peu éloignés de Vienne, à l’exception de la Styrie. La Wachau ou le Burgenland sont à peine situés à une heure de voiture de la capitale. C’est un avantage considérable que de pouvoir présenter ses vins ou les paysages viticoles qui leurs sont associés aussi près des autres infrastructures évoquées. Et quels paysages ! Comment ne pas être conquis ?

Dürnstein (vignoble de la Wachau) sur les bords du Danube.

Des maisons colorées, des cigognes sur les toits, un paysage typique de l’Europe centrale. Le village de Rust sur les bords du Lac de Neusiedl, connu pour ses exceptionnels vins liquoreux.

La qualité perçue d’un vin ne dépend donc pas d’uniques aspects organoleptiques au sens strict, mais tient aussi de la construction de sa renommée. Celle-ci passe par l’élaboration de réseaux locaux ou mondiaux, ce que le Bordelais ou la Champagne ont particulièrement bien réussi dans la longue durée. C’est aussi le cas d’autres vignobles, en relation avec des villes dynamiques qui permettent de jouir d’éléments ou de facteurs propices à l’émergence de vignobles de qualité. Les vignoble de Pénèdes ou de Montsant avec Barcelone, les vallées de la Napa ou de Sonoma avec San Francisco, la vallée de la Hunter avec Sydney… A l’inverse, certains vignobles pâtissent d’une relation détériorée ou de l’absence d’une ville dynamique et puissante. Dans le premier cas, comment ne pas songer aux liens ambigus entre le Beaujolais et Lyon ? Dans le second, on pourrait sans doute citer nombre d’îles, qu’il s’agisse de la Corse ou de la Sardaigne, de certaines îles grecques ou espagnoles, comme les Canaries.

Et finalement, la géographie mondiale des vignobles de qualité ne serait-elle pas, à cette échelle au moins, le reflet de la géographie des villes ou métropoles les plus insérées dans la mondialisation ?

Vinexpo : bizarreries et autres chinoiseries

Vinexpo est l’occasion de saisir certaines tendances de la planète du vin, parfois surprenantes.

 

Vinexpo est un lieu particulier. Je vous passe le brouhaha des hélicoptères, le monde dans les allées, et l’extrême chaleur de cette année. Mais comme à chaque édition, on peut y déceler des tendances ; certaines disparaîtront rapidement, d’autres devraient s’affirmer. En tout cas, elles disent beaucoup d’une planète des vins qui se cherche, se renouvelle, ou parfois se perd un peu.

L’irruption du design dans la bouteille de vin. On a connu les Italiens plus inspirés…

Rupture des codes. Comme dans bien d’autres domaines, on assiste à des tentatives pour briser des codes bien établis. À commencer par la bouteille de vin elle-même. Elle est assaillie de partout, parfois avec un mauvais goût avéré – cela n’engage que moi – parfois en la remplaçant par un contenant moins… noble. La canette commence à apparaître, à destination de jeunes urbains moins soucieux de paraître. À moins justement que ce soit justement là que réside un jour la petite touche cool tant en vogue.

Canettes pour le vin. Une population ciblée bien spécifique.

Anciens pays ressuscités. Avec un stand de la Géorgie et un autre de la Grèce, les très vieux pays producteurs de vin sont à l’honneur. Certes, leurs productions sont encore confidentielles, mais ils ont des attraits remarquables dans l’actuelle planète des vins, tout particulièrement aux Etats-Unis avec la diaspora grecque par exemple. Ce sont des paysages à couper le souffle, on pense bien sûr aux îles comme Santorin. Ce sont aussi des techniques impressionnantes, avec souvent des ceps vieux de 150 à 300 ans semble-t-il, enroulés sur eux-mêmes, directement sur le sol.

Cep de vigne à même le sol, enroulé sur lui même. Source : domaine Argyros. (photo d’une photo prise sur le stand).

Une technique qui renvoie directement à l’Antiquité, elle est évoquée dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Ce sont encore des cépages peu connus et aux noms assez improbables (et tout aussi difficiles à prononcer pour nous).

Un délice trop peu connu, et hélas non importé en France.

 

Ce sont enfin des vins assez ignorés. Si vous en avez l’occasion, empressez-vous de goûter du vin santo. Un vin passerillé que l’on retrouve sur les bords de la Méditerranée, et qui est impressionnant de complexité aromatique. Un bonheur !

Ao Yun, vin de luxe chinois lancé par le groupe LVMH.

 

 

Nouveaux pays en pleine effervescence. Les Chinois sont impressionnants. En quelques dizaines d’années, ils vont parvenir à faire ce que d’autres régions ont mis beaucoup plus de temps à concrétiser, ou même n’ont pas réussi à faire. À l’évidence, beaucoup de capitaux et de technologie sont apportés, mais tout de même. Le premier vin de luxe chinois est déjà là, vendu à 300 dollars la bouteille. Le prix d’un Cheval blanc de petite année, comme 2013, d’un bon Pavie 2015, ou d’un Angélus-bu-par-James-Bond-himself. Comme ça, du jour au lendemain…

Région du Ningxia. On reconnaît la présence d’investisseurs internationaux d’origine française.

Et puis c’est aussi la présence de régions viticoles entières, alors que jusqu’à présent, on ne voyait que des entreprises. Pour la première fois à ma connaissance, une région viticole chinoise est représentée par un groupe de producteurs, celle de Ningxia. On n’est pas encore en présence de producteurs issus de la paysannerie, et les investissements spéculatifs paraissent dominer, mais il se passe indéniablement quelque chose.

Un mélange surprenant, Riesling, Chardonnay, et Seyval Blanc.

 

 

Enfin l’interdit. Le retour des hybrides, par les Américains. Ne prenez pas le terme d’interdit au pied de la lettre, certains cépages hybrides sont tolérés, mais notre histoire officielle a tout fait pour les supprimer ou les exclure des vins d’AOC. Ils sont donc largement méconnus. Aussi « interdit » doit-il être pris au sens de peu digne de leur porter de l’intérêt. J’ai eu la possibilité de goûter du catawba, du cayuga, ou encore du vidal. Une expérience parfois déroutante, tant nos canons organoleptiques peuvent nous mettre des ornières.

Et si le réchauffement climatique c’était aussi cela ? (2)

Le gel qui vient de sévir pose de multiples questions sur le devenir des vignobles. Quelques pistes sont évoquées.

Les vignes au premier plan sont gelées, alors que celles situées plus haut sur le coteau sont épargnées (Environs de Cadillac).

Si beaucoup d’argent a été mis sur la table ces dernières années pour comprendre l’impact du réchauffement sur les vignes – en termes de précocité, de changement du goût, ou encore de pression parasitaire – il semble que d’autres aspects liés au changement climatique et aux répercussions sociales n’aient pas été pris en compte.

Le carménère, cépage délaissé à cause de ses problèmes de maturité, et connaissant un renouveau.
Source : Wikipedia.

1. Les cépages. Certes, tout le monde songe à des cépages qui résistent mieux à la chaleur annoncée – plusieurs domaines du Bordelais s’intéressent à nouveau à des cépages presque oubliés, comme le carménère, ou même étrangers à la région, comme la syrah rhodanienne – mais personne n’a songé à des variétés qui pourraient avoir un débourrement bien plus tardif. Sauf erreur de ma part. Si les épisodes de gel deviennent récurrents, il y a fort à parier qu’il faudra aussi songer à ces nouvelles conditions. Serait-ce la quadrature du cercle ? Une réflexion sur la question serait intéressante à mener, quitte à faire un aveu d’échec, et donc à penser à d’autres pistes. Sociales notamment.

 

Une parcelle, un climat, un terroir ; la Bourgogne comme ultime modèle. Vosne-Romanée.

2. Hommes et femmes du vin. Tout notre modèle tend vers une fragmentation toujours plus poussée des territoires et terroirs du vin. Le nec plus ultra étant pensé comme un vin de terroir, on ne s’étonnera pas que l’on oriente les structures du vignoble français vers davantage d’émiettement. Avec de petites productions hyper localisées. De quelle marge de manœuvre les domaines entrés dans cette logique disposent-t-ils en cas de cataclysme ? Presque aucune s’ils n’ont pas de stock.
Des logiques collectives n’auraient-elles pas tout leur intérêt dans un cadre climatique bouleversé ? La question de l’assurance mériterait justement une réflexion collective. Si elle est pour l’instant chère et peu intéressante – ce qui explique les probables 10 % de domaines couverts – aucune démarche globale n’a pour l’heure été menée à ma connaissance. Le serpent se mord la queue. Si tout le vignoble engageait une solide réflexion sur la question, les presque 50 000 exploitations viticoles deviendraient à coup sûr une clientèle bien plus alléchante pour les assureurs. Surtout si l’on y adjoint le maraîchage et l’arboriculture… Les motards n’avaient-ils pas engagés un bras de force avec les assureurs il y a plusieurs années avant d’avoir gain de cause ?

Cartographie des espaces sensibles au gel, marais de Goulaine (vignoble nantais).

[source complète en bas de page]

3. Les paysages. Certains espaces se situent en situation de fort potentiel gélif. Ainsi des bas-fonds, des contre-pentes, ou des espaces dans lesquels une nappe d’air froid peut être bloquée par subsidence. Ces espaces peuvent aisément être repérés et cartographiés. Une telle démarche avait été faite il y a plusieurs années par des géographes autour du marais de Goulaine (Nantes). Elle pourrait être reproduite à une échelle plus large en France. À l’heure des SIG, rien de plus facile que de cartographier à la parcelle les espaces les plus menacés, et de faire des analyses sérieuses : pente, exposition, distance à un couvert végétal ou un fleuve, influence de l’urbanisation.

Îlots viticoles autour de Saint-Émilion, des données pourraient y être associées…(copie d’écran sous QGIS).

Et puis aussi de réfléchir aux travaux éventuels à mener. Les parcelles labourées ont-elles réellement mieux accusé le coup que celles qui étaient enherbées ? Autant d’éléments de connaissance qui pourraient être utiles pour prévenir de nouvelles situations de crise.

Les vignes au 1er plan, encore enherbées, sont gelées. Celles qui ont été labourées paraissent épargnées (Pessac-Léognan).

Avec pourquoi pas une réflexion de longue durée pour aider les viticulteurs les plus exposés à trouver d’autres terres. Hormis dans quelques rares appellations prestigieuses pour lesquelles les situations sont délicates à faire évoluer, ce n’est pas ce qui manque dans de nombreux vignobles français. N’estime-t-on pas que dans une région comme celle de Bordeaux, près de la moitié des exploitants proches de la retraite n’a pas de successeur. Une mobilité des parcelles, accompagnée dans la durée, serait tout à fait envisageable. La solidarité nationale pourrait ainsi jouer avant les difficultés, et non a posteriori comme c’est le cas aujourd’hui. Surtout si le phénomène devient bien de plus en plus récurrent.

L’utilisation de l’hélicoptère, un grand non-dit de nombreux vignobles (vignoble de Lavaux, Suisse).

4. Les hélicoptères. De grâce, évitons de tels moyens ! Je comprends difficilement que l’on puisse me vanter les mérites d’un terroir à l’heure du développement durable alors qu’il aura été survolé par une flopée d’hélicoptères… Je ne retrouve malheureusement pas la vidéo, mais la presse néo-zélandaise avait évoqué il y a quelques années, « Apocalypse Now dans les vignes », à grand renforts de Walkyrie ! L’image est désastreuse. Heureusement que la presse française, – plutôt médusée ? – n’a guère réagi au problème.

Vent, poussières, grêle, oiseaux, insectes… on arrête tout ou presque, mais à quel prix ?
(vignes en Sicile, pour du raisin de table).

5. Le terroir finalement. Nous voulons des vins de terroir, pour lesquels l’action humaine doit être la moindre possible – ou prétendue telle, nuance -, mais sans accepter toute l’ambiguïté de cette logique. En plus du gel, d’autres problèmes majeurs apparaissent aussi : traitement des vignes contre les maladies ou les ravageurs, éventuel recours à l’irrigation, protection contre la grêle. Un professionnel me disait que l’on pourrait utiliser des protections en plastique pour lutter contre tel ou tel insecte au lieu de traiter. Si l’idée me choque d’un point de vue paysager, elle mérite que l’on s’y attarde en ce qui concerne l’impact sur la nature. Qu’est-ce qui est le mieux ?
Un débat sur la question sera sans doute inévitable dans les années qui viennent, sauf à figer l’évolution des vignobles ou à connaître de nouveaux cataclysmes. Auquel cas, il serait nécessaire que les producteurs soient économiquement protégés.

Le gel ? Un révélateur de tensions qui traversent le vignoble français au début du XXIe siècle, et pour lesquelles un débat serait à engager.

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Source : JACOB, C., JULIEN, B., JULLIOT, D., MICHOUET, R., 1998, Les Agricultures spécialisées face aux risques naturels. Canton du Loroux-Bottereau et communes de Basse et Haute-Goulaine, Maîtrise des Sciences et techiques d’aménagement, IGARUN, Nantes, 107 pages.

Et si le réchauffement climatique c’était aussi cela ? (1)

À nouveau un terrible épisode de gel, peut-être le plus violent depuis 25 ans. Serait-ce paradoxalement une manifestation du réchauffement climatique ?

Vigne grillée par le gel (Pessac-Léognan).

Un nouvel épisode gélif a très sévèrement touché de nombreux vignobles français, et sans doute aussi d’Italie. On imagine difficilement la détresse et les futures difficultés économiques engendrées par la destruction des bourgeons de vignes. D’autant plus que certaines régions avaient déjà été durement frappées l’an dernier à la même époque.

De multiples élans de solidarité apparaissent, ici et . Puissent aussi les régions des viticulteurs et des arboriculteurs touchés être déclarées par l’État en situation de cataclysme naturel. La solidarité nationale sera dès lors engagée, à une échelle bien plus importante.

Nuage de fumée généré par l’incendie de Cissac-Médoc (le 21 avril 2017), deux canadairs en action (sur la droite de l’image).

Les mêmes à la hauteur de Pontet-Canet (Pauillac) après s’être chargés en eau dans l’estuaire de la Gironde.

Au même moment, le vignoble bordelais – et peut-être d’autres vignobles, dans le grand Sud-Ouest au moins – expérimentent un épisode de sécheresse qui sévit… dès le printemps ! Les pluies ont en effet été bien rares depuis l’automne dernier, et les nappes phréatiques sont déjà en situation critique. Symbole traumatisant de cette sécheresse, les premiers feux de forêts ont fait leur apparition dès le mois d’avril… Un fléau que l’on aurait pensé réservé aux mois d’été. La commune de Cissac, dans le Médoc, a connu un incendie dévastateur en lisière des vignobles. Comme un avertissement sur ce que réservent les prochains mois. Même si la pluie est tombée ces derniers jours, on doute que ce ne soit suffisant.

Et si le réchauffement climatique c’était aussi cela ? Non pas seulement une élévation continue des températures moyennes – ce que l’on enregistre déjà – mais aussi des évènements climatiques extrêmes, gel, grêle, abats d’eau ou tout au contraire absence de précipitations ? C’est bien ce que les experts du GIEC déclarent :

Les experts s’attendent également à ce que le réchauffement climatique provoque des événements météorologiques extrêmes plus intenses, tels que les sécheresses, pluies diluviennes et – cela est encore débattu – des ouragans plus fréquents.

Quant au gel, avec la douceur du printemps et l’avance végétative de près de 15 jours à laquelle nous avons assisté, rien de bien surprenant – hélas – à ce que le gel ne s’abattent sur les vignes. Doublement hélas : on doit s’attendre à ce que le phénomène deviennent plus récurrent encore.

Un anticyclone sur le proche Atlantique suscite des flux de Nord Nord-Est sur la France, et fait dégringoler les températures aux premières heures du matin.

source : Meteo60

Après un printemps précoce, un évènement climatique permet la multiplication des vagues de gel matinales. Une situation qui pourrait probablement devenir « normale » dans les années qui viennent.

Sommes-nous prêts à envisager cette éventualité ? Le monde viticole est-il armé pour faire face à des épisodes violents devenus plus récurrents ?

À suivre…